PREMIÈRE APPARITION DE ROME EN ORIENT
Vers 220, le royaume séleucide d'Antioche prit une supériorité marquée sur le royaume ptolémaïque. Cette révolution fut la conséquence de Tavènement au trône d'un très remarquable souverain, Antiochus III, surnommé avec raison le Grand, en qui sembla se retrouver quelque chose du génie d'Alexandre. Ce qui manquait au royaume d'Antioche, c'était la possession de la Célésyrie, de la Phénicie, de la Palestine. La brillante campagne de 218 mit tous ces pays entre les mains d' Antiochus; mais ce succès fut éphémère; l'année suivante, la bataille de Raphia rendit pour quinze ans la Palestine à l'Egypte. En 202, Antiochus la reconquit d'une façon plus effective ; la bataille de Panéas (198) peut être prise comme la
date approximative du passage des pays juifs ou soumis à rinfluence juive, de la domination ptolémaïque, si tolérante, à la domination séleucide, bien plus exclusive. Il y eut encore plus d'un va-et-vient de la fortune. En 193, la Palestine fit de nouveau retour à l'Egypte comme dot de la fille d'Antiochus*; mais le sort était jeté. Jérusalem, pendant un demi-siècle, va recevoir des bords de TOronte les secousses électriques qui chasseront sa torpeur et décupleront sa vie.
Durant cette période de déchirements, la situation des populations de Palestine, piétinées qu'elles étaient par les belligérants tour à tour battus et victorieux, fut quelque chose d'horrible^. La guerre se poursuivait surtout en vue de faire des esclaves, qu'on vendait cher sur les marchés de la Méditerranée. La démoralisation était extrême, la fidélité presque perdue. Les tacticiens furent un moment les maîtres du monde, comme aux xiv* et XV' siècles, en Italie ; il n'y avait pas de petit chef, s'il se croyait un peu d'habileté et s'il disposait de quelques mercenaires, qui n'aspirât à se tailler un royaume sur un fond de populations corvéables à volonté. Au fond, tout cela ressemblait
J. Allusion en Daniel, xi, 17.