‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 232 sur 274 · Nombres, xxv · texte numérisé non relu

Nombres, xxv

2, 1 Macch., II, 42. Àçi^atiwv est la vraie lecture

paraît, fut très mécontent de cet excès de scrupule, et fit établir en règle que le combat pour la Loi n'entraînait pas la violation du sabbat. Le fanatisme de ces réfugiés était atroce ; ce qu'ils cherchaient à tuer, ce n'étaient pas les Syriens, c'étaient les Juifs renégats. Mattathiah parcourait la Judée, renversant les autels, massacrant les apostats, opérant de vive force la circoncision des enfants que leurs parents n'avaient osé circoncire. La plupart de ceux qui avaient montré de la faiblesse fuyaient ces furieux et allaient chercher du secours auprès des Syriens d'Akra. D'autres, par hypocrisie ou par hésitation, faisaient bon visage aux révoltés et se mettaient avec eux, quand ils étaient les plus forts^

Le vieux Mattathiah, se sentant près de mourir (167 av. J.-C), désigna, dit-on, son fils Siméon, surnommé Thassi, pour avoir la préséance dans les conseils, et son fils Juda pour être le chef militaire. La famille resta étroitement unie dans un temps où les luttes entre frères étaient le fléau des dynasties. Jean surnommé Gaddis, Éléazar surnommé Avaran, Jonathan surnommé Happons figureront à leur heure à côté de leurs frères, pour les seconder dans leur œuvre, sans que jamais

1. C'est le sens de mpbp'pna 0^2") DH^b:: 1^b:^i Dan., XI, 34. IV. 22

perce entre eux le moindre sentiment de rivalité. Le nom le plus célèbre fut de beaucoup celui de Juda, connu sous le nom de Maqqahdl (Macchabée), dont le sens est probablement ce Marteau de Dieu S- Ce fut un véritable homme de guerre, d'un courage à la fois audacieux et froid, dévoué à sa cause comme un fanatique, dépourvu, à ce qu'il semble, de toute ambition personnelle. Nous aimons si peu les fanatiques qu'un tel caractère a peine à nous être sympathique. D'un autre côté, les grands rôles historiques absolument désintéressés sont si rares que ce serait appauvrir le Panthéon humain que d'en exclure de tels hommes. Juda Macchabée ne se mêla pas de politique; il laissa tout ce côté de l'œuvre commune à son frère Siméon. Il se contenta de vaincre et de se faire tuer. Honneur à Juda! Juda est un saint; il a les qualités et les défauts des grandeurs créées par la foi; elles dépassent en hauteur de dévouement tout ce que peut atteindre la simple raison ; puis nous songeons à des tares pour nous irrémissibles, au manque de respect pour la liberté, même quand on a l'air de

1. La finale ato; semble supposer une finale '»-, comme i3i?t pour n'»13i*, ■'3*110 pour JT'DllS. C'est une habitude très ordinaire dans les livres des Chroniques. Si le surnom de Juda eût été simplement DapD, la transcription grecque eût été MxxxaSa;.

défendre la liberté. Certes, les agents d'Antiochus avaient tout à fait tort de forcer ces pauvres Juifs à sacrifier à leur Jupiter. Mattathiah avait absolument le droit et même le devoir de s'y refuser pour son compte. Il n'avait pas le droit de tuer celui qui avait été moins héroïque que lui. Chacun est juge de sa conscience; on ne saurait imposer ses principes aux autres.

Mais, hâtons-nous de le dire, il n'y aurait pas de héros religieux dans ces conditions-là. Godefroi de Bouillon, Simon de Montfort, Charles d'Anjou avaient besoin de croire que leurs ennemis étaient destinés à l'enfer. Nous sommes trop libéraux et trop bien élevés pour nous exprimer avec un tel absolu. Je crois que M. de Mun se trompe au moins pour les cinq sixièmes. Mais ma philosophie m'apprend qu'il doit avoir raison aussi pour un sixième, et, si j'avais devant moi un de ses partisans, ma bonne éducation me commanderait de chercher ce sixième où je pourrais être du même avis que lui. Juda Macchabée a bien fait de n'être pas si bien élevé. Il fut sûrement une colonne dans l'histoire du monde: il sauva le judaïsme, il sauva la Bible, qui étaient perdus sans lui. Même quand l'humanité aura définitivement abandonné la foi au judaïsme et au christianisme comme une erreur, il ne sera pas seu-

lement un de ces grands réactionnaires qui se sont purement et simplement trompés; il aura été un héros nécessaire ; il aura sauvé une des disciplines qui auront le plus servi à l'éducation de l'humanité.

Les désespérés qui ont fait le sacrifice de leur vie, décidés à ne pas tenir compte des règles du possible, regardant la mort, la défaite même comme un avantage, sont le plus souvent des fléaux pour les nations dont ils défendent lacause; quelquefois, cependant, ils ont raison. Juda Macchabée n'avait aucune force régulière à opposer aux légions syriennes, si bien organisées; il osa néanmoins se mesurer avec elles*. Dans une première bataille, livrée probablement près de Jérusalem, Apollonius fut tué ; Juda prit son épée, qui lui servit désormais dans les combats. Les hasidim avaient à peine des armes ; les dépouilles des vaincus leur en fournirent. Séron, le général en chef des Syriens, mit en campagne une seconde armée ; Juda la tailla en pièces dans les défilés de Béthoron. Son activité était infatigable. Il allait de village en village, raccolant tous ceux qui n'avaient pas apostasie. Se jetant la nuit à Timproviste sur les villages infidèles, il y mettait le feu, se procurait des vivres, massacrait les apostats. On ne parlait dans tout le

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