La prière d'Azarias ne s'est conservée qu'en grec ; mais
Daniel est prodigieuse. Seul, il peut déchiffrer un songe étrange qu'a eu Nabuchodonosor; il est mis à la tête des devins de Babylone. Une autre fois, sous Darius le Mède, à qui il prend un jour la fantaisie d'unifier les religions de son empire (juste ce que fit Antiochus), Daniel est jeté dans la fosse aux lions, et il ne lui arrive aucun mal. Darius fait un édit pour que, dans tout son empire, on adore le Dieu des Juifs.
L'auteur du livre de Daniel est, pour ceux qui ne sont pas au courant de la critique historique, un phénomène psychologique inexplicable. Son ignorance de rhistoire des derniers siècles paraît inconcevable, parce qu'on ne se représente pas à quel point le peuple juif manquait d'annales depuis quatre cents ans. On se figure que tous les siècles ont eu des dictionnaires historiques et des manuels, et on ne comprend pas l'à-peu-près avec lequel un écrivain pouvait parler du passé, quand il n'existait pas tels adminicules. Pour Nabuchodonosor, l'auteur de Daniel est soutenu par les anciens livres hébreux : mais il n'a aucune idée de
elle a existé dans l'hébreu, d'où on Ta retranchée volontairement. Notez l'arrachement béant de la déchirure: ch. m, versets 24, 25, supposant les versets 22-26 du grec. Pour le cantique des trois enfants, cf. p. 327, note 1.
la fin de l'empire d*Assyrie ni de Tépoque perse. A vrai dire il ne s'en soucie pas. Il ne recherche que des prétextes à allusions; la chronologie lui est aussi indifférente qu'à un prédicateur qui cite des historiettes pour égayer son catéchisme et édifier ses auditeurs. A Nabuchodonosor succède un certain Balthasar, personnage de pure invention, à qui il prend fantaisie de donner un festin dans les vases sacrés du temple de Jérusalem (un des méfaits d'Antiochus). Des mots chaldéens mystérieux s'écrivent sur le mur*. En effet, cette nuit même, il est tué, et Darius le Mède^ fils de Xerxès (!) le remplace ; celui-ci a pour successeur Cyrus le Perse. L'auteur ne connaît que quatre rois de Perse ^: Cyrus, Darius fils d'Hystaspe, Xerxès, Darius Codoman. Il ne sait vraiment avec détail que l'histoire des cinquante dernières années, depuis Antiochus le Grand*. Pour le reste, c'est la fantaisie de Yagada juif poussée à son
1. pDlDI 'jpn niC. Ce sont les mots qu'on voyait sur les poids. Voir Clermont-Ganneau, Rec, d'ArchéoL orientale, 1. 1", p. 139-159.
2. C'est au fond Darius fils d'Hystaspe, que l'auteur regarde comme le fondateur de l'empire médo-perse. Les Grecs aussi appellent les guerres de Darius gtierres médiques (cf. H. Estienne,
Mr/îac';).