LÉGENDE D'ESDRAS
Ceux qui savaient d'original la manière dont s'était faite la réforme du v" siècle attribuaient sans réserve toute refficacité de ce grand mouvement à Néhémie*. Cette réforme, opérée par un gouverneur, agissant au nom du roi de Perse, laissa une profonde impression. La lecture des Mémoires de Néhémie, publiés vers le moment de sa mort, accrut encore TefFet produit, et provoqua, ce semble, dans la classe lévitique, sacerdotale, pharisienne, une assez violente réaction. On trouva dangereux qu'un fonctionnaire laïque eût joué un pareil rôle. On voulut qu'un scribe, appartenant à la famille sacerdotale, eût contribué pour une part
1. Sirach,XLix, 13; la lettre en tête de II Macch. (i, lOetsuiv.).
au moins égale à cette grande œuvre de restauration, eût donné en quelque sorte le dernier coup de varlope à la Thora. De là la création du rôle d'Esdras, parallèle à celui de Néhémie. Les Mémoires de Néhémie servirent de modèle. On composa au scribe des Mémoires sur le type de ceux du gouverneur*. Puis Fauteur des Chroniques fondit les deux pièces, de manière à faire croire que Néhémie et Esdras avaient agi avec le plus parfait accord, collaboré aux mêmes mesures, présidé aux mêmes cérémonies^.
Une branche de la famille de Saraïah, qui ne vint pas, comme Josua fils de Josadaq, en Palestine, était censée avoir gardé les vieilles traditions. Sous le règne d'Artaxerxès Longuemain, un arrière-
1. Les ch. vii-x de ce qu'on appelle le livre d'Esdras et viii-x de Néhémie ont été composés d'après de prétendus Mémoires d'Esdras, où Esdras était censé parler à la première personne. De telles compositions, ayant la forme autobiographique, étaient dans le goût du temps. Comp. Néhémie, Tobie. On voit, d'après cela, combien l'historicité de ce qui concerne Esdras repose sur des bases faibles. Sirach (xlix, H-13) ne connaît que Zorobabel, Josua fils de Josadaq, Néhémie. Comp. II Macch., i.
2. Tout porte à croire qu'Esdras, si sa personnalité historique est solide, était mort avant l'arrivée de Néhémie, nonobstant Néh., VIII, 9 et xii, 36. Comp. Jos., Ant., XI, v, 5. Les circonstances du meeting d'Esdras, vrai ou faux, supposent le mur de Néhémie non encore existant.