Il n'est pas question d'argent monnayé
peuple eut à manger durant plusieurs jours. Nous le répétons : il est douteux que de tels incidents se soient passés une fois pour toutes à propos du retour d'un prêtre nommé Esdras, sous Artaxerxès Longuemain ; les faits rapportés à Esdras furent vrais en réalité chaque fois que des groupes orientaux considérables vinrent renforcer la tentative hiérosolymitaine, en même temps si défectueuse et si hardie. Comme il arrive toujours lorsque deux courants d'idées, partis du même point, se rencontrent après des développements parallèles, les deux familles israélites se trouvaient à des températures fort différentes en se rejoignant. A répoque assignée à Esdras, il y avait soixantedix-huit ans que les deux fractions étaient séparées. Les arrivants de Chaldée étaient plus riches, plus instruits, plus exacts en religion que les Judéens. Il dut y avoir bien des tiraillements. Dans l'histoire d'Israël, le parti le plus orthodoxe l'emporte toujours. Les nouveaux arrivés se posèrent bientôt, à l'égard de l'ancienne population, en censeurs sévères. Le laisser-aller qui régnait à Jérusalem leur parut du relâchement. Un point surtout les révoltait, c'est le peu de soin que les Hiérosolymites mettaient à ne pas se mêler, pour le choix de leurs femmes, aux populations environnantes.
Esdras, inséparable ici de Néliémie, pour combattre des abus qu'il regardait comme énormes, employa, dit-on, un procédé conforme aux mœurs du temps ; ce fut de faire croire qu'il agissait au nom de Tautorité perse. Selon le récit canonique, il se serait présenté à Jérusalem comme ayant une lettre d'Artaxerxès, qui, outre beaucoup de pouvoirs exorbitants, lui conférait le droit d'établir des magistrats pour rendre la justice selon la Loi, d'enseigner la Loi h ceux qui ne la savaient pas. La loi de Dieu aurait été de la sorte identifiée avec la loi du roi de Perse. Esdras aurait eu mandat de la faire observer par des supplices, « par la mort, par l'exil, par l'amende, par la prison ».
Certes, jamais Artaxerxès n'a écrit une pareille lettre ^ Nous doutons même qu'Esdras se soit jamais appuyé d'un tel document, et nous préférons y voir une invention de l'auteur de sa biographie ". Ce qui peut être vrai, c'est que, venant d'Orient, il ail quelquefois fait des menaces supposant qu'il vivait dans la familiarité du roi et de ses officiers,
1. Comp. le prétendu édit de Cyrus et en particulier Esdras, VII, 27. L'auteur des Mémoires d'Esdras avait entre les mains le mauvais document Esdras, i; iv, G-vi, 13. Voir surtout ch. x. Ce sont là des morceaux de littérature, des romans pieux.
2. La lettre a son écho dans Esdras, viii, 22, 25, 30; i.k, 9. Elle faisait donc partie des prétendus Mémoires.
dont jamais sûrement il n'approcha *. Un des travers des Juifs est de se présenter toujours comme ayant une mission officielle d'un gouvernement. L'Église catholique, et en général les sectes qui se donnent l'air de dédaigner la force, tombent dans la même faute. L'homme de paix est porté à se targuer de la faveur de l'homme de guerre. On va chercher la force, c'est-à-dire la puissance active, là où elle est. Ainsi les Juifs ont persécuté avec la force achéménide, même avec la force romaine. Rien de plus dur que le prêtre, quand il dispose du bras séculier; rien de plus insolent que le Juif, quand il peut faire mouvoir à ses ordres un fonctionnaire, un régiment infidèle. Les fanatiques sont toujours serviles envers le pouvoir, afin de le décider à sévir contre ceux qui sont l'objet le plus immédiat de leur animadversion. Nous avons relevé ailleurs^ la faiblesse d'esprit que supposent de tels raisonnements. lahvé obtient pour ses fidèles de bonnes protections. Par la faveur du roi de Perse, il se fait rebâtir son temple. Cette façon d'agir nous paraît mesquine pour le Tout-Puissant. Mais dans tout ce développement de l'esprit juif, il ne faut chercher aucun élément rationnel.