I Sam., vin
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chef à la révolte l. Les Joséphites ne se voyaient qu'avec rage assujettis à de durs travaux, qui ne servaient qu'à la plus grande gloire de Juda et d'un roi qui leur était étranger. Jéroboam attisa le feu qui couvait, et partit pour le Nord. A Silo, il se mit en rapport avec le prophète Ahiah, qui faisait la guerre la plus déclarée à Salomon. On raconta plus tard que, le prophète l'ayant rencontré sur la route, ils se trouvèrent tous deux seuls dans la campagne, qu'alors Ahiah prit le manteau neuf qu'il portait, le partagea en douze pièces et dit à Jéroboam : « Prends-en dix pour toi, » voulant signifier par là que Juda seul et Benjamin resteraient attachés au roi de Jérusalem.
La révolte n'était pas mûre encore. Jéroboam ne réussit pas à opérer un soulèvement effectif. Salomon essaya de le faire tuer; Jéroboam réussit à se sauver en Egypte et trouva un asile auprès du roi Sésong. Mais les prophètes commençaient à parler haut. Ahiah de Silo n'était sans doute pas le seul à battre des mains sur la prochaine ruine de toutes ces splendeurs et à prédire que les tribus rurales auraient bientôt leur revanche.
La force d'Israël, en effet, la base même de sa
1. I Rois, xi, 26 et suiv. L'arrangement anecdotique est trop sensible dans ce récit pour qu'on l'adopte à la lettre.
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conviction morale, étaient profondément atteintes. Cet éclat extérieur n'était obtenu que par des entassements d'iniquités. La noblesse antique, la fierté de l'homme libre étaient perdues. Tous étaient serfs. Il y avait des riches ; mais il y avait aussi des pauvres. La lutte éternelle allait s'ouvrir; c'en était fait de l'ancienne fraternité patriarcale. Et quel était le profit net de la révolution accomplie? Que Jérusalem voyait d'assez brillantes parades; que des milliers d'hommes gémissaient dans les carrières de Juda, dans les forêts du Liban, au fond des galères de la mer-d'Oman, pour procurer à quelques satisfaits des habitations commodes et approvisionner les bazars de Jérusalem de joujoux de harem. C'était trop peu vraiment. Ce n'est pas Salomon qui a écrit : V mitas vanitatum; mais vanitas vanitatum est bien le résumé de son règne. Nul plus que lui n'a contribué à la démonstration de cette grande vérité, que tout ce qui ne contribue pas au progrès du bien et du vrai n'est que bulle de savon et bois pourri.
C'est au milieu de ces graves symptômes de dissolution que Salomon mourut, après avoir régné, comme son père, environ quarante ans. Il fut enterré à côté de David, dans les grottes royales situées au pied des rochers de la Ville de David.
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Si la destinée d'Israël eût été la richesse, le commerce, l'industrie, la vie profane en un mot, Salomon eût été un fondateur; il donna, en effet, une assez brillante vie matérielle à une petite nation qui n'avait pas eu d'existence mondaine avant lui. Mais c'est toujours un rôle ingrat pour un souverain d'avoir travaillé au rebours de l'histoire. L'œuvre de Salomon fut viagère. Il n'en resta presque rien après lui. De tribus encore patriarcales, il avait voulu tirer sans transition une culture à la manière de Sidon et de Tyr. Dans l'état de civilisation d'alors, et surtout avec les dispositions morales du peuple israélite, cet étalage de luxe et de caprice excita une terrible réaction. La mémoire de Salomon resta odieuse dans les tribus. Son harem fut l'objet d'amères railleries, et, dans les dialogues d'amour qu'on récitait ou chantait en certaines occasions, le sujet était toujours le même. Une jeune fille des tribus du Nord, renfermée de force dans le harem de Salomon, restait fière, obstinée, et, malgré toutes les séductions du sérail, gardait sa fidélité à son amant, à son village, à ses souvenirs de vie champêtre. Dans ces scènes improvisées, on n'avait pas assez d'enthousiasme pour la bergère; on n'épargnait pas la honte au vieux débauché. D'ordinaire, l'héroïne
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s'appelait Sullamith, et on a pu voir en ce nom une allusion a Abisag la Sunamite, qui joua un rôle si touchant dans les derniers jours de David et à l'avènement de Salomon1. Ce qui-n'est pas douteux, c'est que le petit poème, écrit bien plus tard, qu'on désigne par le nom de Cantique des cantiques, renferme l'expression des sentiments malveillants du vrai Israël, resté simple de mœurs, envers un règne dont il avait payé les dépenses et dont il avait peu profité.
Le règne de Salomon doit être considéré comme une erreur dans l'ensemble de l'histoire d'Israël. La fin de cette opération mal concertée fut une terrible banqueroute. Mais, en politique, il n'y a pas d'action perdue. Tout ce qui est grand rapporte tôt ou tard son bénéfice. Même les grandes fautes deviennent avec le temps de grandes fortunes ; on en peut tirer gloire et profit. Louis XIV, la Révolution et Napoléon Ier, qui ont perdu la France, comptent entre les capitaux les plus assurés de la France. L'homme, pour se consoler de sa destinée le plus souvent terne, a besoin d'imaginer, dans le passé des âges brillants, sortes de feux d'artifice qui n'ont pas duré, mais ont eu de charmants reflets.
i. Voy. ci-dessus, p. 88-89, 97-98.
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Malgré les anathèmes des prophètes et les dénigrements des tribus du Nord, Salomon laissa, dans une partie du peuple, une admiration qui s'exprima, au bout de deux ou trois cents ans, par l'histoire, à demi légendaire, qui figure dans les livres des Rois. Les malheurs de la nation ne firent qu'exciter ces rêves d'un idéal perdu. Salomon devint le pivot de Yagada juive. Pour l'auteur de l'Ecclésiaste1, il est déjà le plus riche et le plus puissant des hommes. Dans les Évangiles2, il résume en lui toute splendeur humaine. Une ample floraison de mythes se produisit autour de lui. Mahomet s'en nourrit; puis, sur les ailes de l'islam, cette volée de fables aux mille couleurs répandit dans le monde entier le nom magique de Soleyman. La réalité historique qui se cache derrière ces récits merveilleux fut à peu près ceci : Un millier d'années avant Jésus-Christ, régna, dans une petite acropole de Syrie, un petit souverain, intelligent, dégagé de préjugés nationaux, n'entendant rien à la vraie vocation de sa race, sage selon l'opinion du temps, sans qu'on puisse dire qu'il fût supérieur en moralité à la moyenne des monarques orientaux de tous les temps. L'intelli-
- 1. Vers 100 avant J.-C.
± Matth., VI. 29; xii, "27.
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gence, qui évidemment le caractérisa, lui valut de bonne heure un renom de science et de philosophie. Chaque âge comprit cette science et cette philosophie selon la mode qui dominait. Salomon fut ainsi tour à tour paraboliste, naturaliste, sceptique, magicien, astrologue, alchimiste, cabbaliste. Un seul passage ancien présente à cet égard une demi-valeur historique :
Dieu donna à Salomon une science et une sagesse extraordinaires, et un esprit aussi étendu que le sable des rivages de la mer. Et la science de Salomon surpassa celle de tous les Arabes et toute la science de l'Egypte. Il s'éleva en sagesse au-dessus de tous les hommes, au-dessus d'Éthan l'Ezrahite, de Héman1, de Calcol, de Darda fils de Mahol, et son nom se répandit chez les nations environnantes. Et Salomon prononça trois mille masal (proverbes ou paraboles) et composa cinq mille sir (chants lyriques 2). Et il traita de tous les arbres, depuis le cèdre qui croît sur le Liban, jusqu'à l'hysope qui sort des murailles, et il traita des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles et des poissons. Et on venait de tous les pays entendre la science de Salo-
1. L'auteur des Chroniques (I Chron., n, 6; xv, 17, 19; xxv, 1 et suiv.) et les scoliastes qui ont mis les titres des Psaumes (Ps. lxxxviii et lxxxix) n'ont fait qu'user de ces noms, qu'ils ont trouvés dans les livres des Rois. Ils ne possédaient aucune donnée originale sur ces personnages réels ou supposés.
2. Le texte porte: « mille cinq ï. Ce chiffre a quelque chose de singulier. Je suppose qu'il faut lire DWK DV12U.
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mon, de la part des rois qui avaient ouï parler de sa sagesse { .
Ce passage a été écrit à une époque où Salomon était déjà devenu un personnage légendaire et où l'on ne se refusait à son sujet aucune exagération. La seule partie de la littérature hébraïque actuellement conservée qu'on pourrait attribuer à Salomon, c'est la partie du livre des Proverbes qui s'étend du verset 1er du chapitre x au verset 16 du chapitre xxn. Mais, si ce petit recueil de proverbes remonte effectivement au temps de Salomon. ce n'est pas là une œuvre personnelle; tout au plus, pourrait-on admettre que Salomon fit faire la collection. Jamais personne n'a composé des proverbes comme un ouvrage suivi et de propos délibéré. Non seulement nous n'avons aucun écrit de Salomon; mais il est probable qu'il n'écrivait pas â. Nous nous le figurons bien plutôt comme un khalife de Bagdad, amusé par les lettrés qui compilaient selon ses idées, comme un Harounal-Raschid, entouré de chanteurs, de conteurs, de gens d'esprit, avec lesquels il prenait volontiers le ton de confrère et de collaborateur.
i. I Rois, v, 9 et suiv.
2. Dans le passage précité du livre des Hois, l'auteur n'emploie pas une seule fois le verbe katab, « écrire ».
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Un premier recueil de proverbes put être ainsi composé dans l'entourage de Salomon !. Peut-être s'y joignit-il une Histoire naturelle enfantine, description des créatures , en commençant par les plus grandes et finissant par les plus petites2, ou bien des moralités tirées des animaux et des plantes 3. Les sir, de même, n'ont pu être des compositions réfléchies, faites artificiellement dans le loisir de l'homme de lettres. L'essence du sir était d'être inspiré directement par une circonstance déterminée. Ici encore, on pourrait supposer qu'il est question d'une compilation, et on aimerait à croire qu'il s'agit du Iasir ou Iasar, si de fortes raisons n'invitaient à placer la composition de ce recueil après le schisme, dans les tribus du Nord.
Déterminer avec précision l'état de la littérature hébraïque à cette époque, ou, pour mieux dire, énumérer ce que l'on possédait d'écritures à Jérusalem et en Israël, au moment du schisme, serait chose impossible. Quand Juda et Israël séparèrent
i. Un recueil du même genre fut exécuté plus tard par les lettrés d'Ezéchias, Prov., xxv, 1.
2. Comparer, chez les Arabes, les naïves Histoires naturelles de Damiri et autres.