Genèse, n et m ; v, 29 ; vm, 21-22. I
360 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [850 av. J.-C]
sens qu'il résume et explique les principes que les prophètes ne font qu'appliquer. Son esprit est bien celui des prophètes, perpétuelle mauvaise humeur contre les hommes, et avec cela beaucoup de pitié. Aussi trouve- t-on son écrit sans cesse rappelé dans les pages qui nous restent des prophètes. Le jour où Fauteur y mit la dernière main, on put dire : Un livre est né, ou plutôt, ce jour-là, véritablement, le judaïsme, le christianisme et l'islamisme naquirent. Les vieux instincts monothéistes des Sémites nomades arrivèrent, sous le mordant incomparable de ce burin de fer, à se fixer en une religion clairement définie et déterminée. La voûte de la chapelle Sixtine est la seule traduction digne de ces pages sublimes. Michel-Ange est le seul artiste qui ait su interpréter le jéhoviste ; car il est bien son frère selon l'esprit.
Nous avons insisté, à diverses reprises, sur les croisements qui se remarquent entre l'écrit jéhoviste et les parties les plus anciennes de la légende d'Élie *. C'est à croire que les deux enfants ont élé portés dans le même sein et nourris du même lait. Nous pensons que l'écrivain jéhoviste fit partie de
I. Notez surtout le sacrifice de Moïse, Exode, xxiv, 4-8, comparé à celui d'Élie, I, Rois, xviii, 31 et suiv., et la vision, Exode, xxxiii, 17-23 (voy. ci-dessus, p. 286-288 et p. 366).
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Fécole d'Élie et composa son livre, vers 850, sous le règne de Jéhu.
Gomment la date d'un pareil ouvrage est-elle si incertaine? comment le nom de l'homme qui écrivit ce chef-d'œuvre est-il inconnu? La même question se pose pour les poèmes homériques, pour presque toutes les épopées, pour les Évangiles, pour toutes les grandes œuvres sorties de la tradition populaire. La rédaction des Évangiles fut, assurément, dans l'histoire du christianisme, un fait décisif. Or, à l'époque où ces petits écrits parurent, on ne s'en aperçut pas dans le sein du christianisme. Les livres de ce genre ne sont rien pour la première génération, qui sait les traditions d'original *. Ils deviennent tout, le jour où la tradition directe est perdue et où les écrits sont les seuls témoins du passé. C'est ce qui fait que rarement ces sortes de rédactions sont uniques. Nous venons de voir le fonds traditionnel du Nord arriver à une forme définitive. Nous verrons bientôt comment la question des vieilles histoires se posait à Jérusalem.