CHAPITRE VI
l'arche A SION.
A partir du jour où l'arche devint ainsi sa voisine et presque sa vassale, David fut essentiellement l'homme de Iahvé et d'Israël. Sa royauté prit un caractère religieux que n'avait pas eu celle de Saùl. David fut l'élu de Iahvé par excellence ; sa fonction devint une lieutenance de Iahvé. L'idée de la royauté de droit divin était fondée. Tout fut permis au roi, qui donnait à Iahvé un établissement stable, à la porte de sa propre demeure. En retour de ce service, Iahvé allait lui accorder le privilège alors le plus désiré et le plus rare !, celui de voir sa postérité s'asseoir sur son trône, par une sorte de dévolution incontestée.
Ce fut ici la grande consécration de David, ce fut
1. Nous avons la liste des rois d'Édom (Gen., xxxvi, 31 et suiv.). Pas un n'est fils de son prédécesseur.
60 HISTOIRE DU PEUPLE DI SRAËL. [1013 av. J.-C]
aussi la consécration de la colline de Sion. Désormais, l'arche n'en bougea plus. Il fut reçu que, entre tant de montagnes, bien plus désignées en apparence, c'était la petite colline de Sion qui avait été choisie par Iahvé, et pourquoi? Justement parce qu'elle était petite et que Iahvé, étant très grand, très fort, aime les petits et les faibles, qui n'osent pas s'enorgueillir contre lui. Avoir l'arche à côté de soi, être le voisin de Iahvé et en quelque sorte son hôte, quelle incomparable faveur !
Dans les conceptions religieuses de presque tous les peuples sémitiques, une idée de haute faveur s'attachait au voisinage du temple ou de l'autel d'un dieu. Ces dieux antiques n'avaient qu'une sphère de puissance assez restreinte ; leur "vue surtout était bornée, si bien qu'il fallait souvent se rappeler à eux1. C'était ce qu'exprimait le mot ger, joint au nom de la divinité dans des noms comme Gérel, Gcro, Géresmoun, Gérastoreth, etc. 2. Par ce titre de ger, on devenait le protégé du dieu ; on demeurait à son ombre, dans la zone de sa protection3. La divinité était souvent