‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 4)Chapitre 46 sur 334 · II Sam., xv, 8 et suiv · texte numérisé non relu

II Sam., xv, 8 et suiv

ii. 5

66 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [1010 av. J.-C]

Sans le savoir et sans le vouloir, David travailla donc au progrès religieux. Le sentiment religieux ne paraît pas avoir été, chez lui, supérieur à ce qu'il fut chez Saùl et chez ses contemporains. Mais son es'prit était plus rassis ; il vit l'inanité de certaines superstitions où se noya le pauvre Saùl. Dans la première période de sa vie, il abuse de l'éphod, comme tout le monde. Depuis son établissement définitif à Jérusalem, on dirait que ces folies sont supprimées. Les tërapkim, intimement liés à l'éphod, disparaissent également.

Nous possédons certainement, dans l'histoire de David, plus d'une page du temps de David môme. Ces pages ont un ton raisonnable, presque rationaliste, qui surprend. Il n'y a pas un miracle proprement dit dans le fond de l'histoire de David. Tout le récit de la révolte d'Absalom, en particulier, morceau si suivi, et qui peut être l'œuvre d'un mazkir, ne présente pas un seul acte superstitieux, une seule consultation de l'éphod. Tout s'y passe entre politiques, discutant en politiques et militaires sensés *; le ton est celui d'une piété éclairée comme celle du Télémaque de Fénelon. Ce n'est plus la religion à recettes du temps des Juges, rap-

1. Il en est de même de I Rois, i. Il n'y a là ni prophéties ni oracle.

1 1010 av. J.-C.J LE ROYAUME UNIQUE. 67

pelant par sa matérialité le paganisme italiote ou gaulois. Les enfantillages du temps de Samuel et de Saùl sont démodés. Les idées se clarifiaient; l'ancien élohisme, oblitéré par les scories iahvéistes, reparaissait; une école de sages déistes se formait, à Jérusalem, autour de la royauté.

La liturgie de ces temps reculés était très simple, et sans doute celle de Iahvé ne différait pas de celle qui se pratiquait en l'honneur de Baal ou de Milik. Les prières et les hymnes se composaient de ces formules déprécatives qui remplissent les Psaumes, criées à tue-tête, avec des danses et de grands éclats de voix. Il s'agissait de forcer l'attention du dieu, de se faire remarquer de lui à tout prix1 ; pour cela, on faisait le plus de bruit possible; c'était ce qu'on appelait teroua. Un rudiment de musique sacrée existait peut-être déjà2. Plus tard, on prêta à David un rôle de chorège et de législateur musical très exagéré3 .

David parait, en effet, avoir aimé la musique, joué des instruments et pratiqué l'orchestrique à la

1. Les danses religieuses des nègres partent du même principe.

Page 1