‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 4)Chapitre 95 sur 334 · LE CULTE · texte numérisé non relu

LE CULTE

L'influence égyptienne, qui est si évidente sous Salomon, se borna, dans l'ordre des choses religieuses, à l'idée même du temple et au style de cet édifice. Certainement, la croyance que Iahvé résidait dans le debir, entre les keroubs, devenait entraîner des conséquences. Un temple est toujours le principe d'une grande matérialisation du culte. Le temple suppose au dieu qui y demeure des besoins plus ou moins humains. Dès que le dieu a une maison, il est naturel de lui rendre cette maison commode et agréable. Les pains de proposition, adoptés par les Hébreux pour leurs sanctuaires, dès une époque fort ancienne, représentaient, comme idée première, la nourriture du dieu, la table richement servie que les Égyptiens mettaient devant tous les êtres divins. Dans les

J5i HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [070 av. J.-C.]

sacrifices des hauts-lieux, de telles offrandes n'étaient pas nécessaires; le dieu, c'est-à-dire l'air, le ciel, le feu cosmique, mangeait directement la viande de la bête immolée. Le dieu qui demeure dans un espace clos a d'autres besoins. Mettre devant lui les pièces de viandes et les y laisser jour et nuit, eût entraîné d'affreuses putréfactions. Des pains, symétriquement disposés, remplirent le même office. Les offrandes des prémices semblent, à cette époque ancienne, avoir été peu réglées. Il est possible qu'on les déposât dans la cella, d'où les prêtres les enlevaient nuitamment.

Les fumigations d'encens étaient aussi un rite qui ne pouvait guère se développer que dans un sanctuaire fermé. Il était naturel que la maison du dieu fût imprégnée d'une bonne odeur, comme la maison des rois, et que, par conséquent, il s'y trouvât un réchaud pour y brûler des parfums. Cela était d'autant plus nécessaire que la cella, humide et presque sans fenêtres, devait terriblement sentir le renfermé.

Il est hors de doute que lepeuple n'entrait jamais dans le debir. On s'imagina vite que les prêtres euxmêmes s'interdisaient d'en franchir le seuil hors certains cas solennels. Un culte plus froid ne saurait guère se concevoir. A quoi, par exemple, ser-

[970 av. J.-6.] LE R 0 Y A U M E UNI Q D E. 155

vaient les candélabres dans une salle qui ne pouvait guère êlre visitée de nuit que par les chauvessouris? Au fond, la construction du temple amena dans le culte très peu de modifications. Ces processions, ces liturgies variées, qui donnaient tant d'éclat aux sanctuaires de l'Egypte, restèrent inconnues en Israël. Le sacrifice continua d'être, comme au temps patriarcal, l'essence de la religion, et sans doute le rite n'en fut pas changé. Les sacrifices se passaient, comme toujours, en plein air. L'autel du temple était un bama entre tant d'autres, à portée du roi et de la cour. L'idée ne vint pas un moment que ce bama supprimât les autres bamoth ; cette idée-là mettra encore près de quatre cents ans à mûrir.

Les sacrifices d'animaux nécessitaient une vaisselle d'airain considérable. C'était la principale richesse des temples phéniciens *. Le temple de Salomon égala sûrement sous ce rapport les plus riches sanctuaires du temps. Tous les travaux de 43e genre furent mis sur le compte d'un certain Iliram, homonyme du roi ou des deux rois de Tyr contemporains de Salomon 2. La légende le suppose issu du mariage d'un Tyrien avec une veuve

I. Corp. inscr. scmit., lre part., n° 5. '2. Voy. ci-dessus, p. J 13.

1 36 HISTOIRE DU PEUPLE I) ' 1 S K A É L . [070 av. J.-C .]

Nephtalite, et semble dire qu'il se forma à l'école de son père dans l'art de travailler les métaux *. Salomon l'aurait fait venir, et lui aurait confié ses travaux d'airain.

Tout l'outillage de bronze, œuvre censée de Hiram, fut l'objet d'une universelle admiration. L'imagination s'exerça principalement sur le grand bassin d'airain qu'on appelait lam mousaq, « la mer fondue ». C'était une énorme vasque, aux rebords labiés comme ceux d'une coupe en forme de nénufar, décorée d'oves, et portée sur douze bœufs, répartis en quatres groupes de trois, se présentant de front. On peut se figurer la forme de la vasque par la cuve d'Amathonte, au musée du Louvre. L'appareil était placé devant l'entrée du temple, à gauche en entrant, non loin de l'autel des sacrifices. C'était le réservoir central de l'eau nécessaire au service du temple. Les esclaves du temple le remplissaient et y puisaient au moyen de seaux, en montant sur des marchepieds.

Le transport de l'eau se faisait ensuite au moyen de petits bassins, qui n'étaient que le cinquantième de la grande vasque. Ces bassins étaient posés sur des mekonoth mobiles % ou trains à quatre roues,

Page 1