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CHAPITRE III

PROSECQUES, SYNAGOGUES.

Aussi ardents au moins que les Juifs du reste du monde, les Juifs d'Alexandrie donnèrent à leur étonnante activité intérieure une direction tout autre que celle des Juifs de Judée. Le temple de Jérusalem les préoccupait assez peu; le culte, qui ne pouvait se pratiquer qu'en cette ville, devint pour eux chose secondaire. Une religion sans culte, sans temple et sans prêtres, avait été l'idéal par moments entrevu par les prophètes. Le culte de Jérusalem était à cela le grand obstacle. Jérusalem, ville toute sacerdotale, était Tendroit du monde où une telle utopie pouvait le moins se réaliser. Mais Tinterdiction de sacrifier ailleurs qu'àJérusalem devait néanmoins porte: ses fruits. C'est cette défense vraiment qui a fondé le culte

pur. Jérusalem une fois supprimée, tout culte devenait impossible; le iahvéisme devenait un déisme; la dernière trace d'un culte local était effacée.

C'est ce qui arriva bien vite pour les Juifs de la diaspora, principalement dans les pays grecs. Sans abandonner le pèlerinage et la dépendance de Jérusalem*, les Juifs dispersés, surtout ceux d'Egypte, se déshabituèrent du rituel. L'idée fondamentale que lahvé ne devait avoir qu'un temple ne pouvait être battue en brèche. Mais on fit des distinctions; on conçut la possibilité dumosaïsme sans sacrifices. On en vint à penser qu'on pouvait être très bon Juif sans avoir pratiqué le culte de Jérusalem.

Que devait donc faire un Juif pieux, à défaut des exercices essentiels du culte prescrit par la Thora ? Les ablutions restaient possibles, et on ne s'en croyait pas dispensé. On pouvait prier de cœur et donner de l'efficacité à sa prière en se tournant vers Jérusalem ; on pouvait adresser des hymmes à la Divinité; on pouvait surtout méditer sur les parties de la Thora susceptibles de prêter à des considérations philosophiques et politiques. La vie religieuse en commun a toujours été le besoin

1 . Philon, Fm^w. , Mangey, 11, 645-646 ; Jos. , Contre Ap/o?i, 1, 7.

dominant du peuple juif. A défaut de temples, on se fit des oratoires, très analogues à ceux que les éranes ou ihiases grecs, les coUegia romains se donnaient vers le même temps *. C'étaient des espaces clos, en plein air, des vergers avec des gradins comme en un petit théâtre. Cela ressemblait beaucoup aux chapelles de quartiers et de confréries des villes italiennes du moyen âge. Ces lieux de prière s'appelaient en grec proseuques ou j)roseiiclères° . D'ordinaire, ils étaient situés près d'un cours d'eau ou près de la mer, pour la commodité des ablutions. Ils devinrent très chers aux Juifs pieux; on s'y rencontrait, on y causait de religion, on y causait de la Loi et du bonheur qu'elle donnait. Bientôt une sorte d'enseignement catéchétique s'y mêla. Ces petits oratoires étaient le noyau de la synagogue et par conséquent de l'église. Ils avaient un immense avenir.

L'oratoire, en effet, comme la chapelle de corporation du moyen âge % devint bientôt un simple lieu de réunion, une synagogue*. Or la synagogue

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