Aggée, II, 10 et siiiv
des anciens nabis sont perdus. C'est la prose d'un journaliste de second ordre, qu'on lance pour relever une thèse de parti. Haggai nous touche, cependant, quand, faisant appel au petit nombre de ceux qui avaient pu voir Tancien temple, il avoue que la nouvelle construction doit leur paraître bien humble, mais qu'il prédit sa splendeur future. Selon lui, la gloire de cette seconde maison surpassera celle de la première. L'or, qui lui manque maintenant, lui viendra des païens convertis. L'or, d'ailleurs, n'appartient-il pas à lahvé- Sabaoth?La paix vaut mieux que l'or. La paix, voilà ]e don par excellence et lahvé la fondera en ce lieu. Un autre prophète qui se leva vers le même temps à Jérusalem n'est guère supérieur à Haggai pour le talent; mais il a une portée politique bien plus haute. C'est Zacharie, fils de Barachie, dont nous possédons une courte megilla^y où la décadence de la langue et du goût est tout à fait sensible, bien que les idées rappellent souvent celles du grand Anonyme ^ C'est la décadence d'Ézéchiel, déjà lui-
1. Ch, i-viii. Nous avons expliqué, à diverses reprises (t. II, p. 461, et t. III, p. 336, note 1), comment des pièces plus anciennes furent, à l'époque de la collection des prophètes, mises à la suite de Zacharie.
2. Zacharie counait les prophéties du Deutéro-Isaïe et les croit d'Isaïe (vu, 7 et suiv.).
même si inférieur à Isaïe et aux imitateur^? d'Isaïe. La forme de la vision symbolique domine et sert de cadre aux pensées de Tauteur. L'apocalypse, qui commence à poindre en Ézéchiel, est ici tout à fait née. Malheureusement, elle dégénère souvent en énigme, et plusieurs passages du livre sont absolument inintelligibles *, comme Fauteur Ta voulu.
Zacharie visa certainement à plus d'importance que Haggaï; mais on sent que le temps des nabis était passé. Bien qu'aux yeux de Zacharie le principal crime de l'ancien peuple ait été de ne pas obéir aux prophètes et que le premier devoir du nouveau peuple soit de les écouter^ il est évident que le rôle des inspirés est tout à fait amoindri et va aboutir à un prophétisme permanent, la Thora. La récitation, qui avait été l'âme de l'ancien prophétisme, n'était plus dans les mœurs. Le prophète, depuis Ézéchiel, était devenu écrivain. L'apocalypse était une fiction commode pour ces révélations destinées à être lues, et où la composition d'ensemble devenait une nécessité.
Les visions de Zacharie se rapportent toutes aux circonstances du temps, aux efforts de relèvement religieux, à la reconstruction du temple, aux aspi-