‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 160 sur 251 · COMMENCEMENT DU PROSÉLYTISME. FRAUDES PIEUSES · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU PROSÉLYTISME. FRAUDES PIEUSES

Tout cela paraît puéril, et tout cela était grandiose, plein d'avenir, touchant. Le but, comme c'est souvent le cas, valait mieux que les moyens qu'on employait pour l'atteindre. Israël arrivait à une idée qui était bien celle de ses anciens prophètes, mais qui semblait lui être devenue étrangère depuis le retour de la captivité, l'idée de la propagande, du prosélytisme. Un vrai sentiment de charité apparaissait avec le désir du bien, l'effort pour améliorer ceux qui vous entourent et les amener à l'état où Ton est soi-même et dont on est heureux. Le judaïsme était si excellent! C'était la religion absolue; comment ne serait-il pas la religion de tous? Le judaïsme n'est que le monothéisme et la morale. Tout homme honnête doit se

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faire Juif; la vraie religion n'a que deux ennemis, le polythéisme et les mauvaises mœurs.

Se faire Juif... il faut s'entendre. Plusieurs concevaient en effet tous les honnêtes gens du monde comme affiliés au Dieu d'Israël. D'autres allaient plus loin encore. Tous les noms qu'on donne à Dieu sont des synonymes; le païen monothéiste et honnête peut rester païen, pourvu qu'il observe bien la loi naturelle, dont la Thora des Juifs est l'expression la plus parfaite. Prêcher les païens devint dès lors une des idées fixes du Juif alexandrin. Une fiction littéraire fut presque toujours la forme adoptée dans ces écrits de propagande, où l'habileté consistait à faire faire un éloge pompeux de la Loi par des infidèles. Ptolémée Philadelphe passait à cette époque pour le modèle des rois intelligents et instruits. Quel avantage pour la vérité, si Ton parvenait àprouverquePtoléméePhiladelpheavait eu une estime particulière pour le judaïsme et pour ses lois ! C'est là ce qu'entreprit de montrer un pieux Alexandrin, qui prit pour cadre de son remanies origines de la version grecque de la Bible et les fables qui déjà l'entouraient*. Un certain Aristéas,

i. La plus récente édition est celle de M. Maurice Schmidt, dans VArcluv deMerx, 1,241-312. Voir aussi Lumbruso,A//i deU* Acad.diTorinOtiSGS-i^9t]^. 521-556, eiReck.surl'écon.polU.

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haut fonctionnaire de la cour de Ptolémée Phila* delphe, païen de religion, écrit à §on frère Philocrate, païen comme lui, mais excellent esprit, impartial, désireux de connaître tout ce qu'il y a de bon de son temps, pour lui dire ses impressions sur Texcellence de la Loi des Juifs. Ce sont deux païens éclairés, par conséquent deux déistes.Iln'ya qu'un seul Dieu sous différents noms. « Ils adorenl le Dieu créateur et surveillant de toute chose, que tous adorent, nous en particulier, l'appelant d'un autre nom Zen ou Zeus^"». Arîstéas, par ses fonctions à la cour, a été mêlé directement à la confection de la version des Septante. Il avulestraite^ ments glorieux dont les soixante-douze savants juifs ont été entourés, les splendides cadeaux que le roi, conseillé par Démétrius de Phalère, leur a faits, le superbe palais qu'on leur bâtit àPharos, pour qu'ils n'entendissent aucun bruit de la ville. Jérusalem, dans la conception de l'auteur, appartient au roi d'Egypte ; les Juifs y vivent dans une pleine autonomie et dans un bien-être qui est la conséquence de leur vertu ; car lorsqu'on est si sage que cela,

deVEg. sous les Lagides (Turin, 1870), p. 351 et suiv., et Papa- ^eorgios, Ueher den Aristeashriefy Munich, 1880. La rédaction offre des particularités égyptiennes très remarquables 4. Schmidt, p. 255-256.

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on est toujours heureux. Jamais il n'y eut de nation si prospère; terre fertile, ports excellents, gouvernants parfaits, comme il convient à un peuple que Dieu récompense ici-bas. Aristéas est un témoin oculaire, puisqu'il a fait partie de l'ambassade qui a été chercher les soixante-douze savants juifs et porteries présents destinés au grand-prêtre. La loi juive est la Loi conforme à la nature; son sens profond est la réalité même des choses*. Elle donne des vues sans bornes sur toutes sortes de sujets. Philadelphe, pendant sept jours consécutifs, invita les savants juifs à sa table. Il leur posa toutes les questions imaginables de politique, de morale, de sagesse pratique. Ils y répondirent d'une façon qui remplit le roi d'admiration. Ainsi le plus éclairé des souverains, les plus sages de ses ministres ont estimé la Loi, en ont fait de grands éloges. Quelle recommandation pour les Hellènes déistes, pénétrés de la folie de l'idolâtrie, que l'auteur suppose avoir été nombreux autour de lui !

Il n'est pas douteux, en effet, qu'il n'y eût à Alexandrie beaucoup de ces Grecs cultivés que la philosophie amenait à une sorte de déisme, analogue à ce que fut, cent ans après, l'éclectisme de Cicéron. Théophraste, dans son Trailé sur la piété,

avait proclamé les préceptes de la religion la plus pure. Les stoïciens, par bien des côtés, ressemblaient à des Juifs éclairés^ L'accord entre le judaïsme et les sectes grecques déistes était donc devenu possible, au moins en apparence; mais les temps n'étaient pas mûrs. Les savants n'aimaient pas le judaïsme ; la petite bourgeoisie, honnête, mais sans grande culture, où le christianisme trouva son terreau, n'était pas assez nombreuse. Le monde était encore trop aristocratique; il fallafit, pour permettre une évolution si utile, mais si peu rationnelle, cette vaste litière démocratique que l'empire romain étendit sur le monde entier. Du côté d'Israël, les concessions furent immenses. Les besoins de la propagande causaient dès lors l'espèce de choc en retour qui se produira à l'époque du christianisme d'une manière si frappante. On sentait que, pour gagner des âmes, le judaïsme devait se simplifier, que ses pratiques comphquées ne pouvaient convenir à tous, que la loi destinée aux gentils devait se réduire à ce qu'on appelait déjà les préceptes deNoé, c'est-à-dire aux préceptes de la loi naturelle, en y joignant une ou deux prescriptions que le judaïsme regardait presque comme étant de même ordre, certaines règles sur le mariage, l'ab-

1 Orig. du christ., t. V, p. 305-306.

stention de nourritures impures, surtout du sang. C'est à quoi le christianismebornera la religion dans ce qu'on appelle le concile de Jérusalem*. Même la circoncision, le sabbat, parties si essentielles du judaïsme proprement dit, étaient laissés à l'écart*.

Alexandrie eut la gloire d'inaugurer ce mouvement, d'où sortiront lesibyllinisme, ressénisme,le chIistianisme^ Alexandrie se mettait ainsi à l'antipode de Jérusalem. L'idée de gagner un infidèle au judaïsme, en lui facilitant l'entrée et en faisant fléchir pour lui la rigueur de la Loi, eût paru une monstruosité en Judée. En Egypte, cette idée se faisait jour de toutes parts. Le Juif se contenta d'abord de proclamer l'excellence de sa Loi ; il n'y avait pas de conversions encore. Le prosélyte exista bientôt et porta dans la religion qu'il embrassait sa bonne volonté, sa tendresse de cœur, sa piété de néophyte.

Ce judaïsme simplifié, purement déiste et moral, était naturellement ami de la Grèce, et cherchait à se mettre d'accord avec elle. Le Juif de Palestine ignorait la Grèce ou la méprisait; le Juif d'Egypte

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