‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 206 sur 251 · T. II, p. 97-98; t. VII, p · texte numérisé non relu

T. II, p. 97-98; t. VII, p

la résiuTection et le dogme platonicien de Timmortalitéderâmese combinèrenl au if et au iif siècle du christianisme, d'une façon qui laissa toujours beaucoup de place à rincohérence. En réalité, dans la foi d'un chrétien et de ce qu'on appelle un spiritualiste, le dogme platonicien est ce qui domine; la résurrection des corps n'est plus qu'un embarras, qu'on rejette, comme un décor inutile, à la fin des temps. J'ai tâché de montrer à diverses reprises* comment, si nos idées a priori sur la justice ont quelque valeur, les idées juives de la résurrection ont plus de chance d'être vraies que les idées platoniciennes fondées sur une erreur, la séparabilité de l'âme. Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur ce point. La conception juive a du moins un côté très philosophique; elle suppose que l'homme n'est pas immortel par lui-même, que l'immortalité, si elle lui est destinée, ne vient pas de sa nature, essentiellement mortelle, qu'elle vient uniquementd'une grâce de Dieu, qui tient à honneur d'être juste". C'est un miracle que Dieu se doit de faire, malgré

1. Vie de Jésus; Dialogues philosophiques; Examen de conscience philosophique.

2. Des théologiens chrétiens ont soutenu également que Timmortalitc n'est pas de l'essence de l'homme, qu'elle lui est accordée par un acte spécial de Dieu.

la loi : « Tout ce qui a commencé finira ». Si Tunivers arrivé, dans des milliards de siècles, à sa pleine maturité, se prend à vouloir être juste pour les innombrables êtres qui auront vécu, c'est par un tour analogue que nous imaginons la reviviscence des individus; et, comme un sommeil d'un milliard de siècles n'est pas plus long qu'un sommeil d'une heure, cela semblerait se passer à l'heure même de la mort. In momento, in ictu ocuii.

Mais ces rêves nous emportent trop loin. Revenons à nos héroïques Israélites, qui se laissent tyranniser pour une loi dont toutes les récompenses se réduisent à une longue vie. On ne saura jamais combien furent féconds ces jours sombres, où Anliochus Épiphane préluda au rôle de Néron, et, en persécutant la religion, la consolida, y mit son sceau. Rien ne naît que dans la crise; ce qui élail latent et en puissance ne se dégage que sous la pression du coin de la nécessité. L'israélitisme, reposant sur celte doctrine immorale que l'homme à qui il arrive un malheur est coupable, est obligé de reculer et de dire le mot qu'il résistait tant à prononcer depuis des siècles : d*?*!:; '•^n, « la vj^ éternelle ». Le messianisme, l'apocalyptisme, retenus jusque-là dans leur croissance, vonl mainte-

nant marcher à pas de géant. Ce qui est fondé, en particulier, c'est le christianisme. Les deux idées capitales de Jésus, le royaume de Dieu et la résurrection, sont complètement formulées. L'esprit de martyre est créé. La mère et les sept fils vont faire le tour du monde et seront traités absolument comme des martyrs chrétiens. L'abomination de la désolation a porté la colère à son comble. Vivent les excès ! Vivent surtout les martyrs ! ce sont eux qui tirent l'humanité de ses impasses, qui affirment, quand elle ne sait comment sortir du doute, qui enseignent le vrai mot de la vie, la poursuite des fins abstraites, la vraie raison de l'immortalité.

Page 1