Lévit , ch. XI et suiv. jusqu'à xxii
LA JUDÉE SOUS LA DOMINATION PEllSK. 57
nients. La vie juive en fut singulièrement embarrassée. Il est vrai que les religions puisent souvent une force de conservation dans les gênes qu'elles imposent; on y est d'autant plus attaché qu'elles sont plus importunes. Les religions de l'Orient ont été gardées par ces prescriptions matérielles qui suffisent k occuper la vie. D'un autre côté, ces prescriptions les perdent, en les isolant du grand courant du progrès humain. Ce sont les fatales distinctions de pureté et d'impureté qui ont rendu la société impossible en Orient. La société suppose le libre contact des individus; les règlements dont nous parlons élèvent dans l'humanité des murs de séparation. Le monde asiatique accepte ces bizarreries personnelles de religions et de castes. L'Europe ne s'y prête pas. Dès que les Juifs furent répandus dans le monde européen, ces règles lévitiques leur interdirent à peu près le libre commerce du genre humain. Le judaïsme ne conquit le monde qu'en y renonçant, c'est-à-dire en devenant le christianisme, tel que saint Paul le conçut, sans circoncision, sans prescriptions séparatives, sans tables ni lit à part.
La Thora, de la sorte, resta ouverte durant les dernières années du vi' siècle. Ceux qui prennent au sérieux les récits du livre d'Esdras font des-
cendre la fm du travail vers Tan 450 avant Jésus- Christ. Certes, un demi-siècle n'est pas trop pour une transformation qui dut se faire avec bien des hésitations et des temps d'arrêt. Il semble, cependant, que les additions de Tépoque d'Esdras, s'il y en eut, ne furent pas considérables et qu'aucune partie essentielle de la Thora n'est postérieure à l'an 500 avant Jésus-Christ. On ne chercha pas à donner la moindre unité à l'ensemble résultant de toutes ces retouches. Les additions nouvelles s'appliquèrent en général aux pages du Code lévitique qui avaient été écrites pendant l'exil*, et qui étaient censées provenir du Sinaï '. L'énergie créatrice finissait en Israël. Le prophétisme était épuisé. La méditation, et non la confection, delà Thora allait désormais occuper toute l'activité religieuse de la nation. Le Second-Isaïe, le dernier et le plus inspiré des anciens prophètes, vivait peut-être encore quand un pieux Israélite écrivit ce psaume cxviii, énorme rabâchage en vingt-deux octaves de versets, répondant aux vingt-deux lettres de l'alphabet, où chaque verset contient, en synonymes variés à l'infini, l'éloge cent soixante-seize fois répété de la loi de lahvé.