Néh., ch. xin
dans laquelle on déposait les offrandes, Tencens, les meubles et ustensiles, la dîme des denrées, du vin, de l'huile, ce qu'on devait, en un mot, aux lévites, aux chantres, aux portiers, et ce qui était prélevé pour les prêtres. Beaucoup de personnes, ce semble, espéraient que Tobiah allait devenir, par le départ de Néhémie, gouverneur de Jérusalem, et s'en réjouissaient. De pareils sentiments se rencontraient même parmi les prêtres, qui étaient loin d'être tous des personnes de haute piété.
Le séjour de Néhémie à la cour de Perse paraît avoir été court. Il sentait peut-être qu'on le minait pendant son absence. A son arrivée à Jérusalem, son mécontentement fut très vif. Le fait de Tobiah, logé dans les cours du temple, le révolta. 11 fit jeter hors de la /i^Â;^ tout le mobilier de Tobiah, ordonna qu'on purifiât les pièces qu'il avait occupées et y fit remettre les objets du temple, les offrandes et l'encens.
Néhémie s'aperçut que, pendant son voyage, bien d'autres abus s'étaient introduits. Les redevances des lévites n'avaient pas été régulièrement livrées; les lévites et les chantres, qui devaient faire le service divin, n'ayant pas de quoi vivre à Jérusalem, s'étaient retirés dans leurs terres, pour les cultiver. Néhémie adressa de vifs reproches aux
magistrats à qui ce soin était confié; puis il rappela les lévites et les réinstalla à leur poste. Il organisa, pour la surveillance des magasins, une commission composée d'un prêtre, d'un sofer, d'un lévite et d'un laïque, qui tous passaient pour des hommes sûrs. Ces commissaires furent chargés de faire les distributions à leurs frères, et les abus disparurent pour un temps.
Le sabbat devenait de plus en plus le précepte capital de la religion juive. Dans une de ses tournées, Néhémie vit des gens qui foulaient le pressoir, d'autres qui apportaient à Jérusalem sur des ânes, du blé, du vin, du raisin, des figues et toutes sortes d'approvisionnements, le jour du sabbat. Il leur fit de vives remontrances. Dans la ville, il y avait des Tyriens établis qui, le jour consacré au repos, vendaient du poisson et d'autres marchandises. Les gens riches et bien posés ne se faisaient aucun scrupule d'en acheter. Néhémie les censura énergiquement et employa pour faire cesser l'abus un moyen décisif. Il commanda d'occuper le marché à la nuit tombante, le soir qui précède le sabbat, et le fit tenir fermé jusqu'à la fin du jour suivant. Pendant ce temps, des agents du gouverneur, placés aux portes de Jérusalem, empêchaient qu'aucune bête chargée n'entrât dans
la ville. Les marchands durent passer la nuit hors des murs. Quand cela fut arrivé une ou deux fois, on leur fit des réprimandes, puis des menaces, et désormais le sabbat fut rigoureusement gardé. Les lévites eurent mission de veiller, en état de pureté liturgique, à l'observation du repos sacré.
Parmi les réformes de Néhémie, il n'est point parlé de la circoncision, sans doute parce que cela ne faisait plus question. Tout Juif, au v"* siècle avant Jésus-Christ, est essentiellement un circoncis, et comme la pratique de la circoncision allait de plus en plus se perdant en Orient, cette mutilation, devenue sans objet, n'était plus qu'un jimple signe, une marque de Talliance avec lahvé imprimée en la chair.
La pureté de la race était l'objet principal que poursuivaient ces anciens zélateurs. Néhémie en veut surtout aux mariages mixtes. Ces mariages mixtes, interdits par le Deutéronome % étaient nombreux en Judée. C'était la conséquence de rémigration. Dans les émigrations, les hommes sont toujours plus nombreux que les femmes. Les listes des caravanes de Zorobabel et d'Esdras ner mentionnent que des hommes. Les émigrés, les
1. Ch. VII, 3 et suiv. ; xi, 8; xxm, 7; Néh. i, 7 et, suiv. Cf. Esdras, ix, 11 et suiv.
riches surtout, étaient ainsi réduits à contracter des alliances avec les populations voisines, moabites, ammonites, édomites. Il paraît que les déportés de Babylonie avaient été plus stricts sur ce point. L^horreur des païens était à son comble chez les piétistes d'Orient; tous les peuples, hors Israël, leur paraissaient des peuples abominables*. Un jour, Néhémie voit des Juifs qui ont épousé des femmes asdodites, ammonites, moabites, si bien que la moitié de leurs enfants parlent Tasdodite ou tel autre dialecte, et ne savent pas parler juif'. Néhémie les tance vigoureusement, les maudit, en frappe quelques-uns, leur tire les cheveux et les adjure au nom de Dieu de ne plus s'allier avec des familles non juives^. L'exemple de Salomon, entraîné au péché par l'influence de ses femmes étrangères, était cité pour inspirer contre de telles unions une salutaire terreur.
Un des fils du grand-prêtre Éliasib, nommé Joïadah, qui fut grand-prêtre après son père, poussa le scandale à son comble. Il maria son fils Manassé à une fille de Sanballat le Horonite*,