‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 5)Chapitre 71 sur 251 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LÉGENDE d'ESDRAS.

Ceux qui savaient d'original la manière dont s'était faite la réforme du v° siècle attribuaient sans réserve toute Tefficacité de ce grand mouvement à Néhémie*. Cette réforme, opérée par un gouverneur, agissant au nom du roi de Perse, laissa une profonde impression. La lecture des Mémoires de Néhémie, publiés vers le moment de sa mort, accrut encore l'efFet produit, et provoqua, cr^ seinble, dans la classe lévitique, sacerdotale, pharisienne, une assez violente réaction. On trouva dangereux qu'un fonctionnaire laïque eût joué un pareil rôle. On voulut qu'un scribe, appartenant à la famille sacerdotale, eût contribué pour une part

!. Sirach, xlix, 13 ; la lettre en tête de IIMacch. (i, 10 etsuiv.).

au moins égale à cette grande œuvre de restauration, eût donné en quelque sorte le dernier coup de varlope à la Thora. De là la création du rôle d'Esdras, parallèle h celui de Néhémie. Les Mémoires de Néhémie servirent de modèle. On composa au scribe des Mémoires sur le type de ceux du gouverneur*. Puis Fauteur des Chroniques fondit les deux pièces, de manière à faire croire que Néhémie et Esdi as avaient agi avec le plus parfait accord, collaboré aux mêmes mesures, présidé aux mêmes cérémonies*.

Une branche de la famille de Saraïah, qui ne vint pas, comme Josua fils de Josadaq, en Palestine, était censée avoir gardé les vieilles traditions. Sous le règne d'Artaxerxès Longuemain, un arrière-

1. Les ch. vii-x de ce qu'on appelle le livre d'Esdras et Viii-x de Néhémie ont été composés d'après de prétendus Mémoires d'Esdras, où Esdras était censé parler à la première personne. De telles compositions, ayant la forme autobiographique, étaient dans le goût du temps. Comp. Néhémie, Tobie. On voit, d'après cela, combien l'historicité de ce qui concerne Esdras repose sur des bases faibles. Sirach (xll\, 11-13) ne connaît que Zorobabel, Josua fils de Josadaq, Néhémie. Comp. H Macch., i.

2. Tout porte à <;roire qu'Esdras, si sa personnalité historique est solide, était mort avant l'arrivée de Néhémie, nonobstant Néh., viii, 9 et xii, '.)6. Comp. .los., Ant.^ XI, v, 5. Les circonstances du meeting d'Esdras, vrai ou faux, supposent le mur de Néhémie non encore existaat.

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petit-fils, OU plutôt un fils d'un arrière-petit-fils de Saraïah, nommé Esdras, aurait résolu d'aller s'établir à Jérusalem, en amenant avec lui une colonie nombreuse et en apportant une collecte considérable faite dans les communautés juives de Babylonie. Est-ce là une fiction pure, ou bien se souvenait-on, en effet, comme d'un personnage réel, d'un certain membre de la famille Saraïah qui aurait joué, au v® siècle, un rôle considérable? II est difficile de le dire. Ce qui est sûr, c'est que la légende d'Esdras se forma sur des données assez contradictoires. Selon les uns, il serait venu fortifier, cent ans après sa résurrection, la colonie hiérosolymite renaissante. Selon d'autres, le retour d'Esdras serait un vo'cttoç, un poème de retour, comme tant d'autres. Ces voVtoî étaient devenus un genre de littérature prêtant à des épisodes touchants. Esdras organisait le retour comme si Sesbassar et Zorobabel n'avaient jamais existé. Le temple, la ville, les murs, la Loi dataient de lui. Il brillait, sous Artaxerxès, comme l'universel réorganisateur de la nation.

On se plaisait, en ces récits, aux grands tableaux de scènes religieuses, tels que les mœurs du temps les comportaient. La caravane d'Esdras, à ce qu'on raconte, partit de Babylonie l'an 458 avant notre

ère*. Elle se composait d^environ quinze cents individus mâles'. Il y avait dans le nombre beaucoup de prêtres aharonides et un individu au moins de la race de David, Hattous, petit-fils de Sekaniah^ Esdras fixa le rendez-vous sur les bords du canal d'Ahava, près deBabylone; on y campa trois jours, et le chef fit une sorte de revue et de recensement de sa bande. Tous étaient prêtres (cohanim) ou laïques {lesmebinim ou docteurs ne se distinguaient pas de ces derniers). On s'aperçut qu'il n'y avait pas de lévites pour servir les prêtres, qu'il n'y avait pas de netinim, serfs de Salomon (ou, comme on disait aussi, (k de David et des princes »), pour servir les lévites. Esdras envoya des chefs de famille et des mcbinim vers un certain Iddo, chef des netinim, qui demeurait à un endroit nommé Kasifia*, afin de faire venir des servants pour la

1. Les Mémoires (viii, 1) étaient plus vagues. On vouflrait l'espace entre Zorobabel et Esdras moins considérable. Josèplie l'a senti. Le désir de mettre Esdras en rapport avec Néhémie parait avoir porté à rabaisser de trente ou quarante ans les dates d'Esdras.

2. Tout en considérant les Mémoires d'Esdras comme une (B:2vre artificielle, il est permis d'en retenir quelques traits que le faussaire aurait empruntés à une tradition sérieuse, ou aux données historiques générales du temps.

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