Voy. Ezéchiel, \x, 25 et siiiv
Le bien de la nation qu'il protège est le bien suprême, tout le reste y est subordonné. Le monde existe en vue d'Israël. lahvé est un dieu national, c'est-à-dire un très méchant dieu.
Si la religion d'Israël fût restée dans ces termeslà, c'est sûrement la religion à laquelle le monde aurait le moins pu se rallier. Autant eût valu adopter Camos. Mais le fond de l'élohisme restait vivant -et fort. Toujours il devait revivre, jusqu'à ce que lahvé perdît tout caractère particulier, et que son nom même en vînt à être remplacé par un équivalent ■d'Élohim, l'inoffensif Adonaï, « le Seigneur ». Déclarer qu'un nom est imprononçable ressemble beaucoup à éliminer ce nom. En fait, l'usage qui s'établit, dans les siècles qui précèdent notre ère, fut le dernier terme de la lutte de lahvé et d'Élohim, ou plutôt ce fut l'aveu que lahvé n'existait plus. Les traducteurs grecs et les chrétiens n'ont plus aucun sentiment du mot lahvé. Yiôptoç^ équivalent de Adonaï a, en quelque sorte, supprimé le vieux nom propre divin. Si les traducteurs alexandrins eussent adopté la transcription ieuas, c'eût été un terrible obstacle à la propagande monothéiste ; on eût dit que c'était là un autre Jupiter, et que ce n'était pas la peine de changer.
Ce à quoi peut conduire le culte d'un dieu natio-
nal, ce n'est pas le monothéisme, c'est ce que l'on a appelé de nos jours Yhénothéisme. Le dieu national est jaloux; il ne veut personne à côté de lui. On est amené par la force des choses à lui sacrifier tous les autres dieux. Il est probable qu'à Daibon ou Ar- Moab, Camos était aussi exclusif que lahvé le devint à Jérusalem, et qu'un pieux Moabite supposait à Camos un point d'honneur aussi chatouilleux que l'était celui de lahvé. Il en fut de même pour Melqarth à Tyr, parce que le nom de «c Roi de la ville » était une adaptation du Dieu suprême à un rôle national*. L'habitude de répéter sur tous les tons: « Notre Dieu est si grand, que tous les autres dieux ne sont rien à côté de lui » devait mener à celte autre assertion : <t Notre Dieu est le seul dieu du monde ». Mais l'esprit des peuples est si lent, qu'il devait mettre des siècles à tirer cette conséquence. L'homme malheureux voit faux en religion; car il a besoin dei croire qu'un Dieu s'occupe de lui et se fera son vengeur. Facilement, II devient superstitieux. L'idolâtrie, réduite, dans l'ancienne période patriarcale, au minimum que comporte l'esprit d'une peuplade illettrée, avait pris beaucoup de force en Egypte. Le peuple de-
1. Sur les analogies entre le culte du Melqarth tyrien et le culte du lahvé Israélite, voir MiiS. de Phén., p. 574, 575.
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mandait des Mnévis, des Hathor*. Mosé fut-il aussi opposé à ces cultes idolâtriques que le voulut plus tard la tradition? On en peut douter; car nous voyons durer, dans le culte du peuple, jusqu'au temps d'Ézéchias, qui le brisa, un fétiche qu'on prétendait avoir été dressé par l'ancien Homme de Dieu. C'était un serpent d'airain, que le peuple appelait le nehustan, et auquel on offrait des sacrifices-. Il est permis de voir dans ce nehuslau une ancienne idole de lahvé. Le serpent était, en Egypte, moins un dieu particulier qu'une façon de représenter les dieux et les déesses. Une des grandes infériorités de lahvé était de traîner ainsi dans une assez honteuse promiscuité avec des dieux de bas étage. Il n'y a jamais eu d'image de Saddai, d'Élion, d'Élohim. Il y a eu des images de lahvé.
Plus tard, on prétendit que Moïse avait fait élever et mettre au bout d'une perche, comme un talisman contre la morsure des serpents, ce mystérieux nehustan^. Les deux versions peuvent être vraies en môme temps. Il n'est pas impossible, en effet, que
1. Il est remarquable qu'llathor joue un grand rôle dans le» inscriptioas égyptiennes de la péninsule du Siuaï. Ordnance Survey, U* partie, p. 108 et suiv.