‹ Histoire du peuple d'IsraëlChapitre 135 sur 280 · Nombres, xil · texte numérisé non relu

Nombres, xil

à Asion-Gaber. C'était un emporhim madianile*. Craintifs du séjour des villes, comme tous les nomades, les Beni-Israël évitèrent d'y entrer.

L'itinéraire d'Israël parait avoir été jusqu'ici fort incertain. Il est probable que, si les fugitifs avaient rencontré sur leur route quelque terre avantageuse, il s'y fussent arrêtés. Arrivés à Asion- Gaber, ils avaient devant eux l'Arabie, lot peu enviable, peuplé d'ailleurs, autant qu'il pouvait l'être, par les Ismaélites et les Céturéens. Il est probable que c'est alors que l'idée leur vint de revenir dans le pays de Chanaan, séjour de leurs ancêtres, non plus en étrangers tolérés, mais en propriétaires'. La gratitude n'est pas la vertu des nations. Les bons procédés des Hivvites et des Hittites envers leurs pères furent oubliés. Peutêtre dès lors répandit-on de prétendus oracles du dieu de Béthel, dieu local de la Palestine, ou de lahvé, qui aurait promis aux ancêtres de la nation de leur donner cette terre en partage. Chaque terre appartenait à un dieu qui en faisait l'octroi à qui bon lui semblait. Si le dieu de Béthel avait

1. D'après Deut., ii, 8, Asion-Gaber eût été une ville édomite ; mais Israël ne paraît avoir rencontré Édom que plus tard.

2. Interpolations juives de Manéthon, Fragm. hist. gr., Il, p. 568, 572, 573, 578-579.

réellement promis la terre de Chanaan aux Beni- Israël, cela était décisif. Il fallait que le peuple eût à cet égard des idées préconçues; car, entre le désert où il errait et le pays de Chanaan, il y avait des populations établies, Édom et Moab, sur le territoire desquelles il faudrait passer pour arriver en Chanaan, et qui, selon toutes les appa^ rences, seraient peu bienveillantes envers des frères dont les siècles et la différence des aventures les avaient séparés.

Ce qui porte à croire que cette idée vint aux Israélites quand ils furent arrivés vers Asion-Gaber, c'est que désormais leur itinéraire ne présente plus aucun caprice. Chanaan en est l'objectif parfaitement déterminé. La route la plus courte était d'attaquer Chanaan par le Négeb, c'est-à-dire par le Sud. Effectivement, d'Asion-Gaber, les Israélites se rendirent à Kadès-Barnéa, la dernière station où leurs ancêtres avaient séjourné avant de se rendre en Egypte. Ce dut être la partie la plus pénible de leur voyage. Le souvenir d'aucune des stations intermédiaires entre Asion-Gaber et Kadès-Barnéa ne leur était resté, parce qu'en effet aucun point de repos ne jalonne cette route terrible, dénuée de tout secours.

Kadès-Barnéa avait une belle source appelée « la

LES BENl-lSRAËL A L'ÉTAT NOMADE. 203

source du Jugement », peut-être parce qu'on la consultait pour en tirer certains oracles ou jugements de Dieu*. Kadès était sur les confins d'Édom ; mais c'était une sorte de station commune, et non une ville édomite. C'est là, ce semble, que les chefs formèrent des plans précis pour la conquête de Chanaan"-. C'est là surtout que l'on entama des négociations avec Édom. Les Édomites étaient déjà organisés en royaume. Les Israélites voulaient traverser leurs terres sur le pied d'une parfaite neutralité. Les Édomites s'y refusèrent ^ La situation devenait critique. Les Amalécites pressaient par derrière*. Les Chananéens, se sentant menacés, se préparaient à la défense. Le roi chananéen d'Arad % qui paraît avoir été alors le plus puissant dynaste de ces contrées, attaqua les Israélites et leur fit des prisonniers. Le roi de Sefat* leur infligea pareillement un terrible échec, à la suite duquel ils firent vœu à lahvé d'exterminer plus tard

Page 1