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seule lettre. Il n'y a de difficulté réelle que pour le schin hébreu, répondant au 5/* anglais, au sch allemand, au ch français dans cliose. Ces diverses transcriptions prêtent toutes à des malentendus. Les traducteurs grecs et latins, qui se sont trouvés en face de la même difficulté, ont rendu la chuintante hébraïque par la sifflante simple. Nous avons suivi leur exemple, pour éviter des entassements de lettres, qui forment de perpétuels embarras pour le lecteur français.
Les corrections que je suis amené à proposer aux textes hébreux sont indiquées dans les notes. Les grands progrès accomplis depuis trente ans par la paléographie sémitique, — progi'ès qui sont le résultat de la vaste extension qu'a prise Tépigraphie sémitique, — permettent maintenant d'appliquer avec sûreté au texte de la Bible la méthode de cri^ tique verbale inaugurée, au xviii* siècle, par le P. Houbigant. L'insuffisance des données qu'on avait sur l'histoire des écritures sémitiques empêcha de fonder alors cette étude sur des bases solides ; dans l'état actuel de la science, l'avenir de la philologie hébraïque est de ce côté. Autrefois,
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on recevait avec une- sorte de superstition le texte hébreu traditionnel, sans vouloir remarquer que les anciennes versions ont souvent suivi un texte meilleur. Depuis qu'on peut reconstituer siècle par siècle la manière dont les écrits hébreux ont été copiés, les fautes sont devenues évidentes, et on a pu poser des règles pour les corriger. Ces règles, fondées sur la paléographie, sont l'objet principal de mon cours au Collège de France. On peut les voir très bien résumées dans la préface du commentaire de M. Graetz sur les Psaumes; les personnes qui veulent se rendre compte de ces intéressantes recherches doivent surtout avoir sous les yeux les excellents tableaux de paléographie sémitique dressés par M. Euting.
La partie de l'histoire hébraïque traitée en ce volume tire de précieuses lumières de Tassyriologie et de l'égyptologie, ces deux grandes créations scientifiques de notre siècle. Pour l'assyriologic, en ses rapports avec la Bible, il existe un manuel des plus commodes, c'est le livre de M. Schrader, dont chaque édition tient parfaitement a« courant de l'élut de la science. Pour l'égyptologie, j'ai eu
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le meilleur des guides, mon savant confrère et collègue, M. Maspero,, qui a bien voulu lire tous les chapitres de ce volume où il est question de l'Egypte, et me fournir quelques notes lumineuses, que j'ai soigneusement reproduites.
Depuis que je commençai de parler au public d'histoire religieuse, il y a quarante ans, de graves changements se sont accomplis. On ne dispute plus sur le fond même de la religion, et c'est là, selon moi, un très sensible progrès. C'est reconnaître que, dans l'infini, il y a place pour tout le monde à tailler son roman. La liberté à la manière américaine est la conséquence d'un tel état de choses, et je crois que, dans une centaine d'années, presque toutes les nations civilisées y viendront. On peut attendre patiemment, puisque, dès aujourd'hui, dans tous les pays civilisés, à peu d'exceptions près, personne n'est forcé à des actes contraires à sa conscience, chacun étant libre de contracter mariage, d'élever ses enfants, de régler ses funérailles comme bon lui semble. Voilà un immense résultat obtenu. Du moment qu'on accorde que toutes les
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Églises, sans se valoir, sont une affaire de tradition, non de vérité absolue, il n'y a pas de raison pour se diviser sur ce qui n'est qu'un fait historique matériel. Les interminables polémiques auxquelles ont donné lieu les luttes du catholicisme, du protestantisme, du judaïsme, ont perdu toute utilité, en dehors du mouvement historique qu'elles ont provoqué.
Cet intérêt historique, du moins, reste entier. Longtemps on s'occupera des religions, après avoir cessé d'y croire La ruine de la théologie n'entraîne pas la ruine de l'histoire de la théologie, pas plus que le peu d'intérêt que l'on attache maintenant à l'étude de la philosophie métaphysique n'enlève son intérêt h l'histoire de l'ancienne philosophie. Voir le passé tel qu'il fut est la première jouissance de . l'homme et la plus noble de ses curiosités; j'ajouterai la plus utile de ses curiosités. Le vrai est toujours bon à savoir. Si nous pouvions connaître la vérité sur le passé et sur le présent de l'humanité, nous serions des sages parfaits. Tonte faute vient d'une erreur. Si Louis XIV eût appris l'histoire du protestantisme h des sources meilleures que celle de
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ses théologiens gallicans, il n'eût pas révoqué l'édit de Nantes. Si saint Louis eût été plus éclairé sur l'histoire de l'Église,, il n'eût pas laissé décimer ses sujets par l'Inquisition. Si Marc-Aurèle avait été plus versé dans l'histoire du christianisme, les scènes atroces de l'amphithéâtre de Lyon n'auraient pas eu lieu. Si les législateurs de la Révolution avaient mieux connu l'essence du catholicisme, depuis le concile de Trente, ils n'auraient pas rêvé pour notre pays une Église nationale. Si le parti radical, parmi nous, était moins étranger à l'histoire religieuse, il saurait que les religions sont des femmes dont il est très facile de tout obtenir, si on sait les prendre, impossible de rien obtenir, si on veut procéder de haute lutte.
Et ce résultat sceptique ou négatif est-il le seul qui sorte de l'étude de ces longues erreurs? Est-il donc de si grande conséquence de savoir quelles étapes la pauvre humanité a traversées pour arriver à voir que les sommets de l'Olympe et du Sinaï sont déserts, que le ciel est vide et la terre toute petite, que le tonnerre est un phénomène d'une amplitude plus apparente que réelle, que Tare-en-
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ciel n'est qu'un jeu de la lumière réfractée dans les gouttelettes de pluie? Non; le raisonnement de Kant reste aussi vrai que jamais; l'affirmation morale crée son objet. Les religions, comme les philosophies, sont toutes vaines; mais la religion, pas plus que la philosophie, n'est vaine. Sans l'espoir d'aucune récompense, l'homme se dévoue pour son devoir jusqu'à la mort. Victime de l'injustice de ses semblables, il lève les yeux au ciel. Une cause généreuse, où il n'a nul intérêt, fait souvent battre son cœur. Les élohîm ne logent pas dans les neiges éternelles; on ne les rencontre pas, comme du temps de Moïse, dans les défilés des montagnes; ils habitent dans le cœur de l'homme. Vous ne les chasserez jamais de là. La justice, le vrai, le bien sont voulus par un« force supérieure. Le progrès de la raison n'a été funeste qu'aux faux dieux. Le vrai Dieu de l'univers, le Dieu unique, celui qu'on adore en faisant une bonne action, ou en cherchant une vérité, ou en conseillant bien les hommes, est élabli pour l'éternité. C'est la certitude d'avoir servi, h ma manière, malgré toute sorte de défectuosités, cette cause excellente, qui m'inspire dans
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la bonté divine une confiance absolue. C'est la conviction que ce livre sera utile au progrès religieux qui me l'a fait aimer. Comme pour la Vie de Jésus^ je réclame pour le présent volume, consacré à des temps fort obscurs, un peu de l'indulgence qu'on a coutume d'accorder aux voyants, et dont les voyants ont besoin. Môme, quand j'aurais mal conjecturé sur quelques points, je suis sûr d'avoir bien compris dans son ensemble l'œuvre unique que le Souffle de Dieu, c'est-à-dire l'àme du monde, a réalisée par Israël.