INSTITUTION DE I,A ROYAUTE
La royauté devenait une nécessité absolue pour Israël. Toutes les tribus sémitiques, en passant de l'état nomade à l'état sédentaire, avaient adopté celte institution. Seul, Israël avait lutté pendant deux ou trois siècles contre la fatalité qui s'imposait. L'ancien régime patriarcal, complété de la manière la plus insuffisante par les institutions religieuses de Gilgal, de Béthel, de Silo, de Mispa, par l'arche, l'éphod, l'oracle de lahvé, les ncbiim, les sofetim, était devenu une impossibilité. 11 mettait Israël dans un état d'infériorité sensible à l'égard de ses voisins, surtout à l'égard des Philistins, dont le territoire n'était pas le vingtième du territoire d'Israël, mais dont les institutions politiques et militaires étaient bien supérieures.
A toutes les objections que faisaient les sages, partisans des vieilles idées, le peuple répondait : « Non, il faut que nous ayons un roi, pour que nous soyons comme toutes les nations, et que notre roi nous gouverne, et qu'il sorte h notre tête, et qu'il combatte nos guerres*. »
Le roi, ou mélek, si ardemment demandé, parce qu'évidemment les conditions du siècle le réclamaient, est, on le voit, le basileus des Grecs homériques. Le basileus, comme son nom l'indique', marche en tête du peuple, entraîne le peuple à la bataille, un bâton à la main; voilà sa fonction; voilà son rôle. C'est le Herzog germanique. Il a fallu d'énormes transformations pour qu'une royauté née sous de telles auspices soit devenue une sorte de sacrement. Nous assisterons d'âge en âge à cette évolution singulière des idées d'Israël. A l'heure où nous sommes arrivés, le problème est tout profane et militaire : Israël veut exister comme nation. Chaque pas vers l'unité nationale est un pas vers la royauté. L'œuvre vainement tentée par Gédéon, Abimélek, Jephté, allait enfin être accomplie par un Benjaminite, médiocre d'esprit, mais brave et fort, que les besoins du temps devaient élever
\. I Sam., VIII, 5-6, 19-20.