Sara., xviii, 10-1 1 ; xix, 9 cl suiv
cœur le mot qu'on lui prête : « Il ne lui manque plus que la royauté. y> Si ce qui est raconté des mésintelligences de Samuel, et de Saûl a quelque vérité historique *, on pourrait dire que le parti iahvéiste, mécontent de Saûl, passa du côté de David. Nous sommes trop peu renseignés pour nous exprimer d'une manière aussi précise. David cependant, fut bien ce qu'on peut appeler, en tenant compte de la différence des temps, le chef du parti clérical. Les écoles de prophètes, à Rama, les prêtres de lahvé, à Nob, intriguaient ouvertement pour lui. Le parti clérical, sous les dehors les plus divers, a toujours eu le don d'agacer vivement ses ennemis. On conçoit combien toutes ces taquineries, grossies par la susceptibilité exaltée de Saûl, devaient agir sur une imagination malade et des nerfs excités.
Pour se donner l'air de partager le sentiment d'enthousiasme de la foule, en réalité pour perdre son rival, en l'engageant de plus en plus dans un rôle de brillants périls, Saûl lui donna en mariage sa fille Mikal *. Mais tout se tourne contre les jaloux. Mikal aima beaucoup le jeune
i. Il faudrait d'abord savoir si Samuel vivait encore; ce qu'on ignore, toute donnée précise manquant sur la mort de Samuel.
2. I Sam., xvlii, 20-21; pour la discussion du texte, voy. Thonius, ou Reuss, ou tout autre commentateur.
héros et prit parti pour lui contre son père. Jonathas écarta deux ou trois fois les projets homicides qui naissaient dans l'esprit de Saùl. Quant à Mikal, on raconta l'affaire d'une manière plaisante» Sachant que des gens voulaient venir tuer son mari, elle le fit échapper et mit dans le lit, à sa place, le téraphim de la maison*, l'affublant d'habits et le coiffant d'une couverture en poil de chèvre, pour tromper les assassins. Ces grands pénates en bois entraient, on le voit, jusque dans les maisons qu'on devait supposer les plus adonnées au iahvéisme pur. Personne encore n'en faisait l'objet d'un blâme et ne voyait dans ces dieux sculptés une injure à lahvé*.
David fut ainsi jeté dans une existence errante, où sa fécondité de ruses trouva de fréquentes occasions de s'exercer ^ Cette période de sa vie fut remplie d'aventures sur lesquelles l'imagination des conteurs s'exerça*. On se complut surtout à mettre en saillie les services que Jonathas aurait rendus
\. I Sam., XIX, 13.
2. Le mot téraphim (l. c.) est traité comme un singulier, de même que Élohim (phénicien ÉUm) et, en général, tous les mots désignant la Divinité.