V. ci-aprCs, p. 119-120, 185 et suiv
en Israël que quand Israël devient une nation attachée à un sol. Le progrès religieux d'Israël consistera à revenir de lahvé à Élohim, à corriger lahvé, à lui retirer ses traits personnels pour ne lui laisser que l'existence abstraite d'Élohim. lahvé est un dieu particulier, le dieu d'une famille humaine et d'un pays; comme tel, il n'est ni meilleur ni pire que les autres dieux protecteurs. Élohim est le Dieu universel, le Dieu du genre humain. En réalité, c'est à Élohim et non à lahvé que le monde s'est converti. Le monde est devenu déiste, c'est-à-dire élohiste, et non iahvéiste. Il a oublié comment le nom de lahvé se prononçait; chacun éternellement y mettra les voyelles à sa manière. Ni le christianisme, ni l'islamisme ne connaissent lahvé. C'est un mot absolument éliminé de l'usage pieux; c'est le nom d'un dieu barbare et étranger. Le panthéon de ces peuples errants, réduit à conserver de vieux mots, à défaut de vieilles images, contenait ainsi une foule de vocables incompris, que la mode religieuse prenait ou délaissait tour à tour, et qui faisaient sur l'imagination l'effet do spectres. Sebaoth est sûrement un des plus singuliers entre ces antiques noms divins, devenus des énigmes. L'expression de Sebaoth pour désigner la Divinité paraît provenir du niAnie ordre d'idées
<[u^élohim. Le mot sehaoth signifie « les armées, les séries, les ordres » de créatures et spécialement des créatures célestes, des astres, des anges. Il correspond au mot âlamln, « les mondes », du Coran, lequel est lui-même l'hébreu olam (phénicien oulom)y traduit dans le grec juif et gnostique par Aîciv*. Tout cela, on le voit, ne nous écarte pas encore beaucoup des idées babyloniennes. Sehaoth veut dire « les mondes », comme Élohim veut dire « les forces ». Sehaoth^ comme Élohim, devint un singulier collectif, ou plutôt un pluriel réduit à la valeur d'un singulier, désignant l'Être suprême, après avoir désigné la série des êtres. Sebaoth employé seul fut synonyme de Dieu; Sebaoth n'agit pas autrement qWÉlohimj et quand lahvé cumulera tous les noms divins, il prendra aussi celui de Sebaoth% sans qu'aucune nuance nouvelle entre pour cela dans le concept hébreu de Ja Providence ; tant ce concept était la base même,
i. Hebr., i, 2.
2. L'expression mN3JÎ miT» est familière aux prophètes du VIII* siècle, Araos, Osée, Isaïe, Michée; ailleurs, dans les Prophètes et les Psaumes, elle paraît être par imitation. C'est une expression poétique, que les récits très anciens ne présentent pas. L'expression niNaS Tihii mn^ est d'une époque où le vieux sens n'était plus compris, et où, pour la correction grammaticale, ■on se crut obligé de dire : lahvé [dieu desj Sebaoth.
88 HISTOIllE DU PEUPLE D'ISRAËL.
la limite et la formule du génie de ces peuples ! Les institutions religieuses de Babylone n'étaient guère de nature à être imitées par des nomades. Le sabbat, ou repos du septième jour, était peutêtre l'institution chaldéenne qui produisait sur les Sémites le plus d'étonnement. Pour le bédouin, qui n'a pas l'habitude du travail régulier, la vie est un sabbat perpétuel. En un pays où les travaux publics, exécutés par la main servile, avaient pris les plus grands développements, un temps d'arrêt parut nécessaire, dans l'intérêt du maître et de l'esclave. Le nombre sept jouait un grand rôle dans les idées babyloniennes, et la période de sept jours, revenant quatre fois dans un mois lunaire, donnait des coupures parfaitement en proportion avec les forces de l'homme. Ajoutons que le nombre six était la base de la numération babylonienne, en sorte que 6-f i représentait à peu près ce qu'est chez nous i 24-1 . Le septième était quelque chose de surérogaloire et de non classé, comme est dans nos usages, le treizième. Le sabbat est ainsi une institution de civilisation très avancée, non un usage patriarcal. Il fit sans doute partie du premier bagage apporté de Chaldée par les patriarches. Les nomades ne l'adoptèrent d'abord que dans la mesure de leurs convenances. C'est plus
tard, et dans un état social tout autre, qu'ils raffinôrent sur ce point.
Un fait bien caractéristique, c'est que les nomades, qui adoptèrent tant d'institutions chaldéennes, ne prirent pas la division du jour en vingt-quatre heures. Jusqu'à l'époque gréco-romaine, les juifs ne divisèrent le jour que comme les Arabes, c'est-à-dire en moments caractéristiques*. Le mot 5ff«, « heure >, n'existe pas dans l'ancien hébreu. Quant aux mesures de poids, de longueur, de capacité, les Sémites nomades, comme tout le monde antique, n'en eurent jamais d'autres que celles que Babylone avait fixées*.