‹ Histoire du peuple hébreuChapitre 43 sur 137 · I, — LE MASSACRE DES PRÊTRES DE NÔB · texte numérisé non relu

I, — LE MASSACRE DES PRÊTRES DE NÔB

Sur sa route, un peu au sud de Gabaa, David en fuite passa par la ville de Nôb, et s'y arrêta 1. C'était là que les descendants d'Héli, le vieux prêtre de Silo au temps de la jeunesse de Samuel,

Sources du chapitre v : I Samuel, xxi-xxvi ; i Chroniques, xn.

i. La ville de Nôb mentionnée dans notre récit (I Samuel xxi, n, 16 ; xxn, 19 ; sous la forme locative « Nobè », après le verbe « venir », ibid., xxi, 2 ; xxn, 9) devait se trouver non loin de Gabaa, comme on le voit ibid., xxn, n-15 : elle y apparaît comme le sanctuaire officiel où se conservait l'éphod -oracle, que l'on consultait avant les expéditions, et les prêtres mandés par Saiil arrivent près de lui en un temps qui parait court. Aussi y a-t-il tout lieu de croire que c'est la même Nôb que Celle d'Isale, x. 32, qui est toute proche de Jérusalem et où l'on peut apercevoir la ville sainte, la même aussi que la Nôb nommée par Néhémie, xi, 32, entre Anatôth (=» «Anâtâ) et Anania (= Beit Hanînâ, à trois kilomètres à l'est de Tell el- Foûl). Josèphe la place sur le Scopus {De bellojudaico, n, 19, 4 ; v, 2, 3 ; Antiquitates judaicae, xi, 8, 5). Les identifications proposées sont purement conjecturales, faute d'équivalence onomastique. Dans cette région du Mont des Oliviers, d'après II Samuel, xv, 32, il y avait « un sommet où l'on se prosternait devant Dieu », auquel on pourrait tout au moins songer. La localisation auprès de Jérusalem est suffisamment probable pour qu'il suffise de mentionner, comme n'ayant pas la même valeur, celle qui place Nôb à Beit-Noûbâ près de 'Amwâs, et celle de saint Jérôme,

Sattl et David. 7

avaient trouvé un refuge après la capture de l'arche et la destruction de leur temple par les Philistins. Un sanctuaire s'y élevait, mais vide de l'arche, toujours gardée, sinon détenue à Qiryathyearim. L'absence d'un objet sacré aussi vénéré lui enlevait le meilleur du prestige de l'ancienne Silo. Néanmoins, il ne manquait pas d'éclat. Il était desservi par une famille sacerdotale fort nombreuse *. Une table chargée de pains sacrés, que les prêtres renouvelaient avec soin, montre que l'on y croyait Yahwè présent. Le glaive du géant vaincu par David, enveloppé dans son manteau, y avait été déposé comme un hommage à Yahwè, en souvenir de ce combat mémorable. Mais surtout ce sanctuaire possédait Téphod, que lé roi et ses chefs militaires consultaient, par l'intermédiaire du prêtre lévitique, afin de connaître la volonté divine avant de partir pour les batailles 2. Il était sans doute, avec Gabaon, le plus important lieu de culte du royaume, le sanctuaire officiel de Saùl, qui résidait à moins d'une lieue de là.

A sa direction se trouvait alors préposé un certain Ahimélék, fils d'Ahitoub, et neveu de cet Ikâbôd, que sa mère mit prématurément au monde quand l'arche tomba au pouvoir des Philistins 3. Comme ce prêtre était porteur et ministre de l'éphod à

qui la situe près de Lydda, à Betho-Annaba (= 'Annâbé) : ces deux situations paraissent trop excentriques par rapport à Gabaa, et, d'après la seconde, le sanctuaire de l'éphod se serait trouvé en territoire philistin ou presque. L'identification avec Gabaon, que certains défendent, n'est que fantaisie ou système.

i. D'après l'hébreu de I Samuel, xxn, 18, il y avait à Nôb 85 prêtres ; d'après le grec B, A, 305 ; d'après Josèphe (Antiquitates judaicae, vi, 12, 6), 385 : il a additionné à peu près les deux chiffres ! Ces prêtres sont qualifiés d'« hommes portant l'éphod », c'est-à-dire ayant le pouvoir de porter l'éphod-oracle avec ses sorts sacrés, comme l'entend le grec B, L. L'hébreu ajoute à éphod le terme bad, « de lin », probablement, qui désignerait l'éphod vêtement ; mais cela ne concorde pas avec le verbe *tfM, nâsâ, qui signifie proprement « élever » ; dans les autres passages où ce verbe est employé avec l'éphod, I Samuel, 11, 28 ; xiv, 3, 18 (grec B, L), il s'agit bien de l'instrument aux sorts sacrés. Avec l'éphod, vêtement rituel, le verbe employé est "ijn, hdghar, « ceindre », I Samuel, 11, 18 ; II Samuel, vi, 14.

2. Sur le sanctuaire de Nôb, cf. I Samuel, xxt, 2-10 ; xxn, 6-23, et voir, Salomon, pp. 203-204.

3. Voir La période des Juges, p. 218. On n'hésite pas à identifier cet Ahimélék, fils d'Ahitoub, avec Ahias, fils d'Ahitoub, le ministre de l'éphod-oracle au service de Saiil dans la guerre contre les Philistins, I Samuel, xiv, 3, 18 : l'échange de mélékh, « Roi » et de Yd, abréviation de Yahwè, dans Ahiyyâ, s'explique assez d'après l'analogie de changements semblables en raison du sens païen que pouvait revêtir mélékh ; cf. La Période des Juges, p. 18, n° 1. On a ici un excellent exemple de la façon dont les familles sacerdotales gardaient héréditairement le service des sanctuaires. Sur cette famille sacerdotale d'Héli, voir, Salomon, pp. 213-215.

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