DOYENNÉ DE BERNAY
ACLOU
Ardou, 1171 à 1182, 1202. Arcleu» 1319. Adou, 1397; Audou; Ecdesia de Adoto, xvi< siède, pouillé de Lisieux.
Saint-Remi.
Dans l'aveu au roi de 1462 des revenus du prieuré de Saint-Lô, on trouve :
a Item audict bailliage de Rouen» au ressort de la vicomte de Pontaudemer ils ont et leur appartient la ville et paroisse d'Âclou et tous les tenemensdicelle paroisse. Item un manoir et plusieurs terres labourables, le patronnage de la cure du dit lieuy les deux pars des dixmes, ung molin en la rivière la Risle ung gort pescherie prez et ysles avec certain nombre de bois appartenant audit hostel, rentes, cens en grains, deniers, oyseaulx, corvées, servage, court, juridiction et toute droicture telle que a basse justice peut appartenir et sont les hommes et resséans dudit fief subgiez à la haulte justice du comte de Harecourt excepté lostel desdicts religieux et les gens demourans en icelui duquel hostel les cas qui y eschient sont réservés à la viconté du pontaudemer en ressort pour le roy et fu par certain appointement pieca fait entre les officiers du roy et ledit conte de Harcourt lequel conte ny pouroit demander que la haulte justice desdicts hommes seuleinent et hommage et la haulte justice de
lostel desdîts religieux réservée au roy avec la droicture de leurs hommes comme dict est (i). »
Le fief noble d'Aclou devait être important; un inventaire déposé aux archives porte à 402 le nombre des tenants qui relevaient du prieuré. Les religieux en étaient seigneurs et patrons dès le xu* siècle, suivant de nombreuses chartes, bulles ou lettres de confirmation accordées par des évêques, des papes et des rois (2), et avaient le droit de basse justice sur toute la paroisse.
Henri H, roi d'Angleterre, confirma, en ii^i? aux religieux ces différents avantages qui leur rapportaient un revenu de 23 livres 15 sous 6 deniers angevins (3).
On voit aussi, dans une charte du prieur Robert, que les religieux, pour leurs droits sur le moulin d'Arclou, avaient à recevoir, par chaque année, 10 livres et 4 deniers, i-oie, 2 chapons avec 2 deniers, 20 œufs et plusieurs autres redevances, qui, sur la demande du meunier Roger Boutel, fijrent transformées en un revenu fixe de 13 livres 15 sous 6 deniers, avec autorisation de faire moudre à son moulin le blé qui serait nécessaire pour « tous les gens de Thôtel d'Arclou». Cette convention fiit arrêtée dans la salle du chapitre de Rouen le V des calendes de l'année 1202 (4).
En 1295, un débat sérieux s'éleva entre le prieur de Saint-Lô et le duc d'Harcourt, seigneur de Brionne, lequel
(i) V. p. iust.. LXIX.
(2) V. p. just., III-V-VI-VII-VIII-XXIII-LXIX.
(3) F. P. just., Vin.
(4) V. P. just., LXXXIV. — Voici le résumé des redevances que, d'après cette charte, Roger Boutel devait, par chaque année, pour les divers fiefs qu'il tenait des religieux : 2 livres 17 sous 7 deniers et une obole, 7 boisseaux de froment, 39 chapons, xi poulets, 5 poules, 8 oies, 423 œufs, ^fumagium d'un cheval, apportés à Rouen une fois chaque année.
prétendait que lefieu d'Arclou relevait de lui, et que, par conséquent, il devait être soumis à sa juridiction et à sa haute justice, s* appuyant d'une lettre de Charles VII, roi de France, du 23 octobre 1397, dans laquelle nous avons lu : « Receue avons l'humble supplication de nostre très cher et amé cousin le comte de Harcourt disant entre autres choses que de tout temps ses prédécesseurs et lui ont receu laveu et dénombrement des religieux prieur et couvent de S. Lo de rouen a qui est et appartient ledit fieu d'Aclou. »
A ces prétentions le prieur de Saint-Lô répondait en produisant les chartes successives et notamment celle de Henri H, roi d'Angleterre et duc de Normandie, reconnue et ratifiée par Charles V, roi de France, donnant ou confirmant les propriétés qu'ils devaient à la libéralité des grands et entre autres le fief d'Aclou qui ne relevait que du roi (i).
Cette déclaration fiit admise, et un arrêt de l'Échiquier, daté de 1406, termina le procès en confirmant les droits des religieux et reconnaissant que leur manoir et ses dépendances, les granges, le colombier et les serviteurs étaient exempts de la suzeraineté du duc et n'étaient soumis qu'au roi. A partir de cette époque, et longtemps après, les dîmes de la paroisse fiirent comprises dans l'avoir du prieuré.
C'est ainsi que, en 1659, Mgr de Simiannes de Cordes, prieur commendataire, fait bail du manoir seigneurial de la dite paroisse d'Aclou avec le colombier et toutes ses dépendances, les terres labourables, etc., ainsi que « le moulin où l'on a de coustume de mouldre le grain de ladicte seigneurie, lequel moulin est assis au bas des communes ou brières
(i) y, p. just., VIII-XXIII-XXIV-LXIX.
contigentes du bois d'îcelle seigneurie et sur la rivière de risle ensemble le droit de pesche sur ladicte rivière... rentes seigneuriales... les deux parts des grosses dimes a moyennant la somme de 2,000 livres de fermage, 18 chapons gras et une douzaine depoullets degrain.
Les dîmes furent toujours une source intarissable de contestations entre les seigneurs et leurs vassaux. Ceux-ci cherchant toujours à se soustraire à un usage qu'ils trouvaient vexatoire, employaient tous les moyens en leur pouvoir pour donner le moins possible de leurs produits.
En 1783 une contestation s'éleva entre les religieux de Saint-Lô, représentés par la personne dé Mgr de Gascq, prieur commendataire, et les vassaux, sur la question de savoir quelle mesure devait être employée pour délivrer les rentes en grains, ces mesures variant à l'infini, suivant les localités. Ce qui compliquait encore la difficulté, c'est qu'il y avait la mesure du grenier et la mesure de la halle, qui diflféraient entre elles.
Les vassaux disaient que le boisseau, mesure de Brionne, contenant « 12 pots du comté de Brionne », devait être la mesure de la halle du dit lieu.
Le prieur prétendait, au contraire, que le boisseau devait se composer « de 12 pots et demi et demiard du pot de Brionne », revenant à 20 pots un seizième du pot d'Arqués.
Cette difficulté ne pouvait être tranchée que par l'examen de titres anciens, établissant quelle était dans les temps reculés la capacité du boisseau de la halle de Brionne. Or, en remontant à l'année 1625, on pouvait prouver par une sentence que l'ancien boisseau de la halle de Brionne était bien composé de 12 pots et demi et demiard du pot étalon de Brionne. Même chose était prouvée par un autre arrêt de
1632, et enfin par un troisième de l'année 1768. Il fallait donc en conclure que telle était la véritable contenance de l'ancien boisseau, celle suivant laquelle les vassaux de la seigneurie d'Aclou devaient leurs redevances en grains. Ainsi fut jugé en 1783.
En 1658 les religieux, sans doute pour faire .face à leurs dettes toujours croissantes, voulurent faire abattre, sans en prévenir personne, un bois de haute futaie qu'ils possédaient dans leur seigneurie d'Aclou. Le Parlement de Rouen, prévenu de cette intention, s'en émut et leur fit défense de continuer par un arrêté ainsi motivé :
a Ayant appris que les receveurs généraux du prieuré de Saint-Lô faisaient abattre un bois de haulte fultaye nommé le parc d'Aclou lès Brionne qui est un bois qui dépend et apartient audict prieuré d'une valleur fort considérable et qui est une entreprise sur notre authorité et du bien de l'église puisque par les ordonnances les ecclésiastiques ne peuvent vendre, coupper ny abattre aucuns bois de haulte fiistaye qu'en vertu de lettres patentes, etc., » défense est faite de continuer.
Cependant, plus tard, en 1736, Mgr de Rochechouart, évêque d'Évreux et prieur commendataire de Saint-Lô, fit abattre à son tour et en son propre nom des bois de haute futaie dans ce même parc d'Aclou, sans doute après en avoir demandé l'autorisation, et prétendait avoir seul la totalité du prix de la vente en sa qualité de prieur commendataire.
Les religieux s'opposèrent à cette prétention et réclamèrent un arbitrage pour décider la question. Le procès fut porté au grand conseil ; mais, avant le prononcé de l'arrêté. Monseigneur d'Évreux consentit à payer, par arrangement, aux
religieux la somme de 1,750 livres, tiers du prix des bois abattus.
On lit dans l'Annuaire du département de l'Eure, année 1862, ouvrage très bien fait et très consciencieux : « L'absence de tout fief, autre que celui des prieurs de Saint-Lô, explique le peu d'importance historique d'Aclou. »
Nous trouvons cependant dans les notes que nous avons extraites des archives de la Seine-Inférieure, que, outre le fief libre d'Aclou appartenant aux religieux, il y avait encore en cette paroisse le fief ou aînesse de la Troussellée ; le fief ou aînesse de la Pille (i) et le fief de la Boissaie.
Les registres de la paroisse, qui ont été soigneusement conservés, nous apprennent que dès le commencement du xvii* siècle une famille noble, du nom de Folleville, habitait Aclou sans y posséder de fief. En 1649, Jean de Folleville, escuyer, sieur de la Garenne, et trésorier en charge, rend ses comptes à la fabrique. On y voit qu'en cette année des réparations importantes furent faites à l'église, et cependant, le 20 mai 17 14, les habitants s'étant réunis pour délibérer sur un exploit que leur avait fait signifier l'abbé de Choisy pour être payé des droits seigneuriaux qui lui étaient dus sur une fondation, il fut convenu que, pour répondre à cette demande, « l'un des habitants, le sieur Deshayes, serait prié de se rendre à Paris auprès de l'abbé de Choisy pour lui représenter Testât de l'église et les besoins ou elle est de réparations et autres choses nécessaires pour chanter l'office divin (2). »
Le résultat de cette démarche est resté inconnu ; mais
(i) N'est-ce pas ce fief que M. Le Prévost désigne sous le nom de hameau de La Pie? dans ses Notes pour servir à V histoire du département de F Eure, (2) Annuaire du département de VEure, année 1862.
quelques années plus tard, en 1666, on fit refondre la cloche et ce travail coûta 57 livres 3 sous, dont 30 livres 3 sous furent payées par la fabrique et le reste par le curé.
« En 1693 ^^^ profonde misère régnait par toute la France. Une délibération des habitants d'Âclou, datée du I*' avril de cette année, accorda 8 sous à chaque pauvre de la paroisse, en vertu d*un arrêt du Parlement qui statuait que cette dépense serait prise par voie de taxe sur tous les propriétaires de biens fonds. On trouva trente pauvres dans la paroisse et Tabbé de Choisy, prieur commendataire de Saint-Lô, et, comme tel, seigneur, d'Aclou, fut mis en tête des propriétaires taxés (i). »
Pierre-Jules-César de Rochechouart, prieur de Saint-Lô, fit tenir son gagepleige (2) le 19 juin 1743 dans le manoir seigneurial d'Aclou, et le registre dressé à cet eflfet se trouve encore dans les archives de la paroisse (3).
Les revenus de la cure d'Aclou étaient estimés à 1,000 livres en 1577, 800 livres en 1636. En 1786 ils variaient entre 1500 et 1700 livres. La part du prieur commendataire à cette même époque était affermée par le prix de 800 livres.
Nous devons à l'obligeance de M. Charles de Beaurepaire communication d'un bail fait pour neuf ans parles religieux de Saint-Lô à Martin, dit Brunet, de la paroisse à'Auclou, de leur manoir appelé « la HauUe, du coulomber séant dedans, des pasturages du bust Manger avec quaranteneuf acres de terres labourables, dixnâes, campars a sainct Rémi d'Aclou jouxte Brionne avec le moulin et les herbages
(i) Annuaire du département de l'Eure, année 1862.
(2) Assemblée de vassaux, relevant d*un même fief, pour reconnaître les rentes dont chacun est redevable.
(3) Annuaire du département de l'Eure, année 1862.
des illes dentour ledict moulin par six vings et dix livres tournois [130 livres] {i). »
Dans un autre bail, le dernier sans doute de tout l'ensemble du temporel du couvent, consenti en faveur d'un sieur Vermande, d'Évreux, à raison de 14,400 livres, pour en jouir à ses risques et périls pendant neuf années consécutives, à partir de 1788, nous avons trouvé que la terre d'Aclou, seule, entrait dans le prix total de location, avec sa pêche et ses dîmes, pour la somme de 7,307 livres 7 sous, plus deux douzaines de truites, deux douzaines d'anguilles et trois cents écre visses.
Le nom primitif de cette paroisse, suivant M. Auguste Le Prévost (2), serait Arclou et dériverait des mots celtiques : ar-cleu:^ le fossé, la banque de terre, ou de : Arcleuil, barrière, enceinte de pieux.
On y a trouvé à plusieurs reprises des médailles romaines, des amas d'ossements humains et des armes du xvi* siècle.
Son église est fort ancienne; elle date des xii* et XIII* siècles ; toutefois le mur de la nef du côté du midi a dû être reconstruit dans le xvi*; les fenêtres qui s'y trouvent accusent les caractères de cette époque (3).
Vers 1860, des fouilles pratiquées dans cette église, sous une curieuse dalle tumulaire du xiv** siècle placée au milieu du choeur, firent découvrir un squelette avec plusieurs fragments de vêtements sacerdotaux et quatre vases brisés contenant encore du charbon (4).
Nicolas de La Pille fut nommé curé d'Aclou en 1653 ^^
(i) Rcg. du Tabellionnage, 7* folio, I4i« verso.
(2) Noies pour servir à V histoire du département de l'Eure,
(3) Dictionnaire du département de l'Eure, par M. Charpillon.
(4) Bulletin monumental, 27* vol. f* 42?.
mourut le 15 janvier 1693 ^P^^^ quarante années d'administration. Il fut inhumé dans le chœur de sa paioisse. Nous avons souvent rencontré son nom écrit au bas des délibérations capitulaires du prieuré.
L'aveu de 141 9 nous apprend que Aclou dépendait à cette époque de la vicomte de Pont-autou et de Ponteaudemer en ces termes :
« Item audit baillage de Rouen en la vicomte de Pontautout et de Pont-eaudemer et es mettes (i) denviron la ville d' Aclou un manoir assis en icelle, rentes et revenus appartenant a icelluy la présentation, etc. »
Avant la révolution de 1793, Aclou faisait partie du diocèse de Lisieux, élection et doyenné de Bernay; vicomte de Pont-Audemer, généralité de Rouen.
C'est aujourd'hui une paroisse du département de l'Eure, arrondissement de Bernay, canton de Brionne, qui compte 343 habitants.