CÉRÉMONIAL
DU LENDEMAIN DE l' ASCENSION .
Le lendemain , à huit heures du matin , le chapelain et les membres de la confrérie de Saint- Romain , précédés de la croix , venaient à la maison du prévôt ou maître en charge, chercher le prisonnier. Ce dernier, ayant , comme la veille , une couronne de fleurs blanches sur la tête, était conduit processionnellement à la salle capitulaire où tous les chanoines étaient assemblés. Les portes du chapitre étaient ouvertes, et un grand nombre de personnes de l'un et de l'autre sexe se pressaient à l'entrée , pour être témoins du dernier acte de ce drame plein d'intérêt (l). Le prisonnier, « quelque grand seigneur qu'il fût » , se mettait à genoux, tête nue, devant le bureau du
C1) « Astante plebis multitudine maximâ. » Acte du lendemain de l'Ascension H92, et autres.
DE SAINT ROMAIN. >l->
chapitre : et an chanoine lui adressait une vive semonce. Ce chanoine avait e'té désigné, pour celte mission , dans l'assemblée capitulaire du lundi de Quasimodo; on lui avait remis, le jour de l'Ascension, comme pour servir de texte à son discours , la confession écrite du prisonnier, la seule qui eût été réservée, comme on Ta vu. L'allocution du chanoine portait donc sur les fautes confessées par le prisonnier, principalement sur le meurtre, « combien il est desplaisant à Dieu, quels effects en proviennent et sont produicts en public, en général , et en la conscience du criminel en particulier (,). » — a Ceste remonstrance estoit quelquefois suivie d'une abondance de larmes » ; elle durait trois quarts d'heure ou une heure. Après l'avoir ainsi « grandement incrépé, il l'exhortoit de bien et catholiquement vivre à l'advenir, et l'admonestoit de rendre grâce à Dieu, à saint Romain et au chapitre (2). » En 1496, le doyen du chapitre exhorta Jean My graine, qui avait levé la fierté la veille, à confesser ses péchés avec contrition, et à faire les pèlerinages et autres pénitences dues et accoutumées (3).
1") Défense du privilège de saint Romain , par Dadré , page 25.
(2) Exhortatus de cavendo in futurum à similibus maleficiis et ut recognosceret gratiam sibi impensam ex privilcgii assecutione. » Acte pour Pierre Aubert , U92.
(3) « Veagia que faciat et alia ob reverentiam dictî saneti Romani débita et ronsueta. » Reg. ctif». de I496.
Le chapitre faisait toujours un pre'sent à celui de ses membres qui avait fait cette remontrance. Quelquefois l'archevêque se chargeait de la faire. En 1618, le sieur De Thirac, conseiller au parlement de Bordeaux , ayant été admis à lever la fierté , M. De Harlay, archevêque de Rouen, offrit de lui adresser, le lendemain, la remontrance accoutumée. « Il fut grandement remercié et prié de la faire. » Le lendemain , « le sieur De Thirac fut , en la présence de grand nombre de peuple , repris et incrépé grandement par le prélat, et exhorté de bien et honnestement vivre , à l'advenir, sans plus commettre aulcun crime. » En 1 6â1 , ce prélat adressa la remontrance au sieur De Gadaigne Champeroux ; il le fit d'autres fois encore ; il recherchait cette occasion de faire briller l'éloquence dont il avait fait preuve, dès sa première jeunesse, disputant publiquement en Sorbonne avec les savans les plus illustres , et cela en français , en grec et en latin (,). Cette exhortation était suivie du serment du prisonnier.L'archevêque l'interpellait en ces termes :
« Tu iures à saintes euvangilles que tu seras léal et obéissant d'ores en avant aux doyen et chapitre de V église de Rouen et à leurs successeurs.
Item , que tu garderas le profit et honneur ,
10 Abraham Golnitz, Vlysses Belgico-G alliais , ex officine elzevirianâ,-\6'\i, page §09.
droitures et libertés dleelle église , pour tout toit po\oir.
Item, que tu ne seras en f et . en conseil, ne en aide t où les biens et droitures et honneurs d'icelk église soyent défraudées ne arnenuisiées en aucune manière, ains les defjendras , pour tout ton povoir, et. se deffendre ne le po\>oyes , que tu leur signifieras.
Item, que, d'ores en avant, tu seras bon et loyal, pour tout ton poçoir, sans commettre larrechin , murdre , ne autre crisme.
Item , que tu seras , en toutes les f estes de V Ascension , en la pourchession des frères de la fierté saint Roumaing, à tout (avec) un chierge honneste, jouste (selon) ta possibilité , tant comme tu seras de de n s le royaume. Et, quant aux choses dessus dittes à acomplir, tu te subrnetz à la juridition d'iceulx doyen et chapitre , et esliz ton domicilie en Vostel de Veuvre de la dicte esglise (l). » Pendant cette lecture , le prisonnier avait les mains sur L'évangile : et, à chacune des clauses de la formule, il repondait, à haute voix ; Je le jure. Entrons dans quelques détails sur rengagement que prenait le prisonnier, de se trouver tous les ans à Rouen, le
(') Formule tirée du plus ancien registre du chapitre de la cathédrale <!<■ liduen, manusc. du XIVe. siècle. Celte formule est intitule'e : Jura mentant incarcerati.
jour de l'Ascension , et d'y assister à la procession de la fierté , une torche à la main. Nous avons sous les yeux l'original d'un acte du bailli de Rouen, en date du %k mai 1 358 , où il est dit : « Pour mémoire du dit prévilége , est le dict prisonnier tenu , et est acoustumé de retourner tous les ans au jour de la dicte teste (de l'Ascension) a la procession et église dessus dictes. , portant un cierge en la main. » Les complices de celui qui avait levé la fierté devaient , comme lui , figurer à cette procession , mais pendant quelques années seulement (I).
Dans les premiers tems du privilège, les prisonniers délivrés furent-ils exacts dans l'accomplissement de ce devoir ? Nous l'ignorons ; mais , dès l'an 1 34â , on voit Gautier Héron , qui avait précédemment obtenu la fierté , condamné , le 1 0 juin , par le chapitre , à figurer nu-tête à la procession du Saint-Sacrement, tenant à sa main un cierge éteint , ou bien à donner deux marcs d'argent pour faire une image du même métal , et cela parce qu'il n'avait point paru cette année à la procession de la fierté. Raoul Heusé, qui, ayant obtenu le privilège en 1 ^03 , avait manqué , en mai 1 â\ 8, à la procession du jour de l'Ascension, fut arrêté le 6 juin suivant , par ordre du chapitre , et mis dans les prisons de l'église , où il jeûna pendant cinq
') Rcg. du chapitre , mai 1502.
jours au pain et à L'eau. Enfin , le dimanche 1 1 juin, le chapitre, touché de son repentir et satisfait de la pénitence par lui subie, l'admit a reparer publiquement sou offense. A cet effet , la procession de Notre-Dame se rendit solennellement à la Vieille- Tour, avec la fierté de saint Romain. Raoul Heusé, nu-tète , nu-pieds , sans ceinture , marchait der rière la châsse , tenant à sa main une torche allumée, du poids de deux livres. Arrivé sur la place de la Vieille-Tour, après avoir offert sa torche a saint Romain , Heusé se mit à genoux devant les membres de la confrérie de Saint-Romain, confessa sa coulpc, et cria merci (miséricorde). Les confrères de Saint- Romain déclarèrent qu'ils lui pardonnaient. Alors, la procession se remit en marche. Son itinéraire pour se rendre à la Vieille-Tour avait été le même que le jour de l'Ascension ; elle revint aussi à Notre-Dame par les rues qu'elle avait coutume de prendre , lors de cette fête (l).
Malgré ces actes de rigueur, à la fin du xvie. siècle , ce devoir était mal rempli. Le chapitre se plaignait tous les ans de l'inexactitude des prisonniers délivrés à venir assister, les années suivantes, à la procession ; et , comme un sermon à la louange de saint Romain était prêché annuellement dans la cathédrale, le dimanche qui précédait l'Ascension,
10 Reg. du rhap. <lc Rouen, Il juin 1418.
3g8 HISTOIRE DU PRIVILEGE
en 1 483 , le chapitre recommanda au pre'dicateur d'insister sur l'obligation où étaient les personnes délivrées par la fierté, de venir aux processions et d'y assister une torche à la main (I). Plus tard , il s'était introduit, dans l'accomplissement de ce devoir, un grand relâchement. Le Mésenguier, qui avait obtenu la fierté en 1 483 , ne vint , ni en 1 500 , ni en 1 501 , porter la torche ; il fut mandé devant le chapitre , à raison de cette double omission (a). Peu d'années après, on voit le chapitre obligé de faire des procédures pour contraindre les prisonniers à l'accomplissement d'une obligation si sacrée, puisqu'elle avait été contractée sous le sceau du serment. Jean Le Landois , seigneur du village d'Hérouville , près de Caen, qui avait levé la fierté en 15â3, ne vint point, l'année suivante, porter la torche; il avait écrit au chapitre qu'il était malade, et prié qu'on le dispensât. Le chapitre ne se contenta point de cette allégation : dès le lendemain, ordre fut donné au messager d'assigner ce gentilhomme à comparaître le mardi après la Fêté de la nativité de saint Jean , devant le promoteur de l'officiante , pour y justifier des causes qui avaient pu l'empêcher de venir à Rouen, avec
(')Reg. du 28 avril U83.
(') Rcg. <Iu25 mai 1501.
déclaration qu'à faute de comparaître au jour fixe, il sérail excommunié. Le messager du chapitre signifia celle assignation au domicile que le sieur D'Hérouville avait choisi dans Rouen l'année précédente, et afficha aux portes de la cathédrale une copie du mandement du chapitre. Au jour indiqué, le sieur D'Hérouville comparut par procureur devant 1* officiai , et allégua une indisposition qui l'avait mis dans l'impossibilité, disait-il, devenir à Rouen le jour de l'Ascension. Le chapitre ordonna qu'il serait informé de la vérité de cette excuse, et envoya une commission rogatoire a l' officiai de Bayeux, résidant à Caen, pour qu'il eut à faire une enquête sommaire sur le fait allégué , et constater si le sieur D'Hérouville avait été dans un état tel qu'il n'eut pu se rendre à Rouen pour remplir son engagement. Le sieur Le Landois d'Hérouville fut cité à comparaître. Une enquête eut lieu à Caen devant Me. Laurent Mérie , prêtre délégué à cet effet par F officiai : il fut constaté , par les dépositions de témoins produits par le sieur D'Hérouville lui-même, que ce gentilhomme n'avait guère été malade , ou que peut-être il ne l'avait pas été du tout. Deux ou trois jours avant l'Ascension , on l'avait bien entendu dire « qu'il estoyt malade et qu'il cuydoit aller à Rouen , n'eust esté samaladye: mays le dicl sieur, quelque maladye qu'il eust , n'avoit point laissé a lournier et aller de costé et
d'aultre par le villaige d'Hérouville , se pourmenant et faisant bonne chière comme les aultres. » Aussi le chapitre , jugeantyhVofe les excuses alléguées par le sieur D'Hérouville, le condamna à vingt livres d'amende. Quelques personnes pensaient qu'il suffisait que les prisonniers délivrés vinssent à cette procession , les sept années qui suivaient leur délivrance ; mais , en 1 543 , le jour de l'Ascension , le chapitre , se fondant sur la formule du serment que nous avons rapportée , décida « qu'ilz seroient tenus d'y assister toute leur vie en personne. » C'était mal prendre le tems pour appesantir le joug; car alors, « aucuns des dictz prisonniers estaient tombez en telle ingratitude, qu'ilz avoient mis et mettaient le dict bienfaict à non chaloir ( à mépris ). » M. Morelon , procureurgénéral , s'en plaignit en ces termes au parlement, le 5 mai 1544, le jour où les députés du chapitre vinrent insinuer le privilège. Il demanda que les impétrans du privilège fussent tenus , dorénavant, « pour la louange de sainct Roumain et recongnoissance du privilège et bienfaict, à euix trouver, par tel nombre d'années qui seroient limitées , au convov de la dicte châsse, nue teste, avec torche ardente à leur main, pour recongnoissance du privilège et du bienfaict à eulx advenu , sous peine d'estre privez et déboutez du dict privilège. » Le parlement invita les quatre chanoines présens à en
conférer avec le chapitre, et, quelques jours après, il fut arrête que « ceux qui auroient levé' la fierté seroient leuus d'assister en personne, pendant six ans, a la procession de l'Ascension, nue teste et une torche à la main , à moins qu'ilz ne feûssent légitimement empeschéz. » Dans ce dernier cas, ceux qui , admis précédemment à lever la fierté , étaient reconnaissans de ce bienfait signale' , donnaient procuration à quelqu'un de leurs amis, pour les remplacer ou les faire remplacer à la procession. Cette grâce avait été refusée, en 1/J74, a Mc. Etienne De Baudribosc, clerc de Saint-Pierrel'Honoré ; mais, dans la suite , on s'était vu forcé de l'accorder aux prisonniers. Le sieur Du Plessis Mélesse , qui , protégé par le pape Grégoire XIII et par Henri III, avait levé la fierté en 1581, se trouvant , aux approches de l'Ascension 1 58§ , « griefvement affligé d'une fiebvre ague » qui l'empêchait de se rendre à Rouen , envoya au chapitre deux gentilshommes porteurs de sa procuration notariée, qui les chargeait « de comparoir pour luy par devant messieurs du chapitre de Nostredame de Rouen, pour obéir à leur demande, et pour se offrir faire le debvoir que luy mesme eust esté tenu faire en personne. » Je trouve , en 1 584, un acte de même nature , passé par Chestien De Gommer , seigneur du Breuil, homme d'armes du 41 .nid prieur de Champagne, qui, ayant levélafierte,
l'année précédente , et se trouvant retenu à Cosnesur-Loire , pour le service du roi , chargeait un de ses amis de le représenter à la cérémonie , et d'y porter pour lui la torche ardente. En 1 583 , Jacqueline ou Jacquemine Du Bois-Rioult, qui avait assisté , deux années , à cette procession , demanda d'être dispensée pour les années restantes , « veu qu'elle estoit, presque sans intermission , travaillée de maladye. »
Souvent des nobles ou des bourgeois de Rouen consentaient à cautionner, à cet égard, le prisonnier élu, et s'obligeaient, par-devant notaires , à porter la torche à sa place , s'il ne se présentait pas au jour voulu, ou à acquitter les condamnations qui pourraient être prononcées contre lui à raison de ce manquement. J'ai vu plusieurs actes de cette nature.
En 15<£â, deux seulement des prisonniers délivrés précédemment , ayant assisté à la procession , le chapitre arrêta que désormais les noms des prisonniers élus seraient inscrits sur un tableau qu'on afficherait dans la salle capitulaire , et qu'on y effacerait les noms de ceux qui viendraient à mourir. En 1 586, le chapitre avait imaginé de faire prendre, le jour de l'Ascension , par le sacriste assisté du tabellion , les noms des prisonniers libérés précédemment , qui se présentaient à l'offrande , avec torches et cierges; cette liste était remise au
DE SAINT KOMAW. 333
chapitre , pour qu'il put procédera rencontre i\cs dcfaillans: mais il fallut renoncer à ces rigueurs. Eu 1613 , 1 61 \ , 16)5, et les années suivantes , les prisonniers élus donnèrent de l'argent au trésorier de la fabrique de Notre-Dame , pour faire porter la torche , pendant sept ans, à la procession, en leur lieu et place.
Outre le serment que prêtait le prisonnier , le lendemain de l'Ascension , de porter la torche, les années suivantes, à la procession, il signait, à cet égard , un acte écrit , qui restait entre les mains du chapitre. Entre un grand nombre d'actes de cette nature, que j'ai vus , je citerai celui du 8 mai 1 587, par lequel Gaspard Des Aubuz, sieur de Morthon, ayant levé la fierté la veille , promet que , suivant le serment qu'il vient d'en faire au chapitre , il assistera , « tout le temps de sa vie , par chacun an, à la procession de l'Ascension , avec une torche ou cierge ardent en sa main, pour recongnoissance de la grâce qu'il a reçeue. » Plusieurs fois , le parlement avait condamné à de fortes amendes , des prisonniers qui avaient manqué , sans cause légitime, à l'accomplissement de ce devoir. Par l'acte dont nous parlons , le sieur De Morthon , pour le cas où il ne serait pas fidèle a sa promesse , se soumettait à payer, à la simple ordonnance du chapitre, « les amendes contenues es dictz arrests du parlement donné/, en pareil cas », ou à telle autre amende
r>4 HISTOIRE DU PRIVILEGE.
que prononcerait contre lui le chapitre ou le parlement. Il consentait que , pour le paiement de cette amende , ses biens , meubles et héritages pussent être pris ou vendus par exécution. L'acte contenait élection de domicile à Rouen, aux fins de l'accomplissement de cet engagement. Le §8 mai 1594, Nicolas De Coquerel , qui avait levé la fierté la veille , signa aussi l'engagement d'assister à la procession , avec une torche , tout le temps de sa vie, par chacun an; faute de quoi, ses biens, meubles et immeubles, pourraient être vendus pour le paiement de l'amende qu'il aurait encourue pour ce manquement. Quelques uns accomplissaient religieusement leur promesse; ils venaient ou envoyaient à leur place ; mais , en général , on se piquait peu d'exactitude, et De Bras de Bourgueville, qui écrivait à la fin du XVIe. siècle , se plaint de ce que , de son tems , « le privilège estoit enfreint à cest égard par ceux qui av oient levé la fierté. Le debvoir d'assister, pendant sept ans , à la procession, estant (dit-il) à ces te heure trop contempné. Tel mespris (ajoute-t-il) pourroit estre reproché aux impétrans , comme indignes et contempteurs d'un tel pardon. »
Cette coutume, de plus en plus négligée, finit par tomber en désuétude. La vivacité du sentiment religieux, qui avait dû lui donner, dans les premiers tems, quelque chose d'auguste et de touchant,
allai I toujours s affaiblissant, et , avec ce sentiment,
disparaissaient les coutumes auxquelles il avait donne naissance. Enfin, l'usage cessa tout-à-fail: et , en 1 G9i> , mais sans doute avant, cela ne sJ exécutait plus (I).
Après la prestation du serment et la rédaction dis promesses , on délivrait au prisonnier son acte ou pancarte de délivrance, comme titre de libération et sauve-garde contre les poursuites ultérieures dont il pourrait être l'objet. Nous en reproduisons un ici :
« Le vendredi 9e. jour de may 1 578 , au chapitre de T église cathédrale Nostredame de Rouen , les chapelains et confrères de la confrairie de monsieur sainct Romain , fondée en la dicte église , ont représenté François Du Menez dict Delà Montaigne, escuyer, lequel , par le privilège du dict sainct , et , suivant l'élection faicte de sa personne, auroit esté, le jour d'hier, délivré des prisons de la court des Aydes. El, présence de plusieurs personnes, a esté grandement incrépé par M. Chavignac, chantre en la dicte église , de la faulte par lui commise , et exhorté de bien et catholiquement vivre à l'advenir. Ce qu'il a promis faire , faict et preste lessermentz accoustumés, dont il a faict lecture , se submectant
(') Requête au roi pour les officiers rlu bailliage et pre'sidial de Rouen, contre M. l'archevêque et le chapitre de Rouen. 1698, in-f".
à la jurisdiction du chapitre pour le contenu en iceulx, et, à ces fins , a esleu son domicile en la maison de lafabricque. »
Ensuite , on commençait prime, au chœur de la cathédrale ; le prisonnier délivré était conduit processionnellement dans l'église, à la chapelle de Saint-Pierre et Saint-Paul , où il confessait ses péchés au grand-pénitencier, qui lui donnait l'absolution. Puis il se rendait à la chapelle Saint- Romain où il entendait une messe basse , après laquelle il était reconduit processionnellement à la maison du prévôt ou maître en charge , où un déjeûner avait été préparé ; c'était le repas d'adieu. Après ce déjeuner, il remerciait humblement le maître et les membres de la confrérie , de tous les soins qu'il s'était donnés pour lui. Puis, il prenait congé , après que le maître de la confrérie lui avait donné un chapeau neuf. De là , il allait , accompagné de ses parens ou amis , chez tous les membres du parlement et chez tous les chanoines de la cathédrale , les remercier du bienfait qu'il avait reçu d'eux.
Après tant d'angoisses et d'alarmes , après tant d'interrogatoires , d'allées et de venues , de génuflexions et de semonces , le prisonnier devait respirer avec délices et renaître à la vie , lorsqu'enfin il se retrouvait libre , tranquille , au milieu des siens. S'il faut en croire un vieil auteur, qui n'avait
garde de décrier le privilège do la fierté., « il s'en trouva plusieurs qui , ayant circonspectement veu el considère les pourmenades du prisonnier , la honte et vergongne qu'il recevoit le jour de la feste el le lendemain , protestèrent aymer mieux être décapitez que de jouyr du privile'ge(I). «C'était une rude corvée , il faut le reconnaître ; mais enfin le gracié pouvait, après cela, se montrer et vivre; avec la vie , il avait recouvré sa fortune et sa liberté. Et si à ces gens , que la tâche semblait rebuter si fort, on eut montré, d'un côté l'échafaud dressé, el de l'autre le besle de la Vieille-Tour et la tribune où brillait la châsse de Saint-Romain, disons-le hardiment , ils n'auraient pas réfléchi long-tems.
(') Défense du privilège de Saint— Romain, par Dadré , Rouen 1609, page L0.
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