‹ Histoire du priviláege de Saint-Romain (volume 2)Chapitre 38 sur 77 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

son enfant , après l'avoir ondoyé , et le jeta dans une mare où le cadavre fut trouvé peu de jours après.

U89 Jehanne Dantot , de la paroisse de Ouville-

TAbbaye, diocèse de Rouen, âgée de â1 ans.

Un jeune homme l'avait prise de force dans un bois dépendant de Ouville. Son père le sut, et la maltraita, ce qui la contraignit d'aller demeurer à Auzebosc. Puis, étant allée à Blainville, comme servante d'auberge, elle devint grosse des œuvres d'un homme-d'armes de la compagnie du sieur De Torchy . Elle était enceinte depuis six semaines ; un sieur De Biennaiz , qui demeurait de ce côté , la prit chez lui et en fit sa concubine. Il l'entretenait depuis sept mois et demi , lorsqu'elle accoucha chez lui , en lui avouant que c'était du fait d'un hommed'armes de Jehan D'Estoute ville, seigneur de Torcy et deBlainville. Le sieur De Biennaiz, furieux de ce qu'elle était venue vivre avec lui étant enceinte , la chassa elle et son enfant. Deux femmes la recueillirent chez elles ; elle y vécut trois semaines, nourrissant son enfant, et vivant d'aumônes. Le sieur De Biennaiz ne faisait rien pour elle , et allait souvent l'injurier , lui disant qu'il voudrait qu'elle eût tué son enfant et qu'elle fût brûlée vive , comme l'avait été tout récemment , à Rouen , une femme convaincue d'infanticide. Jehanne Dantot avait envoyé son enfant au père , qui avait refusé de le prendre ; elle était désespérée ; chaque jour , le sieur De Biennaiz lui répétait : « Qu en penses-tu faire , que je ne le voie plus ? » Une des femmes qui lui avaient donné asile lui disait sans cesse : « plust à Dieu qu'il fust en paradis et vous aussy. » Sur ce qu'elle disait qu'elle porterait elle-même l'enfant à son père , on lui répondait qu'il le refuserait encore et couperait bras et jambes à la mère. Enfin, un jour, hors d'elle-même , elle noya son enfant dans un seau d'eau ; puis , en proie au remords , l'en tira et le réchauffa devant le feu ; mais il mourut la nuit suivante. Arrêtée a raison de ce crimo ,

et menée aux prisons de Rouen , elle s'y laissa engrosser par

un prisonnier. Dans cel étal , elle sollicita et obtint la fierté.

Jehan Brociieron , de Nogent-le-Roi , âgé de M) ans.

Tl avait tué , dans un mauvais lieu de Nogent-le-Roi , la maîtresse de la maison, qui l'insultait. Après quoi il s'était mis en franchise dans l'église de Saint-Sulpice de Nogent. Il axait été appliqué, cinq fois différentes, a la question, à raison de ce meurtre. Les deux années dernières, afin de l'empêcher d'être élu pour lever la fierté , on l'avait transporté une fois à Elbeuf , l'autre aux prisons de Saint-Gervais-lez-Rouen , où alors les députés du chapitre n'avaient pas le droit d'aller. Enfin , cette année, les chanoines l'ayant trouvé à la maison de pierre ( prison du bailliage ) , recurent sa confession , et le chapitre lui donna la fierté.

Jehan De Beauvais, de la paroisse de Ménervalen-Bray, diocèse de Rouen.

Poursuivi à outrance par Gieffin Le Normant , qui prétendait avoir été surtaxé par lui , lors de l'assiette de la taille à Ménerval , il se défendit et le tua d'un coup de dague ; puis se réfugia dans l'abbaye de Beaubec , où il fut cinq semaines en franchise.

Voyant Le Normant étendu mort à ses pieds , Beauvais lui avait pris sa bourse , qui contenait une forte somme d'argent.

Mardi . épouse de Jacques Mansel , de la paroisse de Honguemare , diocèse de Rouen , demeurant dans le Clos-Saint-Marc, à Rouen.

Avant une dispute avec une couturière, qu'elle accusait

d'avoir mal raccommodé son corset, elle donna un coup de

poing à cette femme , qui mourut de ce coup huit jours

après.

U93. Simonet Emery, de Saint-Ouen-en-Bray, âge de

98 ans.

Son père et un nommé Jehan Le Blanc étaient depuis longtems en procès , relativement a la propriété d'une assez grande pièce de terre sise à la Hallotière. Ayant su que Le Blanc allait faire enlever la récolte , il dit à cet homme , qu'il rencontra : « Jehan Le Blanc, nous fer êz-vous tousiours ceste painc ? Vous ne cesseras jamais tant qu'il y ait meschief. » Le Blanc lui répondit : « Je teferay bien petit varlet de quoy tu cuides estre grant maistre. » Sur cela, on se battit, et Emery tua Le Blanc de plusieurs coups de son braquemart.

U94. Guillemine , femme de Jehan Andrieu , de la

paroisse de Ye'bleron, doyenne' de Fauville.

Son mari était attaché à la personne du sire de Bourbon .Pendant qu'il était à l'armée avec ce prince , elle fut obsédée par un sieur Le Masurier, de Auzouville-Auberbosc , qui voulait la séduire. Ses refus lui attirèrent de mauvais traitemens de cet homme emporté. Son mari étant de retour, un jour qu'ils allaient à la messe , ils rencontrèrent Le Masurier. Son mari qu'elle pria de la venger, se précipita sur Le Masurier, sa dague à la main ; elle-même le prit par les cheveux et aida ainsi son mari à le tuer; puis ils gagnèrent franchise dans l'église de Yébleron , où ils restèrent cinq semaines. Enfin, ils y furent arrêtés et amenés à Rouen ; et le mari fut condamné aux galères. La femme leva la fierté le jour de l'Ascension; puis elle accoucha la nuit suivante chez le maître de la confrérie de Saint-Romain, en sorte qu'elle ne put venir, le lendemain , suivant l'usage , remercier le chapitre et prêter le serment accoutumé. Ce jour— là, Pierre Daré, lieutenant du bailli de Rouen , maître de la confrérie de Saint- Romain, vint à la cathédrale , avec les autres frères de la confrérie de Saint-Romain; il remercia le chapitre au nom de l'accouchée, et demanda que des députés fussent envoyés pour recevoir son serment. Le chapitre décida qu'elle viendrait

elle-même, après ses relevailles , accompagnée des membres de la confrérie. On écrh it aussi-tôt an maître des galères, pour qu'il eut à mettre Andrieu en liberté. Un sergent fut envoyé à Hoofleur, et obtint, du commandant des galères , la mise en liberté d'Andrieu.

Le ?.i) mai suivant , Andrieu et sa femme , qui était relevée de couches , vinrent ensemble remercier le chapitre et prêter les sermens d'usage.

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