Tome II
dans le cabaret où il logeait , la cabaretière se plaignit à lui de son mari , qui venait de la battre et de la blesser au bras. Il allait toutefois se retirer avec son flambeau et la clé de sa chambre , lorsque le cabaretier voulut recommencer à battre sa femme. Le sieur De Genouilly, jetant sa clé et son flambeau , chercha à défendre cette femme des brutalités de son mari , mais ce dernier se jeta sur lui et lui asséna plusieurs coups de bâton . Genouilly donna au cabaretier un coup d'épée qui fut mortel. Il l'avait frappé, sans savoir où, à cause quil faisoit nuit cl que les feux de joie qu'on avoit faits à V occasion de la prise de Philisbourg , étoient éteints ( Ier. août i<y34).
1738. Charles Nicolle, âge de 22 ans, garçon tonnelier, de la paroisse de Frëauville.
Jacques Nicolle, âgé de 23 ans, laboureur, né et demeurant à Fréauville.
Nicolas Mirot, âgé de 30 ans, de la paroisse de Londinières, serrurier.
Antoine Levasseur , âgé de 23 ans , de Londinières, taillandier.
Michel Foulon, âgé de 2/1 ans, domestique, né à Notre-Dame-de-Clais, demeurant à Fréauville.
Pierre Le Baillif, âgé de 32 ans, tonnelier, né à Saint-Germain, demeurant à Fréauville.
Pierre Viguerard, âgé de 27 ans, cordonnier à Fréauville.
François Hénin . âgé de 32 ans , né à Aumale ,
meunier à Fréauville.
Une rivalité , qui tenait beaucoup de la haine , existait entre les jeunes gens de Londinières et ceux de Fréauville , paroisses voisines ; elle s'était manifestée dans quelques fêtes , et surtout
dans les danses. Le i"'. juillet i 73(> , à rassemblée de Fréauville , cette mésintelligence éclata ouvertement et amena une scène déplorable. Après les vêpres et au moment où l'on commentait à danser , un jeune homme de Fréauville ayant été insulté par un de Londinières, ils se battirent tous deux, et sur-le-champ les garçons des deux paroisses prirent le parti de leurs compatriotes, aux cris de : A moi Londinières ; à moi Fréauville. D'abord , le combat avait été inégal , et les jeunes gens de Londinières , échauffés de vin et au nombre de quinze ou seize , avaient attaqué cinq ou six habitans de Fréauville ; mais ces derniers furent bientôt secourus par leurs compatriotes , et dès-lors la lutte fut à peu près égale. Elle se prolongea un quart-d'heure , et , dans ce court espace de tems , un homme fut tué et plusieurs furent blessés. Celui qui périt s'appelait Potier, et était de Londinières.
Parmi les prétendans de Londinières , se trouvaient les fermiers du chapitre , qui possédait des immeubles dans cette paroisse, et même y jouissait des droits seigneuriaux.
Jvcques Dauget, âgé de 68 ans, marchand échoppier en la paroisse de Caligny , diocèse de Bayeux.
Jean Dauget, âgé de 34 ans, marchand chandelier à Caligny.
Jean Sébire, âgé de 30 ans, tisserand, de Condésur-Noireau.
Jacques Lundel , âgé de 40 ans , demeurant h Condé-sur-Noireau , compagnon tanneur.
Anne Martin , femme de Jacques Londel , blanchisseuse à Condé-sur-Noireau, âgée de 40 ans.
Le 21 mai 1736, étant dans un cabaret de Montilli , près de Caligny , où il avait bu avec excès , Jean Dauget vit le nommé Pierre Huart qui maltraitait Londel, sa femme et un
nommé Sébirse . Ces trois individus étaient les amis de Jean Dauget, et c'était avec eux qu'il venait de boire. Furieux de les voir maltraiter, et passé de boisson , il s'élança , son couteau à la main, sur Pierre Huart, et le tua.
1740. Martin Barjole , âgé de â8 ans , de la paroisse
de Hauville , en Roumois , diocèse de Rouen ,
dragon au régiment d'Orléans
Assailli d'injures par sa sœur, couché en joue par son neveu, Barjole s'était jeté sur ce dernier, un couteau de chasse à la main , et l'avait tué.
1741. Pierre Petitgrand, âgé de 45 ans, de Lommoye,
près Mantes , garde- chasse du seigneur de Lommoye.
Etant dans les bruyères des bois de Lommoye , où il faisait sa ronde , un peu pris de vin , il tua un sieur Boullant , qui braconnait depuis plusieurs jours dans les bois confiés à sa garde.
Il était protégé par madame De Seignelay, par M. De Montmorency—Luxembourg , et enfin par Louis II De Bourbon- Condé, comte de Clermont , abbé du Bec.
1742. Richard Dumontier , âgé de 25 ans , fils de
Jacques Dumontier, laboureur à Saint- Jacques-
sur-Darnétal.
Le 2.5 septembre 1737, il sortit , sur les huit heures du soir, pour aller a la chasse des bêtes fauves qui mangeaient les fruits de la ferme de son père. Bientôt il entendit du bruit , comme si quelque bête eût mangé des pommes. Aussi-tôt il lâcha de ce côté-là son coup de fusil, et fut fort étonné d'entendre un homme crier : Ah! misérable , tu m'as estropié. Il avait atteint Pierre Dumesnil , un de ses amis , qui mourut peu d'heures après,
\\.mi tout nié devant les jugea du bailliage de Rouen, il (\.ni été condamné à être roué vif.
\vimi\i Dwièkk. âge «If °^7 ans. de Moulins en Bourbonnais' , soldai dans le régimeni royal de la marine, compagnie de M". De Duras.
EBd garnison à Valognes, il avait tué, étant ivre, un nommé
\<»\ on , qui K" menaçait .
M . De Duras écrivit au chapitre que Danière « étoil le meilleur soldai de sa compagnie, el Le plus appliqué à remplir ses devoirs. »
Kmxrt-Antoine Le Prévost , sieur de la Fres- Qaye . gentilhomme , Age de 4â ans , de la paroisse de Notre-Dame -des - Champs de la \\\\c d'Avranches.
Voyant Jean Robert, laboureur à Tircpietl, etsesenfans, < 1 » 1 1 maltraitaient le \;ilet d'un de ses amis, le sieur De la Fresnayej qui venait lui-même d'être injurié par eux , prit la défense de ce domestique , et bientôt asssailli par les Robert, à coups de bêche, il se défendit avec la baïonnette de Bon fusil, et tua Robert père.
Nota. C'était la septième année qu'il sollicitait la fierté Dès Le 2 avril i *j 38 , M. Le Blanc, évécpie d'Avranclies , avait écrit au chapitre de Rouen, en faveur de ce gentilhomme, il' une famille où il. y avoit toujours ru de la probité.
Gabriel Chàzelet dit Dupré , âge de 3â ans .
bourgeois de la paroisse de Noirétable eu
Konv diocèse de Clermont. gendarme dans le
nieiii des Kcossais.
JOSEPH -A \Lhvn\ Du VERGNE âgé de ^1 ans ,
ancien maître des postes à Lapeaux. paroisse
de Noirëtable en Forez, diocèse de Clermont, géne'ralité de Lyon.
Revenant paisiblement de Saint-Priesfr-la-Prugne à Saint- Just , dans la soirée du 3 février 1738, ils furent injuriés et assaillis à coups de pierre par quatre individus qui les prenaient pour des commis aux aides. Chazelet , après avoir fait de vains efforts pour déterminer ces quatre hommes à les laisser tranquilles et à se retirer , tira un coup de pistolet sur eux , et tua le nommé Jean Poyet, l'un d'eux.
Recommandés par M. De Montmorency-Luxembourg.
me. Alexandre Chauvin dit Fleur y, âgé de 5â ans , garde de la terre et seigneurie du Mesnil-sur- TEstrée, demeurant à la Haie-Beroult.
Etant entré dans une grange où quinze ou seize individus buvaient ensemble , l'un d'eux le traita d'espion ; il s'en alla en disant à cet homme : Si tu étais seul , j'en tirerais raison . A ce mot, les quinze ou seize buveurs se mirent à sa poursuite, fondirent sur lui , et s'efforcèrent de le désarmer. Chauvin , pour les intimider , lâcha à terre le coup dont son fusil était chargé , et personne ne fut blessé. Mais alors le voyant désarmé , ils l'assaillirent avec plus de violence encore , et l'acculèrent contre un mur. Louis Le Tellier , l'un d'eux, tenait une grosse pierre et levait le bras pour la jeter sur Chauvin , lorsque celui-ci , pour éviter le danger qui le menaçait, lui asséna un coup de crosse de fusil dont il mourut trois jours après.
ml 7. Jean-Gaultier Du Vignaud, âgé de 3 A ans, cidevant lieutenant dans le régiment de Mortemart, infanterie, né au Grand-Brassac, en Périgord, demeurant à Jarnac, en Saintonge.
Le 1 4 novembre 1739, ayant trouvé un nommé Mataly ,
mauvais sujet, ancien laquais congédié, chassant dans son bois île Couvas, en Périgord , Du Vignaud lui dit de lui remettre son fusil. IMataly, non seulement s'y refusa , mais adressa des injures et des inenaees à Du Vignaud, et, bientôt, se jetant sur lui , s'efforça de le désarmer, tirant son fusil par le canon. Dans cette lutte, le fusil partit et tua Mataly.
I7A8. Noël Le Cardinal, âgé de 32 ans, né à Plaintel, concierge au château de Lorge.
Le 17 mai 1739, à l'assemblée de Saint-Mathurin , près de la foret de Quintin , ayant bu du cidre plus que de raison, et étant échauffé , il eut querelle avec un nommé Lequerré , ivre comme lui, et qui l'avait provoqué. Ce dernier voulut lui jeter une cruche à la tête. Le Cardinal lui donna des coups de crosse de fusil , dont il mourut trente-deux jours après.
Recommandé par la duchesse d'Orléans , par le duc et la duchesse de Lorge, par M. De Montmorency-Luxembourg.
1749. Guillaume Denys, âgé de &\ ans, de la paroisse
de Brémoy, diocèse de Bayeux, laboureur.
Le 18 décembre 17^ > retournant chez lui le soir, il rencontra un nommé Bellery, avec qui il avait bu le matin , en bonne intelligence, et qui lui avait même promis de lui prêter cent sols dont il avait besoin. Bellery , apercevant Denys , commença par l'injurier , et lui porta un coup de bâton au visage, en sorte que Denys eut une dent cassée. Emporté par le premier mouvement , Denys tira sur Bellery un coup de fusil dont ce dernier mourut onze jours après.
1750. Nicolas Ollivier, âgé de ââ ans, de la paroisse
de Carnet , près Avranches, d'abord laboureur, puis, après son crime, cavalier dans le régiment de Brancas.
Étant ivre , il demanda du tabac à Gilles Daligout ,
journalier, son voisin, qui lui répondit qu'il n'en avait pas.
Sur cela, Ollivier lui dit d'aller se faire f Daligout lui ayant
dit de ne point parler ainsi , sans quoi il s'attirerait quelque chose qui ne vaudrait rien , Ollivier lui donna un coup de bâton dont il mourut à l'heure même.
51. Jean Bourdon, âgé de §9 ans, tailleur d'habits au Héloup, près d'Alençon.
Louis Choisnet , âgé de 5â ans , fermier au Héloup.
François Buard , âgé de â3 ans , journalier au Héloup.
Jean Martin , âgé de 3â ans , domestique au Héloup.
Vincent Legros, âgé de 57 ans, fermier à Saint- Pater.
Jacques Tessier , âgé de 5â ans , maréchal au
Héloup.
Laurent Buard , parent de plusieurs d'entre eux , était un vagabond ; chaque jour il se signalait par quelque vol ou par d'autres déréglemens ; déjà il avait été condamné pour vol , les cavaliers de la maréchaussée le cherchaient partout. Le dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement 17 49 5 Ie cabaretier de la Fresnaie , paroisse à quatre lieues du Héloup , fit dire à Jean Bourdon et à d'autres parens de Laurent Buard , qu'il venait de surprendre en flagrant délit Laurent Buard , commettant un vol chez lui , et qu'il le gardait comme prisonnier dans sa maison , prêt à le leur rendre s'ils venaient le chercher. Jean Bourdon et les prénommés se rendirent aussitôt à la Fresnaie, ils emmenèrent Laurent Buard pendant la nuit , et le cachèrent chez un fermier de la paroisse de Saint -Pater, de peur que les cavaliers de la maréchaussée ne
DE SAINT ROMAIN. r,3l
l'arrêtassent. Leur dessein était de le conduire ehez M. Du Héloup , qui leur avail promis précédemment de l'aire embarquer ce mauvais sujet pour les Iles, Lorsqu'ils le voudraient. Le lendemain , ils Murent le chercher et le conduisaient chez ce seigneur, lorsque, sur la route, Laurent Buard , irrité par les reproches que, Jean Bourdon lui adressait sur tous ses méfaits , lui jeta une pierre dans l'estomac et le menaça de lui casser la tète. Bourdon tenait une règle à sa main; furieux contre Buard , il lui en donna un coup sur la tète et l'étendil mort à ses pieds. Saisis de frayeur, lui et ceux qui l'accompagnaient jetèrent le cadavre de Laurent Buard dans une ardoisière qui se trou\ esur le chemin de Saint-Pater au Héloup.
I Nicolas Aulne , journalier, âgé de ââ ans, né a Urville, diocèse de Séez.
Se trouvant un dimanche à Grainville , il jouait aux cartes, dans une grange , avec quelques amis ; survint Jean Pillet , journalier , de Grainville , qui joua avec eux. Au fort du jeu , une dispute s'éleva entre Aulne et Pille L , qui , quelque tems avant, avaient eu une querelle. Pillet s'emporta jusqu'à donner un soufflet à INicolas Aulne, qui, furieux, donna un coup de bâton à Pillet, et le tua.
J. Robert-Jean-Baptiste Duval l'aîné, âgé de 3â ans, né à Lisieux , paroisse de Saint-Germain, y demeurant Cour des trois Rois , faubourg Saint-Désir.
I d nommé Carboneau, dit Picard , lui avait cédé un trèsbeau fusil en échange d'un autre , d'un sabre avec son ceinturon, et de 18 livres et un serin. Ils allèrent essaye! le fusil , dans les prairies de Lisieux , et tuèrent un plongeon sur la rivière, puis revinrent à la ville, où ils dînèrent ensemble. Duval devait ne payer les 18 livres que quelques jours
5Sâ HISTOIRE DU PRIVILEGE
après , ne voulant point que sa femme connût cette dépense . Dans les prairies de Lisieux et dans la ville même , tous ceux qui virent le fusil vendu par Carboneau , se récrièrent sur sa beauté. Un gendarme de la garde et un garde-du-corps dirent qu'ils l'auraient acheté s'ils eussent su qu'il était à vendre. Carboneau regretta vivement d'avoir vendu ce fusil trop bon marché ; il dit à Duval qu'il voulait de suite les 18 livres et le serin ; il savait bien que Duval n'avait point de serin et qu'il devait faire acheter à Rouen celui qu'il lui avait promis. Une dispute s'engagea entre eux , puis une lutte ; Carboneau cherchant à reprendre le fusil que tenait Duval , et ce dernier , s'etforçant de le retenir , Duval ? assailli par Carboneau et par la femme de ce dernier , finit par tirer son épée et en perça le mari, qui expira à l'heure même.
Nota. Après sa délivrance , sa famille qui , sans doute , avait à se plaindre de lui , le fit arrêter et écrouer au Vieux-Palais , en attendant une occasion de l'embarquer pour les Iles. Il s'évada de sa prison , au commencement de juillet, aux risques et péril de sa vie , sous la protection de saint Romain. Il traversa à la nage les fossés du Vieux-Palais , dans lesquels il faillit se noyer. Depuis , il dut devenir procureur à Lisieux , en remplacement de son père.
1754. Joseph-Frédéric Esnon, âge de 40 ans, dentiste, né à Brulange , généralité de Metz , ayant demeuré à Caen , demeurant actuellement à Coutances, paroisse de Saint-Pierre.
Marie-Antoinette Le Cornu, femme de Joseph- Frédéric Esnon , âgée de 28 ans , née à Caen , paroisse Saint-Martin , demeurant à Coutances.
Claude -Antoine André, âgé de 3â ans, marchand de livres de messe , originaire de Tabbaye
DE SAINT ROMAIN. Sft3
de Mootbenoîl , en Franehe-Comlé , demeurant à THoIel des Invalides , à Paris.
Catherine Le Grand, femme de Claude-Antoine André , âgée de 32 ans , marchande de livres de messe , née à Saverne , en Allemagne , demeurant à Paris.
Le 24 aout l*]53, les quatre individus prénommés étant au bourg- de Bercé , Esnon et André eurent une querelle et se battirent ; Esnon donna à André un coup de sabre qui le blessa , mais qui tua le nommé Leroy, peintre en toile , ami d'Esnon , qui l'étreignait par derrière pour l'empêcher de se battre.
Jean-Louis Dauvergne, âge de 43 ans, employé dans les fermes du roi, demeurant à Aumale. Le 3i décembre 1754, se rendant a cheval de Neufchâtel à Aumale , il rencontra , dans un chemin creux et serré , un jeune charretier qu'il pria de ranger un peu sa charrette , afin qu'il pût passer. Ce jeune homme lui répondit malhonnêtement ; et le nommé Balesdan , son oncle , propriétaire de la charrette , étant survenu , donna raison à son neveu , ce qui irrita Dauvergne , et alors il put injurier et menacer Balesdan. Celui-ci ramassa deux pierres et en jeta une à Dauvergne ; puis il s'avança sur lui et saisit la bride de son cheval. Dauvergne tira, pour l'effrayer, un couteau de chasse qu'apparemment Balesdan n'aperçut pas , et avec lequel il se blessa mortellement en se baissant pour saisir la jambe de Dauvergne et le renverser de son cheval. Balesdan mourut deux heures après.
Geoffroy-Joseph De Caquerey, écuyer, sieur de Frileuse , demeurant à Boshyon en Lyonsla-Forêt, âge' de 18 ans.
En septembre i754, lui ci Pierre-David De Caquerey , son
frère , sieur de Gaillonnet , chassant ensemble dans la paroisse de Montroty, à une demi -lieue de Boshyon, leur chien bassel entra dans une pièce de blé, tandis qu'eux ils marchaient dans une jachère , tenant leurs autres chiens en lesse , pour qu'ils ne pussent entrer dans les blés. Le Vert fils , cultivateur, qui travaillait dans la campagne, ayant aperçu le chien basset , lui jeta une pierre , dont cet animal fut estropié. De là une querelle entre les deux chasseurs et le fils Le Vert qui marcha vers eux en les menaçant. L'un des deux frères mit la baïonnette au bout de son fusil pour l'empêcher d'avancer. Le Vert père, qui sciait les blés , voyant cela , vint se joindre à son fils ; ce dernier , croisant les bras et baissant la tête , fonça sur les deux frères , et se blessa lui-même à la baïonnette. Le sieur De Gaillonnet lui cria que s'il avançait davantage il allait tirer. Le Vert fils avança encore , pour désarmer le sieur De Gaillonnet ; alors ce dernier lui lâcha un coup de fusil , qui le fit tomber. Le Vert père se jeta sur le sieur De Gaillonnet, qu'il prit à la gorge , et qui , se sentant suffoquer , cria à son frère : Tire , car il m étrangle. Le sieur de Frileuse tira un coup qui ne fit que noircir les vëtemens de Le Vert père , mais qui dut achever Le Vert fils qui respirait encore.
1757. André Barabbe fils, âge de â1 ans, chaufournier,
demeurant à Croisy-sur-Andelle.
Jean- Jacques Savalle, âge de â5 ans, pêcheur
à Croisy-sur-Andelle.
Le i5 août 1^55, jour de l'assemblée de Croisy, comme ils étaient à boire dans un cabaret avec plusieurs parens et amis , survinrent des jeunes gens d'Elbeuf-sur-Andelle , qui insultèrent Barabbé père. Puis ils chantèrent des chansons piquantes et outrageantes contre Savalle et sa compagnie. A deux heures après minuit , lorsque ces jeunes gens d'Elbeuf se retirèrent, Savalle et Barabbé, qui avaient la tête échauffée par le vin, les suivirent. Savalle arracha un pieu de saule
dans One haie ; Déforme , l'un des jeunes gens d'Elbeuf le voyant le suivre de près, lui dit, en lui montrant son bâton: Avance si tu l'oses. Savalle s'avança , et lui asséna sur la tête un coup île pieu dont il mourut douze jours après.
1°. Adrien Badou, âgé de §3 ans , amidonnier ,
né à Grainville-la-Teinturière.
9 Nicolas Bertin , âgé de §3 ans, amidonnier,
né à Sainte-Beuve-aux-Champs , diocèse de
Rouen, demeurant rue des Chartreux, paroisse
de Saint- Vivien de Rouen.
Un dimanche qu'ils avaient bu à l'excès , au Mont-Renard , en rentrant le soir a Rouen , parla porte Cauchoise , ils eurent dispute avec plusieurs ouvriers ; Badou , furieux et passe de boisson , tua , d'un coup de couteau , dans la rue des Bons- Enfans, le nommé Bédeleau, l'un d'eux.
François Dampierre , âgé de 3â ans , laboureur au hameau de Baudouville, paroisse de Limésy.
Il avait tué Madeleine Cavelier, sa femme, et tout portait à croire qu'il l'avait tuée avec préméditation.
Il fut déclaré indigne par le parlement. Le chapitre ne voulut point en élire d'autre.
Jacques Romeuf , âgé de 3â ans , demeurant à
Saint-Flour , en Auvergne , premier huissier-
audiencier au bailliage royal de Saint-Flour.
Le 6 décembre 1758, accompagné de deux témoins, il
exécutait une saisie dans le village de Seriers , et faisait
emmener les bestiaux du sieur Roussel-Bourdon , qu'il avait eu
ordre de saisir, lorsqu'il fut assailli, lui et ses deux témoins,
par plusieurs femmes qui leur jetèrent des pierres. Les femmes
usaient ainsi à l'instigation des filles de Roussel-Bourdon ;
les hommes les animaient en leur disant : Tuez -le s , nous sommes là pour vous soutenir. Romeuf fut obligé de céder à la force , et laissa enlever les bestiaux qu'il avait saisis. Il chercha à s'enfuir , mais il était cerné de toutes parts ; les pierres continuaient de tomber avec violence sur lui et sur ses témoins ; l'un de ces derniers fut atteint à la tète et terrassé ; Romeuf, lui-même , fut blessé , et , voyant sa vie en danger , montra un pistolet d'arçon ; mais ce geste ne fit que porter à son comble la fureur de cette multitude qui le poursuivit avec acharnement , lui donnant , ainsi qu'à ses témoins , des coups de hoyau et de bâton , et leur jetant des pierres. Romeuf voulut tirer un coup de pistolet vers terre pour tâcher de les écarter , mais le pistolet fit long feu , et , partant au moment où Romeuf le relevait, alla tuer une femme qui se trouvait parmi cette multitude, et qui s'appelait Marie Chastan.
1761. René Rousée, âgé de l& ans, journalier, demeu-
rant à Chrétienville, près le Neufbourg, hameau du Bocage.
Françoise Olivier, sa femme , âgée de 46 ans.
Un nommé Jean Buhot venait d'accabler de coups la femme Rousée, et allait la frapper encore. Rousée, averti par des voisins , survint , ayant à sa main une houe , dont il blessa mortellement Buhot, qui mourut sur la place.
1762. Pierre Nicolas , âgé de 48 ans, jaugeur, de la
paroisse duMesnil-Germain, diocèse deLisieux.
Le 27 mars 1759, il exerçait ses fonctions de jaugeur, à Livarot, dans un cabaret à l'enseigne du Soleil, lorsqu'un individu , qu'il ne connaissait pas , vint l'insulter , le maltraiter et le provoquer à se battre. Nicolas refusa, mais une heure après , comme il conduisait son cheval à la forge, il fut attaqué plus violemment encore par cet individu, qui voulait le
frapper de son bâton. Nicolas lui tira un coup de pistolet , dont il mourut trois jouis après.
André Gaumont , né à la Neuf-Grange , pris
Lyons-la-Forèt, garçon meunier, Age' de 47 ans.
Un nommé Naudin > huissier, avec qui il avait eu une querelle, était parvenu à obtenir un décret de prise de corps contre lui. Le dernier dimanche de septembre 1762, étant au moulin d'Hennecy ou des Verdiers , il vit l'huissier Naudin qui , accompagné de records et d'archers , venait pour l'arrêter. N'imaginant aucun moyen de se sauver, il prit la pince du moulin , voulant en donner un coup à Naudin sur l'épaule ; mais le coup porta sur la tête de ce malheureux et le tua.
Claude-Louis DEspinay , ëcuyer , sieur de la Noë, âge' de 54 ans, de la paroisse de Couvains, diocèse d'Evreux.
I 0 dimanche d'avril 1762, le sieur D'Espinay se rendait, en chassant , de Couvains à Glos. Voyant quatre ou cinq individus qui marchaient dans une de ses pièces de terre , il leur dit qu'il n'entendait pas que l'on passât dans son champ. L'un d'eux lui ayant répondu malhonnêtement , il lui donna un coup de bourrade et continua son chemin . Préamont , maître de l'homme qu'il venait de frapper, courut après lui, l'accablant d'injures et le menaçant de son bâton. D'Espinay, irrité, lui porta un coup de bourrade ; mais Préamont s'élança sur lui pour le désarmer, et, étant plus fort que lui , allait y réussir, lorsque le sieur D'Espinay, voyant qu'il y allait de sa vie, lâcha son coup de fusil sur Préamont et le tua.
Le sieur D'Espinay était recommandé par le maréchal de Broglie .
Louis Lemoine, maréchal, âge' de 24 ans, demeurant à Omonville-en-Caux.
Le jour de la Pentecôte 1 760 , il était allé à Pierrevillc avec
quelques amis, et ils avaient joué à la boule; ensuite ils entrèrent dans un cabaret où ils burent avec excès. Dans cet état voisin de l'ivresse , ils eurent une dispute avec un nommé Clément , marchand de porcs ; il fallut se battre . Lemoine sortit dans la cour et se colleta avec Clément, qui le terrassa. En se relevant , Lemoine ayant trouvé dans l'herbe une hache qu'il prit pour un bâton, en asséna un coup à Clément, qui mourut une heure après .
1/66. Jean- Hervé Simon , sieur du Buisson , âgé de 30
ans, écuyer , lieutenant dans les gardes -côtes ,
capitainerie de La Hougue , demeurant à Tur-
queville.
Louis-Pierre Bonhomme, sieur des Marets, âgé
de 27 ans , capitaine garde-côtes , capitainerie
de La Hougue, beau-frère du précédent.
Le 17 octobre 1763, revenant ensemble, échauffés de boisson , de la foire de Saint-Gabriel à Cliton ( ou Clitourp ) , ils rencontrèrent , sur les confins de la paroisse de Brelleries , deux hommes qu'ils ne connaissaient point. Des Marets les attaqua en leur disant : « F g , pourquoi ne me saluezvous pas ? » De là une querelle , puis une batterie dans laquelle on ne se servit d'abord que du bâton ; enfin, le sieur Du Buisson, qui était accouru au secours de son beau-frère, tira son épée et perça le nommé Le Pont, maçon, l'un de ces deux malheureux.
1767. Jean Bellencontre , âgé de 57 ans , tailleur
d'habits à Heudreville, près Louviers.
Il était batteur en grange chez le sieur Lecesne , à Saint- Ouen-de— Lalonde. Le dimanche 9 mars 1766, il eut une querelle avec le fds Lecesne ; et , la dispute s'échauffant, Bellencontre dit à Lecesne , qui le menaçait de son bâton , que s'il avançait il allait lui tirer un coup de fusil. Il sauta en
effet sur un fusil accroché à la cheminée , et , voyant le fils Lecesne avancer vers lui, il tira et l'atteignit à la poitrine. Le coup était mortel, et Lecesne expira peu de tems après. Bellencontre l'ut arrêté, conduit aux prisons de Lalondc, puis à celles d'Orival, où il fut condamné à mort.
6s. Jean-François Moissant, âgé de â6 ans , ne à Elbeuf-sur-Seine, sergent dans le régiment du du Roi , infanterie.
En novembre 1766, étant occupé à faire des recrues a Elbeuf , il fut, plusieurs jours de suite , troublé dans ses fonctions par un nommé Pierre Fête , ancien soldat retiré à Elbeuf, où il « étoit connu pour tapageur furieux. » Non content d'insulter Moissant , Fête lui donna , dans la rue , des coups de sabre , et voulut le forcer à se battre. Moissant s'étant écrié : k Que n'ai-je mes pistolets » ? un enfant alla répéter ce mot a la sœur de Moissant, qui lui apporta ses pistolets. Insulté de nouveau et provoqué par Fête , Moissant tira sur lui , et le tua.
6<). Nicolas Le Duc, âgé de 38 ans, laboureur, de la paroisse des Glandes, près Saint-Lô, diocèse de Coutances.
Louis Le Duc , âgé de 4â ans , laboureur , de la paroisse des Glandes , frère du précédent.
Le 26 mai 1760, Nicolas Le Duc, revenant chez lui avec son fusil, trouva Louis Le Duc disputant avec Mathieu Le Duc , son voisin , qui avait voulu l'empêcher de passer dans sa masure pour reconduire quelqu'un. Nicolas Le Duc prit le parti de son frère , et voyant Mathieu Le Duc le menacer d'un coup d'éblacteur, il lui donna un coup de crosse de fusil, dont cet homme mourut onze jours après.