‹ Histoire du Protectorat de Richard Cromwell et du rétablissement des StuartChapitre 10 sur 131 · LIVRE I.— CONSEILS DE MONK · texte numérisé non relu

LIVRE I.— CONSEILS DE MONK

Housc, chez Fleetwood, que sa qualité de lieutenant général de Farinée en rendait le centre naturel, et que sa faiblesse vaniteuse, sa duperie pieuse et les passions de sa femme livraient aux factions militaires ou populaires. Les plus ardents entre les mécontents avaient de petites conférences secrètes chez Desborough, soldat rude, orgueilleux et obstiné, qui se vantait d'avoir empêché Cromwell de se faire roi, et supportait avec déplaisir le protectorat de Richard, bien qu'il l'eût hautement accepté et fait accepter. Toutes les questions du jour étaient débattues, tous les mécontentements exhalés, tous les desseins insinués dans ces réunions; et l'esprit de sédition se répandait de là dans le gros de Tannée, où les anabaptistes, les quakers, les millénaires, tous les enthousiastes subalternes que Cromwell lui-même n'avait pu dompter, reprenaient en même temps leurs turbulentes prédications1.

Seul entre les généraux importants, Monk, mettant son éloignement à profit, se tenait et tenait son armée en dehors de ces menées : il avait pour agent à Londres son beau-frère, le docteur Thomas Clargis, intrigant actif et adroit, qui savait servir son patron sans le compromettre. Aussitôt après son avènement, Richard Cromwell envoya Clargis en Écosse pour s'assurer l'adhésion du général. Monk, bien informé par ce messager de l'état réel des esprits dans le Conseil et dans l'armée

i Tkurloe, State-Papers, t. VII, p. 385, 386, 406, 413, 450, 511 ; — Baker, Chronicle, p. 693, 695;— Oldmixoii, Hist. of theStuarttt p. 428.

A RICHARD CROMW\ELL. 15

d' Angleterre, lui laissa entrevoir son peu de goût pour ces brouillons et pour un régime si incertain, et le renvoya sur-le-champ à Londres, porteur d'un écrit où, d'un ton respectueux mais plein d'autorité froide et comme indifférente, il donnait à Richard, sur son gouvernement et ses rapports avec l'armée, les plus judicieux conseils, l'engageant surtout à écarter du commandement, par une nouvelle organisation des régiments, les esprits insolents et inquiets : « Son Altesse, » disait-il1, « trouvera peut-être cet avis téméraire et peu sûr à exé- « cuter ; mais vous pouvez lui affirmer qu'il n'y a pas, « dans l'armée, un officier qui, s'il est mis hors d'emploi, « entraîne avec lui deux hommes. » On peut douter que Monk crût Richard capable d'agir comme il le lui conseillait ; mais il était, à coup sûr, moins préoccupé de l'efficacité de ses conseils que du soin de prendre luimême une position isolée et presque indépendante envers un pouvoir auquel il ne voulait ni s'opposer, ni s'associer*.

Aucune opposition n'avait encore éclaté; les démonstrations autour du Protecteur étaient toujours empressées et dévouées;, les adresses arrivaient encore des comtés un peu éloignés; mais déjà naissaient et circulaient ces bruits qui révèlent la disposition peu bienveillante et peu confiante du public envers le pouvoir. On disait partout que le Protecteur était dangereusement

* Le 15 septembre 1658.

* Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 386, 387, 388;— Baker, Chrunicle, p. 693*

Page 1