DE LA RÉPUBLIQUE
et tapisseries de la couronne qui ornaient encore Whitehall, et Bordeaux reçut de nouveau, de Mazarin, l'ordre de faire, pour lui, quelques achats dans ces débris des palais des rois. Le Parlement décréta la mise en vente des palais même, de Hamptoncourt, de Somerset-House, de Whiteliall. Mais parmi les républicains eux-mêmes, cette mesure choquait des traditions de respect ou des
intérêts de dignité; directes ou détournées, des objections s'élevèrent : Henri Martyn fit excepter, de la vente de Somerset- House, la chapelle où les réfugiés français célébraient leur culte ; Ludlow demanda que la vente de Hamptoncourt fût suspendue : « Je trouvais, » dit-il, ce « lieu très-convenable pour la retraite des hommes em- « ployés dans les affaires politiques et qui venaient à être « malades dans la saison d'été. Mon bon ami, sir Henri o Vane, me blâma beaucoup de ceci, comme d'une chose « contraire aux intérêts d'une République; « de telles « résidences, » me dit-il, « sont au nombre des tenta- « tions qui séduisent les ambitieux et excitent le plus « vivement leur appétit du trône. » Pour moi, non-seule- « ment je n'avais, dans cette affaire, aucun mauvais « dessein, mais je pensais que la tentation du pouvoir « souverain serait bien plus forte pour porter les ambi- « tieux à conquérir le sceptre par Tépée, et que, le « sceptre une fois conquis, ils sauraient bien s'en servir « pour obliger le peuple à combler le vide des palais. » La fantaisie conservatrice de Ludlow l'emporta sur les subtiles alarmes de Vane; ni Hamptoncourt, ni Whitehall ne furent vendus ; et le Parlement chercha ailleurs,
sans plus de succès, des moyens de combler le déficit et de dégoûter les ambitieux1.
Dans d'autres questions moins insolubles , son activité fut plus efficace. Passionnément préoccupé des intérêts et des périls de la République, il employa toute sa vigilance à mettre partout le pouvoir aux mains de ses amis. Loin de s'appliquer, comme Cromwell, à rallier et à prendre à son service les hommes importants des partis divers, la Chambre fut rigide et exclusive. Le surlendemain même de la rentrée du Parlement1, on déclara en principe que tout dépositaire de l'autorité, tout serviteur de l'État devait avoir donné, à la cause de la République , des preuves de fidélité et de dévouement. Les membres du comité de sûreté et du Conseil d'État chargés de faire à la Chambre des propositions pour les emplois eurent ordre de se concerter avec les représentants de chaque comté, de chaque ville, afin de s'assurer que les shérifis, les juges de paix, tous les magistrats et employés locaux seraient bien réellement animés des sentiments qu'on leur voulait. Et pour se mettre en garde contre le mensonge ou la légèreté des recommandations, on décréta que nul ne serait nommé à un emploi le jour même où il avait été proposé , et que les patrons de tout candidat seraient tenus de remettre au clerc de la Chambre la
1 Journal* of the h. of C> t. VII, p. 647, 648, 655-656, 660, 663, 666, 669, 671, 675, 684, 689, 691, 692, 697, 702, 705, 708, 737-738, 762, 771, 777, 782, 783, 788;— Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 483-484, — Bordeaux à Mazarin, 17 juillet et 18 août 1659 {Documents historiques, n° XXXII).
* Le 9 mai 1659.
présentation signée de leur main, en déclarant qu'ils lui croyaient toutes les qualités exigées parle Parlement. Les commissaires du grand sceau, les juges, tous les officiers jiftticiaires eurent un nouveau serment à prêter et de nouvelles lettres patentes à recevoir. Certaines corporations municipales, qui laissèrent paraître des sentiments antirépublicains , furent dissoutes et perdirent leurs chartes. La Chambre tenta même, en ce genre, un acte de pouvoir arbitraire insolite et choquant : le lord maire de la cité de Londres, John Ireton, ferme républicain, touchait au terme de ses fonctions ; la Chambre vota qu'il les continuerait ; et les vives pétitions du Conseil commun , représenté par ses shériffs et ses aldermen , ne parvinrent qu'avec peine à faire révoquer cet ordre et rendre à la Cité son droit d'élection. Les commissaires chargés de l'administration de la marine, et que Vane présidait, se méfiaient de l'amiral Montague, mais n'osaient le rappeler ; ils ordonnèrent 1 la formation d'une flotte supplémentaire de six frégates, et en donnèrent le commandement à Lawson, le plus républicain des marins. Dans l'état des affaires au dehors, rien n'indiquait que. cette charge nouvelle fût nécessaire; les commissaires ne pouvaient être taxés de mauvaises pratiques, ni de prodigalité; en entrant en fonctions, ils avaient fait voter par la Chambre qu'ils ne recevraient point de traitement ; mais devant le besoin de sûreté de la République et du Parlement lui-même, toute autre
1 Ke 26 mai 1659.
considération disparaissait. On organisa, pour la Chambre une garde spéciale, dont le commandement fut donné au colonel Alured, républicain ardent, disgracié sous Cromwell ; Haslerig proposait de fixer cette troupe à cent vingt hommes, mais la Chambre la maintint à cent soixante, comme avait été la garde d'élite de Cromwell ; et huit jours après sa formation, la solde de ce corps , qui était de trois schellings par jour et par homme, fut augmentée d'un demi-schelling. Dans toutes les résolutions, dans tous les actes du Parlement, perçait le même caractère ; on sentait partout un triste mélange de confiance dans sa cause et d'inquiétude sur sa destinée, de courage dévoué et de secrète peur2.
Il avait, envers les auteurs de son rétablissement, de pesantes dettes à acquitter. Il leur avait promis un acte d'amnistie pour tout ce qui s'était fait sous la tyrannie, et comme disaient les républicains aussi bien que les royalistes, pendant l'usurpation de Cromwell. Il devait aussi constituer définitivement le gouvernement républicain, organiser le système électoral, réformer les lois civiles et criminelles, assurer en même temps la liberté des consciences et la prédication régulière de la foi chrétienne, accomplir l'union ébauchée de l'Écosse avec l'Angleterre, régler enfin l'époque à laquelle il déposerait lui-même son pouvoir et céderait la place à ses successeurs.
* Le 9 juillet 1659.
* Journal* ofthe hovse ofC, t. VII, p. 616, 648, 687, 693, 773, 787, 794, 666, 666, 716 ; — Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 474.
DU PARLEMENT RÉPUBLICAIN. lei
De ces promesses, une seule reçut sans délai son accomplissement : le Parlement vota, le 6 juin 1659, que sa durée ne se prolongerait pas au delà du 7 mai i660. Au milieu de catastrophes si brusques et si fréquentes, c'était presque un acte d'orgueil et de force que de s'arroger ainsi un an de vie pour réformer l'État
Sur toutes les autres questions qu'il s'était engagé à résoudre, sur l'amnistie, sur la constitution future de la République , sur l'union de l'Angleterre et de l'Écosse, sur la réforme des lois, le Parlement délibérait incessamment sans jamais aboutir. Tantôt il rencontrait dans les rivalités nationales , dans les intérêts des jurisconsultes, dans les passions des sectes , des obstacles qu'il était trop faible pour surmonter , ou qu'il acceptait volontiers pour s'épargner les embarras de la décision ; tantôt c'était lui-même qui traînait en longueur , trouvant plus d'avantage à laisser les questions indécises, ou espérant que le temps lui apporterait des facilités pour les décider à son gré. Quand on traitait de l'organisation du gouvernement républicain, la diversité des avis et la multiplicité des propositions rendaient l'ajournement aisé et naturel : hors du Parlement encore plus que dans son sein, surtout dans le club de la Rota et à l'exemple de Harrington, son fondateur, des esprits curieux et ingénieux se livraient au plaisir des inventions politiques; et quand ils les avaient débattues entre eux, Henri Nevil se chargeait de les proposer au Parlement
1 Journal* ofthe home ofCommon*, t. VII, p. 673.
comme le sûr moyen de fonder la République. Une assemblée unique et souveraine , avec toutes sortes de ressorts collatéraux pour lui servir d'instruments ou de contre-poids , deux assemblées chargées, Tune de proposer et de discuter sans voter, l'autre de voter sans discuter, les Ëphores de Lacédémone, les Parlements annuels ou triennaux, les élections partielles ou intégrales, le scrutin secret, toutes ces combinaisons, depuis lors si souvent inventées de nouveau, et bien d'autres absolument oubliées, apparurent en 1659 dans le Parlement républicain d'Angleterre , mais sans y amener aucun résultat, ni même aucun débat sérieux. Les révolutions les plus hardies à innover décrient bientôt les nouveautés, et les patrons de la République chancelante avaient autre chose à faire que de débattre ou d'essayer des systèmes.
La discussion était plus grave quand il s'agissait de l'amnistie : il y avait là des intérêts puissants qui insistaient pour qu'elle fût donnée pleinement et sans retard, et des passions honnêtes qui répugnaient à la donner brusquement et sans distinction. Le Parlement, qui l'avait promise, trouvait bon de laisser inquiets ceux qui en avaient besoin ; on inséra, dans le bill d'abord proposé1, quelques réserves menaçantes; on exceptait de l'amnistie ceux qiû, sous l'usurpation de Cromwell, avaient reçu un salaire exorbitant, ou un double salaire, ou acquis de grands biens par de mauvais moyens. Des
* Le 23 mai 1659.
hommes considérables, Saint-John, Thurloe, Lambert, craignirent qu'à tort ou à raison, on ne se servît contre eux de ces paroles; ils agirent vivement et avec succès pour les faire supprimer. Mais la discussion restait toujours amère, et le bill se faisait attendre. Il passa enfin mais avec des termes encore ambigus et qui excitèrent, parmi les intéressés, une vive humeur. Lambert manifesta hautement la sienne : « Le Parlement , dit-il à Ludlow, « ne nous donne aucune garantie pour ce que « nous avons fait et nous rend responsables de ce que u nous avons reçu. » Ludlow expliquait et défendait le bill; Haslerig survint et soutint quel amnistie était aussi complète, aussi efficace qu'on le pouvait souhaiter : a Elle « ne signifie rien,» dit Lambert, « et nous laisse à la « merci de tout. » — « Vous n'êtes,» dit Haslerig, «qu'à « la merci du Parlement, qui est de vos bons amis. » — « Je ne vois pas , » répliqua Lambert , « pourquoi le « Parlement ne serait pas à notre merci, aussi bien que « nous à la sienne*. »
C'était là vraiment la question, et devant celle-là toutes les autres étaient oiseuses ou mensongères. L'armée qui, par bon sens et respect extérieur du droit, n'osait prétendre à régner en son propre nom, n'en voulait pas moins dominer au nom de ses victoires, et pour la sûreté,
» Le 12 juillet 1659.
* Journals ofthe h. ofC, t. VII, p. 662, 663, 669, 671, 688, 692, 694, 695, 697, 699, 705, 707, 712, 714, 715 Clarendon, State-Papers, t. III, p. 452;— Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 480 ; — Bordeaux à Mazarin , 10 juillet 1659 {Documents historiques, no XXXIII).
soit de ses intérêts propres, soit de la cause qu'elle avait fait triompher. Le Long Parlement voulait la réalité, non l'apparence du pouvoir, sur l'armée comme sur le peuple, au nom de la souveraineté et des libertés de ce peuple dont il se proclamait le seul représentant. Dans ce conflit, les chefs du Parlement se conduisirent, dès leurs premiers pas, avec une fermeté franche et conséquente; à peine rétablis, le 13 mai, quelques moments avant que Lambert ne vînt présenter la pétition où les officiers, de leur seule autorité, reconnaissaient Fleetwood comme général en chef de toutes les forces de terre de la République , la Chambre décréta que sept commissaires , désignés par elle pour un an , dirigeraient les affaires de l'armée , nommeraient tous les officiers et soumettraient leurs choix à son approbation ; que son orateur signerait les commissions de ces officiers qui viendraient les recevoir de sa main, et que Fleetwood , qu'elle nomma général en chef , tiendrait aussi sa commission du Parlement, pour la présente session seulement et révocable à volonté. Quelques-uns des républicains les plus sincères, Vane et Ludlow entre autres , trouvaient ces mesures un peu hautaines ; ils auraient souhaité , dans les formes du moins, plus d'égards pour rarmée, et qu'on passât sous silence, sans les réprouver expressément comme sans les approuver, quelques-unes de ses prétentions. Mais Haslerig, Nevil et Sidney firent prévaloir la politique hardie ; et quand elle fut mise en pratique, le succès parut leur donner raison. Les officiers généraux se montrèrent d'abord
très-mécontents ; dans un petit conseil tenu chez Desborough, Lambert et lui s'en expliquèrent avec amertume : « Il paraît qu'on se méfie de nous, » dit Lambert, « et que le Parlement se dispose à nous retirer nos « emplois; ce n'est pas là ce qu'il nous promettait la « veille de son rétablissement. » — «Je tiens la commis- « sioh que j'ai déjà pour aussi bonne que celle que je « pourrais recevoir du Parlement,» dit Desborougu; « je n'en veux point d'autre. » Mais le Parlement maintint ses votes; ceux de ses membres qui n'en avaient pas été d'avis en appuyèrent loyalement l'exécution; les sept commissaires désignés firent leurs choix d'officiers pour chaque régiment; le colonel Hacker et les siens vinrent les premiers1, en séance de la Chambre, recevoir leurs commissions de la main de l'orateur. Ludlow en fit autant le lendemain. Fleetwood lui-même se présenta de bonne grâce, et l'orateur lui remit, avec des expressions de pleine confiance, son brevet de général en chef. Tous les titres des officiers de l'armée fureDt ainsi renouvelés. On en usa de même pour la flotte. La Chambre, satisfaite, se montra, à son tour, plus complaisante ; elle avait repoussé, comme quartier maître général de l'armée, la nomination du major général Butler, le pire de tous, disait-on, et que le dernier Parlement avait si violemment attaqué ; elle se décida à l'accueillir. Elle donna à Lambert le commandement de deux régiments, l'un d'infanterie, l'autre de cavalerie. Elle prenait en même
* Le 8 juin 1659.
temps une mesure dont elle se promettait de grands avantages : partout, à Londres d'abord, puis dans les comtés, elle rétablissait la milice1, contre-poids respectable, pensait-on, en face de Tannée , et force utile, au besoin, contre les Cavaliers. La Chambre désignait les commissaires chargés de l'organiser et en nommait ellemême les officiers. Toute la force publique était ainsi soumise et dépendante. Haslerig se tint, et le Parlement avec lui, pour décidément vainqueur*.
En même temps qu'ils déployaient, au dedans, cette fermeté persévérante, les républicains pratiquaient, au dehors, une politique prudente et modeste. Plus de prétention à l'incorporation des Provinces-Unies avec l'Angleterre; plus de flottes parcourant les mers, arrogantes et agressives ; la paix était partout leur désir et le but de leurs efforts : « Le sieur Vane, dans sa dernière visite, <r ne m'en fit point mystère,» écrivait Bordeaux au comte de Brienne8; « il me confirma que ce régime ne « songeait qu'à bien vivre avec tous les États voisins et « qu'à assurer le dedans , persuadé qu'il ne peut être « considéré au dehors tant que son autorité ne sera pas « bien affermie. » Mais pour rester fidèles à la politique pacifique, les chefs républicains avaient, dans leur situation et leurs préjugés personnels, bien des obstacles à surmonter. Ils se méfiaient grandement, non sans raison,
1 Le 23 mai 1659.
* Journal? ofthc h. of C., t. VII, p. 651, 662, 663-664, 670, 674, 675-676, 679-680, 704, 710; — Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 463-468.
3 Le 31 juillet 1659.
et de la cour de France et de l'ambassadeur d'Angleterre en France, Lockhart, qu'ils croyaient, non sans raison aussi, dévoué aux Cromwell et trop intime avec Mazarin. Ils le mandèrent à Londres, et Lockhart se hâta d'en informer lui-même le cardinal : « Ayant reçu , » lui écrivait-il de Dunkerque1 , « l'ordre de bâiller le ser- « ment de fidélité aux magistrats de cette ville, et après « de me transporter en Angleterre pour rendre compte, « à messieurs du Conseil d'État, de la condition de cette « place et des troupes sous ma charge , j'ai fait l'un et « suis près de m'embarquer pour rendre compte de « l'autre. Il y en a qui m'ont dissuadé le voyage ; mais « je crois que j'entends assez mes mesures en cette « affaire : je me trouve obligé d'éprouver le médiocre « ou le pire qui me peut arriver. Dieu en donnera tel « succès qu'il jugera à propos , et je suis résolu de ne « montrer rien de crainte , aimant mieux périr en « homme de quelque peu de cœur que de vivre en l'es- « time de lâche. Je conjure en toute sincère humilité <( Votre Éminence de croire que , soit que ma fortune « m'oblige ou me soit unfavorable , je n'oublierai « jamais les obligations que j'ai de vivre et de mourir « dans la dernière fidélité à Votre Éminence. » Arrivé à Londres, Lockhart s'expliqua sans détour avec les chefs du Parlement sur ses sentiments et sa situation. Ils le comprirent et, avec une confiance intelligente, ils le renvoyèrent à son poste * , convaincus que nul n'y servirait
« Le 5 juin 1659.
* Le 13 juin 1659.
aussi bien l'Angleterre et la paix. Envers l'ambassadeur de France , à Londres , leur conduite ne fut pas moins judicieuse; ils n'ignoraient probablement pas que Mazazin, préférant le Protectorat à la République, avait chargé Bordeaux d'offrir à Richard Cromwell l'appui de la France ; mais ils savaient aussi que Bordeaux, pour conserver son ambassade, avait à cœur le maintien des bons rapports entre les deux États. Ils le traitèrent avec égard, s'appliquant à le convaincre que, dans le même but, ils étaient disposés eux-mêmes à de grands sacrifices. « Quel- « ques ministres de cet État,» écrivit-il à Mazarin1, « ont laissé entendre que ce n'était pas leur avantage de « conserver des conquêtes au delà de la mer, que Dun- « kerque était à charge et ne servait qu'à entretenir de « la mésintelligence avec l'Espagne ; qu'ainsi, s'ils en a étaient crus, elle n'empêcherait pas la paix. » Bien instruit de la politique du cardinal, quels que pussent être les désirs de sa cour, Bordeaux résuma, pour lui, la situation en ces termes : « Il faut que la République sub- « siste ou que le Roi rentre ; » il savait bien que Mazarin se résignerait à la République plutôt que de risquer la guerre pour faire rentrer le Roi. Les chefs du Parlement et Bordeaux eurent raison : tout en ménageant Charles II, Mazarin se décida à reconnaître la République; Bordeaux reçut de nouvelles lettres de créance. Le Parlement n'en jugea pas les termes convenables pour lui et refusa l'audience; Bordeaux discuta ; Mazarin
« Le 7 août 1659.
attendit; mais aucun événement ne survint qui le dispensât de céder ; des lettres de créance, telles que le Parlement les demandait, furent enfin envoyées à Bordeaux; il eut son audience solennelle 1 ; et bien que la méfiance comme la malveillance mutuelles subsistassent toujours, la paix fut cependant assurée entre la cour de France et le Parlement républicain4.
Avec la Hollande , la situation était plus simple, car à Londres, loin de conserver, de ce côté, aucune vue ambitieuse, on voulait que les deux Républiques vécussent désormais, non-seulement en paix, mais en bonne amitié, et les Hollandais étaient dans la même disposition. Cependant les affaires de la Baltique pouvaient encore les diviser; l'Angleterre avait, jusques-là, soutenu la Suède, et la Hollande restait fidèle à la cause du Danemark. C'était encore un ministre de Cromwell, Downing, qui résidait à La Haye, et le Parlement ne s'y fiait guère. On mit son rappel en délibération; les républicains ardents voulaient envoyer là l'un d'entre eux, le colonel Rich; mais les politiques prévalurent et firent maintenir Downing à son poste. On résolut en même temps d'éteindre, à tout prix, cette question de la Baltique qui troublait la paix du Nord, le commerce anglais et l'harmonie des États protestants. Quatre plénipotentiaires, Algernon Sidney à leur tête, eurent ordre de se rendre
• Le 1er septembre 1659.
* Bordeaux à Mazarin, 12 et 28 mai, 2 et 3 juin, 7, 29 et 31 juillet, 7, 18, 28 et 31 août, 1er septembre 1659 [Documents historiques, n<> XXXIV);-- Journal* ofthehouse ofC, t. VII, p. 693, 757, 766;— Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 476.
sur la flotte de l'amiral Montague et d'accomplir, de concert aTec des plénipotentiaires hollandais , cette œuvre de pacification. Après d'assez longs pourparlers, les plénipotentiaires des deux Républiques convinrent entre eux d'un projet de traité qu'ils présentèrent aux deux rois, en qualité de médiateurs. Le roi de Suède le repoussa hautainement; il dit aux commissaires anglais : « Je « vous accepte comme médiateurs tant que vous aurez « pour moi l'attitude de bons amis , mais non comme « arbitres ; » et se tournant vers les commissaires hollandais : « Pour vous, je vous refuse comme médiateurs, « puisque vous êtes mes ennemis ; » puis, s'adressant à tous ensemble : « Messieurs, » leur dit-il, « vous faites « des traités sur vos flottes, et moi je prends mes résolu- « tions sur mon épée ; je m'étonne en vérité que deux * (( Républiques prétendent ainsi imposer des conditions « à des têtes couronnées. »— « Sire, » lui dit Sidney qui avait porté la parole au nom de tous, « l'amitié de l'An- « gleterre est à ce prix. » Rien ne fut conclu et la guerre entre les deux rois continua; mais il fut clair que l'Angleterre avait changé de politique, et que le neveu de Gustave-Adolphe ne pouvait plus compter sur elle : « Encore que le général Montague se soit bien séparé a d'avec le roi de Suède, et que tant lui que les officiers a de la flotte aient été chargés de chaînes d'or, écrivit « Bordeaux à Brienne1, le Parlement n'en paraît pas « plus enclin à embrasser les intérêts de ce prince, et
1 Le 6 octobre 1659.
« ses libéralités répareront avec peine le mauvais effet « de son emportement. Les ennemis même de ce régime « louent la fierté avec laquelle le colonel Sidney lui a « répondu ; et si ce mécontentement public ne porte pas « le Parlement à suivre les inclinations des Provincesa Unies , au moins leur sera-t-il laissé toute liberté « d'assister le Danemark, suivant la résolution qu'elles « en ont prise. » A La Haye, on espérait encore davantage : « J'entrevois d'après le langage de M. Downing, « écrivait Jean de Witt à son ambassadeur à Londres, a Nieuport1, qu'en Angleterre on est résolu à pousser « vigoureusement l'affaire contre la Suède si Sa Majesté « continue à refuser de faire la paix aux conditions pro-
« posées J'espère que Dieu donnera à tout ceci une
a bonne issue*. »
Restait la guerre avec l'Espagne que les républicains n'avaient jamais approuvée et qu'ils étaient, moins que jamais, disposés à soutenir. La France et l'Espagne ne se combattaient plus; une suspension d'armes et les préliminaires de la paix avaient été signés; le mariage de Louis XIV avec l'Infante Marie-Thérèse était convenu ; Mazarin et don Louis de Haro, réunis dans l'île des Faisans, «moins pour conférer, » disaient-ils eux-mêmes,
* Le 12 septembre 1659.
* Journals of the h. ofC, t. VII, p. 65î, 659, 663, 667, 670, 676, 688, 689, 692, 694, 695, 699, 701, 745-746, 767, 779, 785 ;— Thurloe, State-Papers. t. VII, p. 676, 724, 727, 732-733, 736, 881; - Baker, Chronicle, p. 705 ;— Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 470-471, 504; — Bordeaux à Mazarin et à Bricnne, 8 mai, 16 juin, 1", 27 et 29 septembre, 6 octobre 1659 {Documents historiques, n»XXXV).
« que pour estreindre entre les deux couronnes une « sincère et parfaite amitié, » achevaient de négocier le traité des Pyrénées. Une vive inquiétude s'empara du Parlement ; la France et l'Espagne réconciliées ne s'uniraient-elles pas pour faire la guerre à la République et rétablir Charles Stuart ? Le bruit courait que ce prince se rendait en personne aux Pyrénées pour mettre promptement à profit la paix des deux cours et solliciter leur appui. Lockhart, de retour à Paris, reçut ordre de présenter au roi ses nouvelles lettres de créance et de partir sans délai pour Saint-Jean de Luz, afin d'observer de près les négociations et de veiller aux intérêts de la République. Il avait pour instruction la paix avec l'Espagne, soit une paix séparée pour l'Angleterre, soit l'Angleterre comprise dans la paix entre l'Espagne et la France. Il partit en effet avec un nombreux équipage, des secrétaires, des pages, des laquais, des carrosses, des chevaux, en ambassadeur décidé à tenir là son rang avec éclat, et à assurer sa fortune sous la République par cette intimité avec Mazarin qu'il avait formée au service de Cromwell. Arrivé le lep août à Saint- Jean de Luz : « J'attends ma suite dans trois ou quatre jours, écri- « vait-if à Vaneî, en attendant je ne suis pas oisif; j'ai de « tous côtés mes petits émissaires, et outre les informaa tions que je reçois ainsi, je fais insinuer, aux alentours « de don Louis de Haro, par de sûrs et convenables a moyens, qu'on peut avoir la paix avec l'Angleterre à
■ Le l"août 1659.
a des termes très-raisonnables. » Le principal moyen de Lockhart était en effet convenable et sûr; c'était Mazarin lui-même qui lui servait d'intermédiaire auprès de don Louis : « L'ambassadeur Lockhart , écrivait le « cardinal à M. Le Tellier1, m'a prié de savoir de don « Louis s'il le pouvait voir en exécution des ordres qu'il « avait de ses supérieurs, pour lui dire que leur inten- « tion était de vivre en paix avec tous, et qu'il était muni « du pouvoir de la conclure avec Son Excellence, en cas « qu'Elle en eût aussi le pouvoir du Roi d'Espagne. J'ai « dit tout cela à don Louis qui m'a dit que l'ambassa- « deur pouvait aller demain à Andaye, et qu'envoyant « son maître de chambre demander audience pour le a jour suivant, il la lui donnerait à l'heure qu'il pour- « rait désirer ; et sur ce que je lui dis qu'il fallait o prendre garde qu'il n'arrivât du désordre, à cause a qu'il y avait des Écossais et des Irlandais dans Fonta- « rabie, don Louis m'a prié d'assurer l'ambassadeur « qu'il pouvait se reposer sur sa parole*. »
Ce n'était point là , comme sous Gromwell , une politique grande et forte, cherchant l'affermissement au dedans par l'autorité et l'éclat au dehors; mais c'était une conduite sensée , tenue par un gouvernement inquiet avec vigilance, qui, sentant sa condition précaire et
« Le 30 août 1659.
* JournaU ofthe houseofC, t. VII, p. 705;— Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 476;— Clarendon, State-Papers, t. III, p. 528, 533, 541; — Lettres du cardinal Mazarin sur les Négociations du Traité des Pyrénées (Amsterdam, 1694), 1. 1, p. 152) ; — Bordeaux a Brienne, 17 juillet 1659 (Documents historiques, n* XXXVI)
préoccupé surtout de sa sûreté, s'appliquait à supprimer toutes les affaires, toutes les questions qu'il n'était pas absolument obligé d'affronter, et ne demandait qu'à vivre en paix avec ses voisins, pour vivre et durer chez lui, malgré ses ennemis.
Cette fermeté au dedans, cette prudence intelligente au dehors, ne demeurèrent point sans effet, et le Parlement vit disparaître quelques-uns des embarras et des périls qui l'avaient assailli à son retour.
Les deux fils de Cromwell se soumirent pleinement. Les procédés furent durs envers Richard qui mettait, il est vrai, à rester à Whitehall, une obstination nécessaire peut-être à sa sûreté, mais peu digne pour lui-même et déplaisante pour ses vainqueurs. La Chambre lui fit reporter, par Saint-John et Pickering, l'ordre d'en sortir. Ils lui demandèrent en même temps un état de ses dettes et la signature d'un acte de soumission. Richard leur remit un état des dettes qu'il avait trouvées à la mort de son père, et qui s'élevaient à 29,640 livres sterl.; il y joignit l'état de sa fortune, qui ne lui laissait, toutes charges payées, qu'un revenu annuel de 4,299 livres sterl., sur lequel il avait encore à payer, pour ses dettes propres, un capital de 3,000 livres sterl. « Vos commissaires,» écrivit-il au Parlement, « ont été chargés de me deman- « der jusqu'à quel point je donne mon adhésion au « gouvernement actuel de cette République : ma cona duite passée a manifesté, je pense, ma soumission à la « volonté de Dieu, et aussi combien j'estime la paix de « mon pays au-dessus de mes propres intérêts.... Comp-
« tant, comme tout autre homme, sur la protection du « gouvernement actuel, je me tiens pour obligé de vivre a tranquille sous ses lois, et de faire tout ce qui dépendra « de moi pour que les personnes sur qui je puis avoir « quelque influence en fassent autant. » La Chambre se déclara satisfaite renvoya l'état des dettes à l'examen de son comité des finances, chargea un comité spécial de lui proposer, « pour Richard Cromwell, fils aîné de « feu le lord général Cromwell, » un établissement convenable, et lui alloua en attendant une somme de 2,000 livres sterl. , en l'invitant de nouveau à quitter Whitehall. Richard y restait toujours, soit faiblesse d'âme à se séparer des derniers restes de sa grandeur, ou n'ayant que son ancien palais pour asile contre les créanciers qui venaient incessamment réclamer de lui, non-seulement le payement de ses dettes, mais aussi ce qui restait encore dû sur les frais des obsèques de son père. Au bout de six semaines*, sur le rapport de Haslerig, la Chambre reprit la question, renvoya à un comité spécial l'examen de ce qu'il y avait encore à payer pour les obsèques de Cromwell, en le mettant à la charge de la République, affranchit Richard, pendant six mois, de toute arrestation pour dettes, et lui enjoignit, sous cette garantie , de quitter Whitehall dans six jours. Richard en sortit cette fois. Comme on emportait ses meubles personnels, il recommanda spécialement à ses gens deux vieilles malles placées dans sa chambre ; un de ses
« Le 25 mai 1659.
* I.e 4 juillet 1659.
amis lui demanda ce qu'elles contenaient pour qu'il en prît tant de soin : « Rien de moins , » dit Richard, « que « les vies et les fortunes de tout le bon peuple d'Angle- « terre. » Les deux caisses étaient pleines des adresses qui, à son avènement, lui étaient venues de toutes parts, mettant à sa disposition les fortunes et les vies de toute la nation, dont son gouvernement faisait, disaient-elles, le salut. Par le conseil de Fleetwood, Richard, en quittant Whitehall, se retira à Hamptoncourt, pour attendre là que le Parlement eût définitivement réglé son sort. Peu de jours après, le 16 juillet, la Chambre décréta que la République se chargeait des dettes de la succession du lord général Cromwell, et que son fils aîné, Richard, était libéré et affranchi de toute poursuite à cet égard. Elle lui alloua de plus, y compris la valeur de sa fortune personnelle, un revenu annuel de 40,000 livres sterl., dont 5,000 en terres et transmissibles à ses héritiers; et sur la foi de ces votes , Richard dut quitter Hamptoncourt, aussi bien que Whitehall1.
La retraite de Henri Cromwell fut moins disputée, sinon moins amère, et il y garda plus de dignité. Rappelé en Angleterre, le 7 juin, par le Parlement qui avait décidé que l'Irlande serait gouvernée par cinq commissaires, il renonça aussitôt, soit impuissance, soit de son plein gré, à toute machination royaliste , ne fit aucune
« Joumals of the h. ofC, t. VII, p. 655, 664, 704, 7J5, 720:— Pari, hist., t. XXI, p. 418, 430; — Ludlow, Mémoires, dans ma Collection, t. II, p. 468; —Noble, Memoirs of the Protectoral house, t. I, p. 165-168, 179, 325-337; — Bordeaux à Mazarin, 2 juin, 7 juillet 1659 (Documents historiques, n« XXXVII).
résistance à sir Bardress Waller qui vint prendre possession du château de Dublin, et envoya, le 45 juin, au Parlement, son acte de soumission : « J'adhère » , écrivit-il l, « au gouvernement actuel, quoique je ne puisse « lui promettre la dévouement que d'autres peuvent « honnêtement lui porter, Je crois que, dans votre ad* « minoration passée, Pieu a été souvent et qu'il pourra f être encore avec vous. J'espère que les hommes honor « râbles qui viennent de reconnaître qu'ils avaient eu « tort, en 1653, d'interrompre vos séants, auront, de a leur faute, un sentiment assejs vif pour ne la plus com- « mettre».,.. Pour mon compte, j'avais bonne opinion, a avant qu'il fût renversé, du système de gouvernement « auquel vous retournez maintenant, Cependant je « ne nuis nier oue la libre adhésion donnée par tant a d'hommes dignes, sages et conscieneieu*, au dernier « gouvernement qui plaçait le pouvoir aux mains d'un * seul homme, ne m'ait fait approuver aussi cette forme « d'administration publique, Mon père, en qui vous n'a- « vez pas cessé, j'espère, de voir un puissant instrument « de la liberté comme de la grandeur de ces nations, et i après lui, mon frère, ont été établis chefs de ce gouvert peinent; et le monde a vu, dans le retour à une autre i forme , un affront à mes parents les plus proches, c Aussi, je reconnais ma faiblesse, je ne puis digérer i soudainement de teUes choses , et je ne suis point i propre à vous servir dans la construction de l'édifice
t Le 15 juin 1659.
« que vous voulez élever sur une base nouvelle. Mais de « même que je ne puis me prêter à rien qui retranche « quelque chose au mérite et à la gloire de mon père , « de même je rends grâce au Seigneur qui m'a préservé « de succomber à une tentation dont j'ai été souvent a assailli, à la tentation de déserter la cause pour laquelle « mon père a vécu et est mort. » Moins de trois semaines après cet acte de soumission honnête et flère , Henri Cromwell revint à Londres, et Fleetwood, en annonçant son arrivée !, dit qu'il était prêt à rendre compte à la Chambre de son administration en Irlande. La Chambre, pour toute réponse, vota « que le Conseil d'État était « chargé d'entendre, sur les affaires d'Irlande, le colonel « Henri Cromwell, qui serait libre ensuite de se. retirer à « la campagne , dans le lieu qui lui conviendrait , pour a vaquer à ses propres affaires*. »
Les royalistes, qui avaient placé dans Henri Cromwell l'une de leurs espérances, ne voulaient pas croire qu'il eût ainsi renoncé à tout : « Nous n'ajoutons point foi ici « à ce qu'on nous dit de la soumission de Henri Crom- « well, écrivait Hyde à Édouard Villiers8; le roi regarde « lord Broghill comme la personne qui peut le mieux le
« servir dans cette circonstance; il vous prie donc de
« passer promptement en Irlande et de lui promettre « tout ce qu'il pourra désirer s'il entreprend de per-
» Le 4 juillet 1659.
* Journals ofthe h. of C, t. VII, p. 705; — Thurloe,Sfafe-Pap<rs, t. VII, p. 683-685, 686 Bordeaux à Mazarin, 26 juin, 17 juillet 1659 {Documents historiques, n* X XXVI II).
* Le 20 juin 1659.
« suader à Henri Cromwell qu'il obtiendra du roi tout ce a qu'il croira devoir proposer. » Quand il fallut se rendre à Févidence et reconnaître que Henri Cromwell s'était soumis, les royalistes s'en vengèrent en parlant de lui et des siens avec insulte : « Richard Cromwell est o retiré dans le Hampshire, écrivait-on à Hyde1, n'ayant « dans* sa bourse point d'argent et hors de sa bourse « point d'amis; Henri est chez son beau-père, dans le « comté de Cambridge; Claypole, qui est réellement « très-pauvre, se cache à cause de ses dettes, et fait « dire qu'il est en France; la fortune de la vieille femme a est fort au-dessous de ce qu'on croyait, et Faulcon- « bridge n'est pas du tout fier de l'alliance. » Une telle chute des Cromwell et un tel mécompte des royalistes étaient une double victoire pour le Parlement *.
Il eut un autre succès plus important; Monk se prononça en sa faveur. Méprisant l'anarchie en vieux soldat, et la redoutant pour sa propre fortune comme pour son pays, Monk se ralliait toujours, sans s'y dévouer, au pouvoir qui, pour le moment, lui paraissait le plus capable de gouverner. Après l'expulsion du Long Parlement, il avait soutenu et servi Cromwell; quand Richard Cromwell fut renversé, il se décida, par les mêmes motifs et dans les mêmes limites, à soutenir le Long Parlement rappelé. Beaucoup d'officiers d'ailleurs, dans son armée, étaient républicains et en relation intime avec ceux de l'armée d'Angleterre; il n'eût pas été sûr pour lui de
< Le 16 juillet 1659. *
* Clarendon, State-Papers, t. IIT, p. SOI, 528.