LIVRE I
ATénement de Richard Cromwell au Protectorat — Attitude, enrert lui, dei puiuaDces du coatinent. — Premiers symptdmet de discorde entre l'aroiee et le Protecteur.— Réserre de Monk.— Inquiétudes des partisans de Richard.
— CoDTocatioD d'un Parlement.— Élections.— Conduite des royalistes
Ouverture du Parlement.— État des partis.— Débats sur la recotinaissaneo de Richard; — tur les deui Chambres; — sur les afTaires étrangères; — sur les finances;— sur les actes arbitraires d'Olirier Cromwell et de sesafcnis. — Le Parlement se brouille aTecTannee — Perplezite de Richard.— Le Conseil général des officiera lui impose, malgré sa reaistance, la dissolution du Parlement.
Quand les révolutions penchent vers leur déclin, c’est un triste mais grand enseignement que le spectacle des mécomptes et des angoisses de leurs chefs longtemps puissants et triomphants, mais enfin arrivés au jour où, par un juste retour de leurs fautes, leur empire s’évanouit sans que leur obstination soit éclairée ou vaincue : divisés entre eux comme des complices devenus des rivaux, détestés comme des oppresseurs, décriés comme des rêveurs, frappés à la fois d’impuissance et d’une amère surprise, s’indignant contre leur pays qu’ils accu» T. I. 1
a LIVRE I.— AVÈNEMENT
sent de lâcheté et d’ingratitude, et se débattant sous la main de Dieu sans comprendre ses coups. Tel fut, après la mort de Cromwell, le sort de tous les partis qui, depuis celle de Charles 1", se disputaient le gouvernement de l’Angleterre, telle que la révolution l’avait faite, réi)ublicains ou ]>artisans du Protecteur, parlementaires ou soldats, fanatiques ou pohliques, sincères ou corrompus.
Au premier moment, Cromwell à peine expiré, sous 1 impression de cette grande mort et des périls qu’elle leur préparait, toute dissidence fut suspendue; ils prirent une résolution prompte et unanime. Cromwell avait-il, comme l’acte constitutionnel du Protectorat lui en donnait le droit, désigné son successeur? On j)ouvait en disputer. Sa famille et ses plus intimes conseillers déclaraient que, dans la nuit qui avait précédé sa mort, en présence de quatre ou cinq d’entre eux, il avait nommé son fils aillé Richard; mais aucun acte authentique et •igné du Protecteur ne confirmait cette déclaration. C’était d’aUleurs un bruit accrédité que, plus d’un an auparavant, par un écrit resté secret, il avait fait un autre choix, son gendre Fleetwood, disait-on. Cherclié jiendant la maladie de Cromwell, et par son ordre même, ce papier n’avait pas été trouvé; mais il pouvait se rc trouver; et quel danger qu’un conflit de prétendants- Protecteurs en face du prétendant - Roi ! Deux des hommes les plus dévoués à la famille et les plus considérables dans le parti, Thurloe et Fiennes , se rendirent sur-le-champ auprès des princijiaux chefs de l’armée, entre auties de Desliorough et de Fleetwood lui-
même, et traitant sans détoiu’ avec eux de la situation, ils leur demandèrent si, môme dans le cas où l’écrit antérieur dont on parlait serait découvert, ils s’engageaient à reconnaître et à respecter la dernière volonté de Cromwell en faveur de son fils Richard. Fleetwood et Desborough prirent sans hésiter cet engagement ; le Conseil privé fut inunédiatement convoqué; admis dans son sein, trois témoins des derniers moments du Protecteur, le chapelain Goodwin et les deux majors généraux ^Yhalley et Gotfe, attestèrent sous serment qu’il avait désigné Richard pour son successeur. Desboroughse leva et adjura les assistants de déclarer, devant Dieu, s’ils avaient sur le cœur quelque doute ou quelque mécontentement. Tous donnèrent leur pleine adhésion. Le Conseil en corps porta aussitôt à Richard ses féUcitations avec ses condoléances. Strickland, Skippon et quelques autres membres se rendirent dans la Cité pour préparer, au pouvoir nouveau , un favorable accueil; un article officiel, partout répandu, annonça la mort du Protecteur en ajoutant : « Nous tenterions d’exprimer, « dans cette triste circonstance, la douleur qui remplit M le cœur de son noble fils et successeur si des paroles a [louvaient y suffire; mais tout ce que nous pourrions « dire serait trop au-dessous des mérites de ce très- « excellent prince. » Dès le lendemain, 4 septembre, devant \\liitehaU, à Westminster et sur les principales places de la Cité, en présence du Conseil privé, du lord maire, des aldermen , et d’un grand nombre d’officiers et de citoyens, le nouveau Protecteur fut solennellement