‹ Histoire du ProtectoratChapitre 81 sur 118 · ET DE TURENNE A CHARLES II. Ï · texte numérisé non relu

ET DE TURENNE A CHARLES II. Ï

dispositiou son propre régiment d’infanterie, fort de douze cents hommes, les gendannes écossais, six pièces de campagne, des armes, des munitions de guerre et des Tivres pour cinq mille hommes pendant deux mois, et des bâtiments pour les transporter sur l’autre rive de la Manche. Il était de plus, lui dit-il, prêt à engager son crédit et sa propre vaisselle pour lui procurer la somme nécessaire à cette expédition. Était-ce complètement à l’insu de Mazarin, alors éloigné, qu’au même moment où Condé, près de rentrer en France, offrait aux Stuart ses services, Turenne jetait ainsi dans leur cause son nom et sa fortune ? Malgré l’assurance formelle qu’il en donna lui-même au duc d’York, on peut en douter. Quoi qu’il en fût, les préparatifs commencèrent sur-le-champ; le gouvenieur de Boulogne eut ordre de fournir au prince les moyens de transport; les premières troupes promises arrivèrent sur la côte ; et le duc de Bouillon, neveu de Turenne, était près de s’embarquer avec le duc d’York quand on reçut la nouvelle que sir George Booth avait été battu par Lambert, que ses amis étaient dispersés ou pris, et que l’insurrection royahstc, anéantie d’un seul coup dans le seul lieu où elle eût été tentée, n’offrait plus, au roi et à ses alUés, aucun point d’appui

Seul entre les conjurés, Booth avait tenu sa parole et

• Clarendon, Hist. oflhe Reten., 1. xvi, c. 35-46; Siate-Paptr$, t. III, p. 541, 542, 543, 538, 561 ; — Mémoires de Jacques ÎJ, dani m» Colierlion, t. II, p. 5-15; — Baker , CAronicle, p. 705-709;— Carte, Ormpnd'j Letters, t. II, p. 297.

*0e LIVRE ri.— INSURRECTION

pris les armes, le 1" août, dans le comté de Cliester. O avait, peu de jours auparavant, conçu quelques doutes sur le concours des grands chefs royalistes, et un peu de trouble avait percé dans son attitude et ses discours. Mais, le jour venu, il leva sans hésiter son drapeau et entra en campagne. Malgré un violent orage et des torrents de pluie, un grand nombre de voisins et d’amis se réunirent à lui à Warrington, où le colonel Whitley^ envoyé par Mordaunt, lui remit une lettre du roi qui se montrait prêt à passer la mer et à venir prendre sa part de leurs dangers. Booth publia aussitôt une proclamation prudente, où le nom du roi n’était pas prononcé: a Nous « ne nous armons, » disait-il, « que pour nous défendre a nous-mêmes et tous ceux qui voudront, avec nous, a revendiquer la liberté du Parlement contre toute vio* a lence, ainsi que les lois, les libertés et les propriétés a des honnêtes gens de cette nation qui gémissent maina tenant sous des mesures et des taxes illégales, arbia traires, insupportables, et inconnues à nos ancêtres.» Au premier moment, le succès fut prompt et facile: des comtés voisins et des frontières du pays de Galles, les volontaires accouraient; plusieurs villes fournirent de l’argent pour acheter des munitions et des armes. Le comte de Derby, sir Thomas Middleton , le colonel Egerton prirent parti activement. Middleton, vieillard de quatrevingts ans, parut à Wrexham, un jour de marché, à la tête d’une troupe de Cavaliers, et brandissant son épée au-dessus de sa tête, il fit proclamer roi Charles Stuart. Daus Livcrpool, le colonel Ireland se prononça pour les

DE SIR OEORGE ROOTH.

insurgés. Un membre même du Parlement, M. Peter Brooke, se joignit à eux. Ils occupèrent sans combat la ville de Chester, dont le gouverneur se maintint pourtant dans la citadelle, avec 200 hommes de garnison. Ils se flattaient qu’au même moment Hassey s’emparait de Glocester. Tout délaissé qu’il était par les chefs de son parti, sir George Booth se trouva, en peu de jours, à la tète de quatre ou cinq mille hommes et maître de l’une des principales villes de l’ouest Vivement troublé, quoiqu’il tint d’avance les fils du complot et le vit avorter presque partout, le Parlement prit sur-le-champ les mesures les plus énergiques. Les arrestations se multiplièrent; le nombre en devint si grand qu’on fut obligé de louer une partie des bâtiments de l’ancien palais archiépiscopal de Lambeth , pour y enfermer les prisonniers. Hordaunt fut sommé * de comparaître devant le Parlement, sous peine d’être tenu pour coupable, de son propre aveu, et de voir ses biens confisqués s’il ne se rendait pas à cette injonction. Whitelocke, qui se trouvait en ce moment président du Conseil d’État, eut ordre de rédiger une proclamation qui déclarait traîtres sir George Booth et tous ses adhérents’, et pour compromettre encore plus le prudent jurisconsulte, sous prétexte de l’honorer, on le nomma, le len-

I Clarendon, HUI. of the Rtbell., I. xvi, c. 37-40; — JoumaU oflht koust of C., t.VlI, p. 749; — Ludlow, Mémoira, dans ma Collection, |. II, p. 486; Baker, Chronicle, p. 706 ; — Whitelocke, p. 681-688 ;

-Bordeaux à Jfoaarin, 14, 16 et SSaoOt 1659 (Doeumsntt hUtori^uee n*XLVII).

* Les 38 juillet et 8 septembre 1659.

■ La 9 août 1659.

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