‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 5)Chapitre 11 sur 28 · VI · texte numérisé non relu

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lOa RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

défense seroit donner occasion aux ennemys tf estre plus braves *. » En même temps qu'on fortifiait les villes frontières de TArtois *, du Hainaut ^ et du Luxembourg *, on avait réitéré la défense de prendre du service à fétranger ^, d'exporter des armes et des chevaux ®. Il avait été prescrit aux habitantsdu plat pays de rentrer leurs grains dans les forts et dans les villes fermées \ Les < nobles, gentilshommes, ensemble ceulx qui se réputoient telz, et aultres dispotz à la guerre, se tenoient pretz, armez et empoinctz pour servir à la deffense des pays de par deçà ®. » Des levées de piétons, de pionniers, de gendarmes avaient lieu dans la plupart des provinces ^. Toutes les issues étaient gardées avec soin, < afin que nulz

' Instructions données au seigneur de la Thieuloye. Correspondenz, II, 659.

" Ordre de fortifier Lilliers. Archives de l' Audience , liasse 4445.

^ « vj« jour de mars 4535 (V. S. ), ordonnance au receveur général de payer à monsieur le duc d'Arschot la somme de viij •» livres, pour la fortiffication du pays de Haynnaut. » Registre aux dépêches et mandements des finances (n*» 20734), aux Archives du royaume. *"

'* « Mai 4536. Au receveur d'Arlon, la somme de v »» livres, pour les fortiffîcations de Luxembourg. » Ibid

* Plac; du 4 février 4536. Inventaire d'ordonnances, I. c.

* Plac. du 4*' février 4536. Compte d'Ant. de Berghes (n« 4524Î), f*» xxvij »•. — Plac. du 29 avril 4536. Ibid. (n« 45243), f« IviJ, etc.

7 Ibid.i f°lvvo.

^ Ibid.

9 Le seigneur de Licques réunit « les compaignons de guerre du Hainaut (Comptes de la recette générale). » — « Jean de Thouars, capitaine de Grave- Unes, leva 4,200 piétons dans la Flandre (Ibid.). » — « A Thiery, bai^n de Brandebourg, bailly dudit Namur, pour avoir vacqué deux jours à faire les revues et roHes de chincq cens piétons, que messire Guillaume de Berlo, seigneur de Brust, avoit levé en la conté, comme appert par lettres d'ordonnance de la reyne, en dacte du xxix» de mars xv « xxxvj, pour ce icy, iij livres xij sols. » Compte d'A. de Berghes (n« 45243), f* iiij » j.

» Audit bailly, pour, à Tordonnance de ladite majesté, avoir passé les reveues des chevaulx limoniers avecq iiij « pionniers, soubz la charge de Pierart Conrart. *» Ibid., f» iiij »« j. — Voir aussi Archives de l'Audienct, liasse 4 145, et Dépéchfis de guerre, n» 367.

SlÉGË PË PÉRONNË. 103

laflsquenetz n'allassent du service de l'empereur \ » et l'archevêque de Trêves fut invité à interdire le passage de ses états aux gens de guerre se rendant en France ^.

Dès la un d'avril , le gouvernement eut une force respectable sous les armes '. La guerre n'était pas encore déclarée, mais déjà s'étaient produits des actes hostiles qui l'annonçaient comme étant prochaine. Depuis longtemps les armements des de la Marck avaient éveillé l'attention , et diverses tentatives de surprise justifièrent les mesures^ de précaution commandées aux officiers du Luxembourg ^. Un espion fut arrêté par le prévôt de Ghiny et pendu, après avoir avoué, dans les tortures, les projets d'invasion des « Robertins ^. » Au mois de février, les bandes du seigneur de Sedan se portèrent tout à coup sur Bouillon ; mais les milices de Bastogne et des quartiers voisins avaient eu le temps de se jeter dans la place, et « lesdits Robertins honteuzement se retirèrent. » Marie de Hongrie écrivit aussitôt (28 février 1536) à Robert de la Marck , « lui demandant s'il avoit ordonné cette entreprise et s'il la voloit advoer; » en même temps, de nombreux espions furent chargés de s'enquérir du nombre de piétons ayant concouru à cette attaque , et de la participation qu'y avait prise le roi de France. Le seigneur de Sedan n'avait pas encore reçu la lettre de la régente, que « les Robertins vinrent assiéger une deuxième fois le chasteau de Bouillon, » et la princesse, tout en demandant dere-

' Compte de A. de Berghes, précité, f® Ivj.

' Le receveur de Thion ville, Nicolas le Gouverneur, fut chargé de cette mission. Comptes de la recette générale.

^ Comptes de la recette générale.

* Compte de N. le Gouverneur, f®» xvij, xvij »".

^ « Item, pour la chaîne, eschelle et corde, là où il at esté pendu et estranglé, vj pattars. » Compte de B. de Barbanson, précité (nM3278).

chef à « messire Robert à quelle cause ses gens avoient fait ladite entreprise et si les voloit avoer, » résolut de recourir aux représailles. Antoine de Bei^hes envoya des naessagers « espier les frontières et les fortiffications que monseigneur de Roberval faisoit à ung chasteau prés de Bouillon , lequel portoit gros préjudice aux pays de Luxembourg et Namur, » et le seigneur de Brust, Guillaume.de Berlo, réunit secrètement un corps d'arquebusiers et de mineurs namurois pour attaquer ce château. Dans Tentre-temps, les Robertins, repoussés de nouveau devant Bouillon, furent rejoints, dans leur retraite, par trois enseignes de piétons allemands, dont on avait vainement tenté d'arrêter la marche; ainsi renforcés, ils « ruèrent jus » la garnison d'Yvoy accourue pour leur barrer le passage '.

Robert de la Marck laissa les lettres de Marie de Hongrie sans réponse, et ce dédain acheva de convaincre la reine de la participation de François 1" à ses actes agressifs. Le 25 mars, elle ordonna à tous les Français voyageant dans les Pays-Bas sans sauf-conduit d'en sortir sur-le-champ *. Un mouvement offensif s'opéra sur toute la ligne : les arquebusiers et les mineurs levés dans le comté de Namur, furent dirigés sur l'Artois (29 mars 1536) ^; les hommes d'armes du Haînaut, commandés par le seigneur de Licques, se portèrent à l'extrême frontière ^ Le capitaine de Gravelines, Jean de Thouars, occupa Ardres et les environs avec des milices de la Flandre et un corps de « piétons de crue » levés dans ce comté ^. On mit en léquisilion chevaux et chariots pour le

' Compte d'A. de Berghcs f«» Ixxiiij, Ixxiiij ^•, Ixxv, Ixxvj, Ixxvj >», Ixxviij. — Compte de N. le Gouverneur, f» xvij.

' Compte d'A de Berghes, f» Ivj v». — ^ /^,y/.^ f..» jxxv et Ixxviij. * Compte de la recelte générale. — * Ibid.

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service de rartillerie ^ Pour déjouer les intelligences des Français dans les villes frontières , où l'on venait encore de prendre en flagrant délit plusieurs espions et embaucheurs ^, on redoubla partout de surveillance. Ainsi, à Tournai, où ils comptaient encore des partisans , un édit du mois d'avril défendit aux habitants de loger aucune personne étrangère, sans en donner connaissance au gouverneur, sous peine de cent carolus d'amende ^. L'exportation d'armes, de chevaux, de harnais*', de l'or, de l'argent^, la faculté de prendre du service à l'étranger ®, furent itérativement interdites avec une extrême rigueut» '.

Jusqu'alors les armements s'étaient effectués sans bruit ; le 5 juin encore, une commission délivrée au capitaine espagnol don Diego de Ghevara, pour lever 500 piétons luxembourgeois, lui prescrivit d'agir le plus secrètement possible *. Mais, dès

' Compte de Ch. de Labeye, précité (n» 15078), f« iij v*.

' Au nombre de ces derniers se trouva un des serviteurs de François I"; lorsque ce prince se plaignit de cette arrestation, Charles-Quint répondit (48 juin 1536) qu'il avait appris en effet qu'un des sujets du roi était emprisonné dans les Pays-Bas, sous l'inculpation « de mener pratiques et lever gens de guerre pour les tirer hors du pays malgré les défenses, » mais que rien ne le sauverait du châtiment s'il était coupable, « attendu qu'il était fort naturel d'empêcher de lever gens dans ses pays pour servir aux emprinses et menées du roi. » Lettre du 48 juin 4536. Papiers d'état de Granvelle, II, 464 .

^ Compte de N. Deflfarvacques, précité (n« 3553). f» cxxxviij.

* Compte de J. Van den Daele, précité (n» 4 5667), f*» vij *«. — Compte d'A. de Berghes, f«lviij.

* Compte d'A. de Berghes, f" Ivij et Iviij, « Plac. du 2 juin 4536. Ibid., f» Iviij.

7 Un édit du !«' juin 4536, pris en représailles des mesures analogues arrêtées en France, commina la confiscation de corps et de biens, contre quiconque enfreindrait les placards publiés à ce sujet, et déclara nuls tous les marchés conclus antérieurement avec des étrangers, pour livraison d'armes ou de munitions, d'or ou d'argent. Plac. de Flandre, I, 744.

* Archives de l'Audience, liasse 4445. -r Dépêches de guerre, n® 367, f® v.

que Marie de Hongrie apprit la marche de Charles-Quint vers le Piémont , elle s'empressa de former l'armée « qui devoit entrer en France *. » Les troupes déjà réunies sur la frontière furent renforcées par de nouveaux corps de piétons, de chevau- légers, de gendarmes ^, avec un nombreux parc d'artillerie ^ Aux yeux de Charles-Quint les comtes de Buren et de Nassau étaient seuls propres à conduire de grandes opérations militaires, et, jugeant prudent de laisser le premier dans les provinces du nord, devenues le théâtre d'importants événements, il ordonna de remettre le commandement de l'armée à Henri de Nassau ^. Marie de Hongrie, dont la cour était troublée par des querelles de préséance, craignit que ce

• Termes de la commission du comte de Nassau, citée plus loin.

' Commission donnée à George de Witthem , seigneur d'Yssche , pour lever 500 piétons dans le Brabant, 4 juin 4536. [Dépêches de guerre, n® 367, f» iiij. ) Commission donnée au marquis de Berghes, pour lever 300 chevau-légers et 300 piétons dans le Luxembourg, S juin. {Ibid., f'*\^^,) — Commission donnée au comte de Rœulx, pour lever dans l'Artois « tel nombre de gens de guerre et de piétons qu'il jugera nécessaire, » 7 juin. [Ibid. et Archives de V Audience, liasse 4445.) — Même commission pour le duc d'Aerschot, dans le Hainaut. [Archives de l'Audience, liasse 4445.) ~ Commissions données au comte de Nassau pour lever 4 ,000 chevaux, et au comte de Fauquemberghe, Jacques de Ligne, pour en lever 200. [Ibid.) -— Commissions données au duc d'Aerschot, pour lever 700 piétons et 300 chevaux dans le Hainaut. [Dépêches de guerre, n« 367, f<» vj et vj vo. ) __ « Pour, en vertu des lettres de monseigneur le gouverneur, en dacte du premier de juing xv • xxxvj, avoir porté lettres aux officiers, affin de assembler, chacun en son office, les plus idosnes, pour soy aydier en guerre. » Compte d'A. de Berghes, f» iiij xx iij. — Voir aussi les comptes de la recette générale.

^ On en avait emprunté une partie à la ville de Bruxelles. « Du xxviij» de may en 4536, lettres de seureté pour ceulx de la ville de Bruxelles, de certain prest qu'ilz ont fait d'aucunes pièces d'artillerye. » Reg. aux dép. et mand. des finances, précité. — Le seul comté de Namur eut à fournir « six cens chevaulx limousins pour servir l'empereur à la conduycte de ladite artillerie » Ordre du 45 juin. Compte d'Ant. de Berghes, f« lix.

4 Lettre du 2 mars 4536 Correspondenz, II, 668.

SIÈGE DE PÉRONNE. i07

choix ne blessât la susceptibilité de de Buren, Nassau luimême , lié d'amitié avec ce brave capitaine , déclina Fhonneur de le remplacer * ; mais Charles-Quint persista dans sa résolution, en se fondant sur Tamitié qui unissait ces deux seigneurs et excluait toute apparence de rivalité ^. En conséquence, par lettres du 16 juin, Henri de Nassau fut nommé « chef de l'armée, » et le comte de Rœulx, récemment revenu d'Espagne et illustré déjà par sa valeur dans la dernière campagne contre les Turcs, lui fut adjoint en qualité de lieutenant ^

L'armée fut prête à entrer en campagne avant la mi-juin; mais il fallut d'abord lever l'obstacle qui entrava la plupart des entreprises de Charles-Quint. Lorsque Marie de Hongrie avait reçu l'ordre d'armer, les caisses publiques étaient vides ; la pénurie du trésor telle que la princesse supplia son frère de venir lui-même remédier aux embarras de sa situation. D'après l'accueil fait à ses dernières propositions aux états généraux (1835), elle augurait peu de succès pour de nouvelles demandes d'aides \ et l'événement justifia ses prévisions ^. Or, alors qu'elle n'avait encore « rien de prest pour défendre le pays, que la pauvreté des finances étoit extrême, qu'il n'y avoit apparence d'aides, elle voyoit la confédération des François, Anglois et Gueldrois; d'autres encore, tels que le landgrave de Hesse et le duc de Wurtemberg, levoient gens, » et ce n'était point à tort qu'elle « se trouvoit perplexe. » Elle obtint de la noblesse un prêt de 250,000 ducats, pour payer la solde arriérée des bandes d'ordonnances, mais il ne lui res-

' Lettre de cette princesse, du 24 avril. CorrespondenZt II, 660. " Lettre du 2 mars, précitée.

? Archives de l'Audience, liasse 4445, et Dépêches de guerre, n® 367, f*» viij v». — Voir la composition de l'étairmajor du comte de Nassau, T. III, 1 79, note 3.

* Lettre de cette princesse, du 4 janvier 4536. Correspondenz, II, 6S6.

* Lettre du 2 mars, précitée.

tait rien pour pourvoir à la garde des frontières \ Aussi tout en excitant le zèle de ses ministres et de ses capitaines ; en redoublant d'instances près des membres des états, avait-elle conjuré Tempereur de poursuivre les négociations, du moins jusqu'à ce que les Pays-Bas fussent mis à couvert, et qu'on se fut assuré de l'alliance des princes voisins ^. La reine eût désiré surtout obtenir la neutralité du pays dans la lutte qui allait s'engager; mais Charles-Quint jugea inutile toute ouverture à ce sujet ; il était certain que les Français n'observeraient pas cette neutralité, et que s'ils ne la violaient pas directement eux-mêmes, ils susciteraient l'hostilité de leur allié le duc de Gueldre ^. Il envoya 400,000 carolus, et autorisa la régente à vendre telles parties du domaine qu'il serait nécessaire, sans s'arrêter aux objections du conseil des finances : « car il vaut mieux , dit-il , se mettre en ceste despence qu'en excessives usures*. »

La somme fournie par l'empereur, 1 00,000 florins prêtés par la ville d'Anvers ^ , les rentes et les aliénations du domaine **, avaient permis de mettre sur pied 30,000 piétons et 7,000 à 8,000 chevaux \ Mais, pour obtenir ce résultat, on avait épuisé toutes les ressources, et il ne restait plus d'argent pour

' Lettre de Marie de Hongrie. CorrespondenZf II, 657.

- Ibid.

^ Lettre du 2 mars, précitée.

^ Ibid. — Rapport fait aux états généraux. M. Gachard, Des anciennes assemblées nationales.

^ Elle créa, à cet effet, 4 ,800 florins de rentes. Liste des emprunts contractés à Anvers, pour compte du souverain ou des états de Brabant, durant le règne de Charles V, extraite du registre intitulé Staten, H04 à 4S77, aux Archives d'Anvers, par M. Kreglinger, Notice historique sur les impôts communaux de la ville d'Anvers, depuis leur origine jusqu'en 4794.

^ Compte de la recelte générale.

7 Rapport fait aux états généraux, 1. c. — Compte de l'aide du Hainaut.

SIË6E DE PÉRONNE. 109

entrer en campagne. Or, à quelque prix que ce fût, Charles- Quint voulait faire attaquer la France au nord pendant qu'il lenvahirait au midi. Il enjoignit donc à sa sœur, « nonobstant toute excuse, de satisfaire à l'armée, de plutôt laisser toutes autres choses, de vendre et d'obliger jusques au boult \ » Toutefois, revenant sur sa première décision, le 28 juin , il délivra à la régente plein pouvoir « pour conclure des traités de neulraUté et d'abstinence de guerre -. » Les ordres de l'empereur n'admettaient pas de réplique ; pour les exécuter Marie de Hongrie résolut de faire un nouvel appel à la nation. Ce ne fut pourtant pas sans appréhension qu'elle prit ce parti ^ ; elle savait bien que « ces pays et ces subjetz, qui étoient bons et qu'il sufflsoit de bien conduire, pour en obtenir tout ce qu'on vouloit *, » étaient fatigués de donner et d'être mal conduits.

Les états généraux furent convoqués à Bruxelles pour le 12 juin, à l'effet de recevoir communication, disaient les lettres de la reine, des nouvelles dé l'empereur apportées par le comte de Rœulx et le seigneur de Praet^. Le 14, ils se réunirent dans la galerie du palais, en présence de la régente, entourée de ses conseillers et d'une foule de grands dignitaires. Le pensionnaire de Bruxelles donna lecture des lettres patentes accréditant près de l'assemblée les deux envoyés impériaux ; puis le chancelier de la Toison d'or exposa aux états que l'empereur voulait leur rendre compte, « comme à ses bons et loyaux sujets, de ses actions et du succès de ses

• Lettre du 2 juillet. Correspondenz, II, 664. » Archives de l'Audience.

' Lettre du 4 janvier 4 536. Correspondenz, II, 656, 659.

* Lettre du comte de Nassau, précitée.

Lettres du 31 mai 1536. Compte d'Ant. de Berghes, f« vj. — Registre des états de Hainaut. M. Gachard, fjeltre aux questeurs.

ilO RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

affaires. » — « Après avoir. chassé Barberousse de Tunis, dit l'orateur officiel, Sa Majesté est allée visiter ses royaumes de Sicile et de Naples, qu'elle n'avoit pas encore vus. Son voyage en Italie avoit encore un autre but. Sa Majesté, décidée à expulser les corsaires d'Alger , désiroit auparavant rendre la paix à la chrétienté, et vouloit à cet èflTet engager le pape à convoquer un concile général. Enfin , elle avoit à pourvoir au remplacement du duc Sforze. Or, tandis que l'empereur s'occupoit du choix d'un prince qui fût agréable aux potentats et aux communautés d'Italie, le roi de France lui demanda l'investiture du Milanois pour le duc d'Angoulême. Bien que cette demande ne reposât sur aucun droit réel. Sa Majesté l'accueillit : elle montroit ainsi son désir de complaire à ce monarque et de resserrer leurs liens d'amitié. Mais le roi changea tout à coup de dessein, réclama ce duché pour son second fils, le duc d'Orléans, et prit les armes. Malgré l'étrangeté du procédé, quoique cette prétention fût de nature à déplaire aux Italiens, et dangereuse pour les royaumes de Naples et de Sicile, l'empereur céda encore; seulement il opposa des conditions indispensables pour sauvegarder ses intérêts et le repos de l'Italie. Alors le roi jeta le masque ; loin d'accepter ces conditions, il exigea pour lui-même l'usufruit et l'administration du Milanois ; envahit les états du duc de Savoie, et s'ouvrit ainsi la route de l'Italie. Il comptoit surprendre l'empereur, et pendant qu'il protestoit contre toute intention de porter atteinte aux traités, il poussoit le duc de Gueldre à une attaque contre les Pays-Bas ; s'allioit avec le duc de Holstein; incitoit à la rébellion et à la violation de leurs alliances les princes allemands et les états italiens. Dans cette occurrence , Sa Majesté , ayant horreur de la guerre, et voulant éviter l'effusion du sang humain, offrit au roi de

SIÈGE DE PÉRONNË. iti

vider le différend dans un combat singulier, et stipula que les forces du vaincu seroient mises à la disposition du vainqueur contre les ennemis de la foi. Cette offre fut repoussée, et de nouvelles propositions d'accommodement ne rencontrèrent que des prétentions absolues et inadmissibles. L'empereur s'est donc vu dans la nécessité de prendre les armes. Il s'est mis en personne à la tête de son armée d'Italie, et a ordonné d'en former une autre dans les Pays-Bas. C'est pour l'entretien de cette dernière qu'il a besoin d'aides, et des propositions à cet égard seront adressées à chaque corps d'état en particulier. » Après ce discours, qui rappelait la harangue de Charles-Quint, dans le consistoire de Rome, de Rœulx et Marie de Hongrie prirent successivement la parole. Ils exhortèrent les députés à bien accueillir les demandes de leur souverain, et, le lendemain, convoqués séparément par province , ils reçurent communication d'un mémoire évaluant à 1,200,000 florins, au moins, l'aide jugée nécessaire pour entretenir l'armée pendant six mois *.

Les événements survenus en Frise; l'attitude hostile du duc de Gueldre ; les projets de Marie de Hongrie sur le Danemark allaient nécessiter d'autres dépenses encore , et il était évident que là ne se borneraient point les demandes du gouvernement. Or, qu'importait aux peuples des Pays-Bas cette question du Milanais? Vainqueurs dans la guerre qu'elle allumait, ils n'avaient rien à gagner; vaincus, ils avaient tout à perdre. Ce ne fut donc pas sans répugnance que la plupart des députés se décidèrent « à se bien employer -. »

• M. Gachard, Des anciennes assemblées nationales. — Lettre aux questeurs. — Rapport sur les Archives de Lille {Compte de l'aide accordée par le Hai- Daut), i05.

" Lettre du 25 juillet, précitée.

113 RËGNE DE CHARLES-QOINT EN BELGIQUE.

Le 94 juin, les états de Namur votèrent une aide de 36,000 livres payable en six ans, outre une somme de 4,000 livres immédiatement recouvrable '. Les nobles et les bonnes villes du Hainaut, qui venaient de continuer, pendant trois ans, l'aide annuelle de i8,000 livres de 30 gros allouée en 1531 ', aussi intéressés que les Namurois à la défense des frontières du midi, accordèrent 96,000 livres *. On obtint 10,000 livres du clergé de ce comté, et 6,600 de Valenciennes, qui avait également continué, pour trois ans, l'aide annuelle de i 2,000 livres votée en 1531 ^. L'A.rtois, le Luxembourg et le Limbourg suivirent l'exemple de ces provinces, et la Hollande accorda 100,000 florins, non sans de longs débats et de tristes doléances sur son état de détresse *. Les députés du Brabant et de la Flandre furent de moins facile composition. Pour triompher de l'opposition des premiers, il fallut d'abord redresser quelques-uns des griefs dont ils se plaignaient depuis longtemps ^ Ainsi, une ordonnance du 16 juin 1S36, faisant droit à leurs réclamations contre l'extension donnée à

' Compte de Henri de Lespinée, seigneur de Sommeing (n» (6665), aux Archives du royaume.

■ Comple de Jean de la Croix (n» 46174), I. c, — Depuis lors la (axe des (eux, lie lemporaire qu'elle avaii élé jusqu'alors dans ce comté, y devint permanente. Celle (axe, fixée à 20 palards par chef de faniilte et destinée s couvrir la charge dei logemenU des gens de guerre passant par la province, était payée seulement par les campagnes. Les habitants des villes, de même que les ecclésiastiques et les nobles, de résidence à la campagne, en étaient exempts. M. Lacroix, Mimoirt hiilorique concernant l'ancienne légittalion du Hainaul en matière d'impÔli. Rapport sur les octrois communaux en Belgique.

' Compte de l'aide de 96,000 livres accordée par les nobles et bonnes villes de iACHAHD, Rapport précité.

n, /iiumfaire précité.

van de dry slaetrn mn Brabant. Reg. dit royaume, 1' x "-.

la juridiction du warantmeester et d'autres officiers du souverain, défendit à ces fonctionnaires de préjudicier aux droits des vassaux et des villes *. Une autre ordonnance du même jour tendit à réprimer les exactions des collecteurs des aides accusés d'excéder les taux des rôles des contribuables, et d'intenter des poursuites aux habitants du plat pays pour des contributions non sujettes à exécution ^. Enfin, une troisième ordonnance du 20 juin statua sur d'autres doléances relatives à des infractions aux privilèges consacrés par la Joyeuse Entrée ^, et ce fut seulement après avoir obtenu ces

' Reg. n» 672 aux Archiver du royavme, f« ix.

^ Cette ordonnance décréta que la chambre des comptes enverrait aux receveurs généraux le taux de la contribution de chaque quartier, dans les aides votées; et que ceux-ci informeraient les villes et les villages de leur ressort du montant de leur quote part. Elle prescrivit aux percepteurs du plat pays de communiquer aux officiers des villages et aux magistrats des villes Tassiette de rimpôt, afin que chacun connût exactement son imposition personnelle; et il leur fut défendu de se charger d'aucune perception autre que celle des aides, sous peine de privation de leur office et de correction arbitraire. On leur enjoignit, en outre, de ne recourir aux exécutions qu'en cas de refus de payement de l'aide. /6<d.,f«'x.

' Elle soumit, entre autres, à une enquête les comptes du receveur chargé de percevoir la contribution des prélats, qui était accusé d'avoir surchargé leurs biens, et il lui fut enjoint de restituer, avant la fin du mois d'août suivant, les sommes indûment perçues.

Depuis longtemps le gouvernement et les états étaient en dissentiment, au sujet du serment à prêter par le conseil de Brabant; ceux-ci prétendaient que cette cour souveraine devait jurer de la manière prescrite par la Joyeuse Entrée, et celui-là voulait modifier la forme usitée, sous prétexte qu'on avait introduit dans le pacte constitutionnel des dispositions inexécutables. H fut décidé que, tout en laissant subsister la protestation de l'empereur, le conseil de Brabant se conformerait au serment exigé par la Joyeuse Eutrée, avec réserve quant aux articles ordonnant de transférer les Chartres du Brabant à Anvers, d'administrerle duché en l'absence du souverain, par Tavis de ce conseil, et de choisir le chancelier parmi les conseillers; indiquant le serment à prêter par cette haute cour et par la chambre des comptes; interdisant de gracier d'amendes, d'instituer ou de destituer aucun officier sans Tavis du conseil de Brabant ou

m RÈGNE DE CHÂRLES-QUINT EN BELGIQUE.

concessions, que les états accordèrent (!*' juillet) 300,000 livres, « non par aides, mais par vente de rentes, et à employer : 300,000 pour l'armée, et 100,000 pour la défense du pays \ » En outre, ils autorisèrent le gouvernement (II juillet) à vendre des rentes et à aliéner le domaine jusqu'à concurrence de 300,000 livres \

En Flandre, les propositions du gouvernement rencon-

de quatre conseillers désignés à cet effet, d'affermer les offices et d'accorder aucune rémission sans le consentement des trois ordres ; permettant, en cas de déni de justice, d'appeler sa partie adverse en combat singulier, à Anvers, et soumettant la nomination du drossard et du receveur du duché à l'avis du conseil de Brabant ou de six conseillers.

Enfin, il fut stipulé que les états ne seraient plus convoqués hors du Brabant, si ce n était en assemblée des étals généraux, et que le sceau ducal ne sortirait plus du pays, où conformément à la Joyeuse Entrée tous les actes concernant le duché devaient être scellés.

Cette ordonnance satisfit encore à d'autres réclamations de moindre importance, et promit l'examen de toutes les plaintes des états sur lesquelles il n'était pas statué. Il fut question aussi du différend existant au sujet de la nomination aux abbayes et prélaturesdu Brabant; mais le gouvernement se borna à suppléer deux des arbitres décédés. Registre précité, f® x ▼•.

On ne reviut pas sur d'autres contestations qui depuis longtemps s'étaient élevées entre le gouvernement et le conseil de Brabant, et qui avaient été provisoirement tranchées en 4527. Le chancelier, nonobstant les défenses réitérées de Marguerite, « persistant à expédier des lettres de rémission aux homicides et autres malfaiteurs , de pardon , d'octrois , de légitimation , de placet sur bulles apostoliques, à admettre et à passer résignations d'offices et tous autres actes, M que Charles-Quint avait expressément réservés au conseil privé ou à la régente, en son absence ; sur les plaintes de sa tante, l'empereur avait écrit alors au chancelier, « qu'il eût à s'en déporter et à obéir à madame comme à sa propre personne, en se bornant à s'acquitter du devoir de la justice, de sorte qu'elle fût bien administrée, comme à son office appartenoit. » Instruction donnée par madame d'Autriche au sieur Despleghem, allant vers l'empereur, du 25 avril 4527, » et apostille de Charles-Quint. Reg. Correspondance, f°400.

' Reg. n» 672, précité, f» xiiij »<>. ^ Hootboeck, 1. c, f« cvj vo. -^ Grauw boeck, 1. c, f« xiiij. — Lettre du 25 juillet, précitée.

' Grauw Boeck, f®» xvij, xxj etxxvij.

SIËGË DE PÊRONNË. 115

trèrent une opposition plus prononcée. Bruges, Ypres et le Franc consentirent (17 juillet 1536) à fournir 250,000 florins et à payer, en outre, durant deux ans, à dater de la Saint- Jean 1537, une aide annuelle de 200,000 florins K Les députés de Gand se montrèrent d'abord assez, disposés à adopter cette résolution , accueillie par la majeure partie des villes et des châtellenies de ce quartier ^ ; mais, soit que « de mauvais esprits eussent changé l'affaire, » comme le prétendait Marie de Hongrie ^, soit plutôt que la commune gantoise, accablée de charges , ne voulût pas se grever de nouveaux impôts pour des guerres dont le pays, disait-elle, supportait seul les frais *, elle refusa de l'argent et offrit de fournir des soldats, « selon l'ancien transport et la coutume d'ancienneté suivie ^. » Elle résista à toutes les instances ®, et Marie de Hongrie irritée recourut à un acte de compréhension. La régente déclara qu'elle considérait et acceptait le consentement comme complet , par suite du vote affirmatif de trois membres et de la majorité des villes et des châtellenies du* quatrième (17 juillet 1536). Les magistrats de Gand protestèrent aussitôt contre cette mesure arbitraire, et ils se réservaient d'en poursuivre l'annulation par voie d'appel, lorsque de graves événements vinrent aplanir la difficulté. Voyant leur pays exposé à une invasion , les députés de Gand se rallièrent à l'opinion de leurs collègues (septembre 1536), sans pourtant retirer leur protestation, qui fut maintenue

' LeUre du 25 juillet, précitée. — Appendice à la Relation des tronhlea de Gand, 567. — Archives de Lille. M. Gachard, Inventaire précité. ' Appendice précité, 567.

' Lettre du \" mai. Correspondenz , II, 660.

* Voir chapitre XXV.

* Appendice précité, 567.

* Lettre du 25 juillet, précitée.

116 RÉGNE DE GHARLES-QUiNT EN BELGIQUE

pour empêcher le gouvernement d'invoquer plus tard cet antécédent \ C'était le prélude d'une grosse querelle, non moins fatale à cette ville qu'à son souverain.

Aussi longtemps qu'elle avait été incertaine d'obtenir le concours des états, la régente avait recommandé à ses généraux de s'abstenir de toute hostilité " ; mais dès qu'elle prévit le succès de ses demandes , Nassau et de Rœulx concentrèrent leurs troupes, l'un à Lens, l'autre à Arras. Philippe de Oroy, devenu duc d'Aerschot, protégeait le Hainaut avec un corps de réserve prêt à seconder les opérations du capitaine général. Du côté du Luxembourg et du Namurois, Antoine de Berghes devait faire tête aux de la Marck et au gouverneur de la Champagne (le duc de Guise). Les Français avaient près de Mouzon 1,200 chevaux, quelques enseignes d'infanterie avec une assez nombreuse artillerie ^ , et déjà , au mois de juin, ils avaient tenté de surprendre Walcourt, que sauva l'arrivée d'un corps de Namurois *. Ils ne furent pas plus heureux dans d'autres tentatives sur Damvillers, où se jetèrent à temps 200 piétons luxembourgeois ^; sur le château de Saussy, sur un fort qu'on élevait devant Yvoy, et d'où ils furent repoussés par les valeureuses milices de la contrée **.

'Appendice précité, 567. — Archives de Lille. M. Gachard, Inventaire précité.

" « Pour ce qu'il est venu à nostre cognoissance, que aucuns sujets du Haynaut, tant gens de guerre que aultres, d'eulx-mémes, à votre desceu, et sans en avoir nostre ordonnance, se sont avancés faire certaines courses, pilleries et invasions sur les sujets du roy de France et, qui pis est, mis le feu en aucuns lieux. » Lettres de Marie de Hongrie au duc d'Aerscbot, du 4*' juillet 4536. Archives de l'Audience, liasse 4445.

^ Compte de N. le Gouverneur, f» xviij vo.

* Compte d'Antoine de Berghes, f» iiij «« j vo.

^ Compte de N. le Gouverneur, f«» xix v» et xxv.

^ Ibid , ("* XX j et xxv.

SIÈGE DE PÉRONNE. " il7

Enfin, Marie de Hongrie, ayant obtenu d'assez fortes avances sur les aides \ remit 200,000 livres à Nassau, avec promesse de lui envoyer la même somme le mois suivant ^. Il entra sur-le-champ dans le Vermandois. De son côté, de Rœulx, après avoir détourné l'attention de l'ennemi par une tentative sur Saint-Riquier (frontières du Boulonnais), pénétrait en Picardie, au moment où un mandement du 18 juillet décrétait la confiscation de tous les biens appartenants à des Français ^. Les deux corps d'armée, formés exclusivement de troupes belges, présentaient un effectif d'environ 20,000 piétoi^ et 5,000 chevaux ^ Ils se conformèrent aux ordres de Charles- Quint, « de faire sentir aux François toutes les rigueurs de la guerre , pour les mieux disposer à entendre raison ^ , » sans que l'ennemi tentât de les arrêter. Le duc de Vendôme, au contraire, se retira derrière l'Oise, abandonnant toute la contrée à leurs ravages.

En peu de jours, de Rœulx emporta Bray-sur-Somme, prit et détruisit plusieurs châteaux voisins. Nassau parut devant Guise au moment où la garnison évacuait la ville , pour se retirer dans lé château, « et ne se purent les gens^ de guerre ffançois assez à temps sauver et retirer audit château, que

' Lettre du 44 septembre, précitée.

" Lettre du SS juillet, précitée. — « En deniers payés à Gilles Delsamure, commis à recevoir les deux cens mil livres que la reyne furnissoit pour l'armée dudit seigneur empereur contre France, soubs le seigneur de Nassou. » Compte deJ.Micault(n» 4889).

^ Compte d'Ant. de Berghes, f» Ix.

^ Le pamphlet intitulé : Du glorieux retour de l empereur (Arçh, curieuses de l'Histoire deFrance, < '«série, III, 4) dit que le comtede Nassau avait H, 000 lansquenets, 6,000 chevaux et 10,000 piétons des Pays-Bas ; mais cette version est démentie par des. documents authentiques. Archives de l'Audience, liasse 4445.

^ Lettre du 4 4 septembre précitée, et lettres des 8 et 4 septembre. Correspon denz, II, 259.

les gens dudit sieur comte n'en tuassent et defflssent les plus paresseux à la queue. Les autres retirés et enfermés dedans, il envoya un trompette les sommer. Le capitaine et quelquesuns d'entre eux , qui n'avoient du tout mis leur honneur en oubli, furent d'avis de tenir la place ; le plus grand nombre fut d'avis contraire, et s'en trouva de si faillis de courage qu'ils se jetèrent par les créneaux es fossés. Les autres rendirent la place à la volonté de l'ennemi \ » Les Impériaux s'arrêtèrent quelques jours à Guise, soumettant les petites plaiiïs voisines et attendant les vivres qui commençaient déjà à leur manquer ^ Dans l'entre-temps, il y eut quelques escarmouches sans autre importance que celle de la capture du fils de Nassau par les Français '. Le comte fut rejoint à Guise par le duc d'Aerschot, que la régente avait chargé de fortifier cette conquête *, et l'armée se remit enfin en marche. Prenant à droite, elle occupa Bohain et se porta ensuite sur Saint-Quentin, tandis que de Rœulx investissait Péronne \

Nassau comptait emporter Saint-Quentin sans grande difficulté ; mais la situation de cette place la mettait à l'abri d'un coup de main, et sa résistance déconcerta les projets du comte. Marie de Hongrie, qui n'approuvait pas ces opérations, lui envoya Louis d'Yves pour l'engager à n'y point perdre de temps. Elle lui représenta les inconvénients d'une entreprise sur Saint-Quentin et Péronne , qui divisait ses forces , déjà démoralisées par de nombreux désordres, et exposait

• Martin Du Bellay, l. vu, 614.

' Compte d'Antoine de Berghes, £• Ix *<>.

^ Lettres des 8 et 40 septembre, précitées.

4 Archives de r Audience, liasse 4 445.

^ Lettre de Marie de Hongrie, juillet 4536. Correspondenz, II, 665.— Mémoire de cette princesse pour le duc d'Aerschot et le comte de Nassau, juillet 4536. Staatspapiere, 244.

chacun des assiégeants à être accablé par Tennemi. Le duc de Guise accourait avec les garnisons de la Champagne, et sa jonction avec le duc de Vendôme allait donner à l'ennemi une supériorité dont il ne se ferait pas faute de profiter. « Il vaut mieux, du reste, disait la reine, chercher la bataille que se consumer en des sièges. » Avec la sagesse d'un vieux capitaine, elle recommanda à Nassau de relier ses lignes de manière que ses différents corps pussent se secourir mutuellement et ne s'exposassent pas à être battus en détail. Insistant encpre pour qu'il marchât en avant : « Il importe, ajouta- 1- elle, d'obtenir un succès marqué, car un échec produiroit le plus mauvais effet sur les populations des Pays-Bas : l'armée leur a coûté d'énormes sacrifices; on leur a promis des merveilles, et s'il faut la conserver durant l'hiver , sans qu'elle se soit signalée par quelque exploit, il sera impossible d'obtenir les aides nécessaires à son entretien. Quant à moi, je ne négligerai rien pour vous seconder ; je tiens à votre disposition 2,000 piétons, douze bateaux de pont, et si d'autres ressources vous sont nécessaires, je saurai vous les procurer '. » En effet, elle s'occupa activement de lui envoyer des renforts, et un placard du 8 août enjoignit « aux nobles fieffés et arrièrefieffés de se préparer à la guerre ^. »

Nassau n'était point en forces pour entreprendre un siège régulier; il abandonna bientôt son attaque sur Saint-Quentin pour tourner tous ses efforts contre Péronne. Laissant quelques petits corps chargés de battre la campagne, le 1 2 août, il rejoignit de Rœulx à la tête de 1,000 à 1,200 chevaux, et de neuf enseignes d'infanterie ^ Celui-ci avait déjà dressé

' Mémoire précité.

' Inventaire (Tordonnances, 1. c.

' Martin Du Bellay.

liO ^ RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

deux batteries (3 août) ; mais l'attaque avait été retardée ' par la nécessité de faire écouler les eaux de marais dont le voisinage nuisait à ses travaux ^, Péronne, qui fut jusqu'à nos jours surnommée la Pucelle, était alors une des places les plus fortes de France ^. Néanmoins, à l'approche des Impériaux, « les habitans furent esbranslés d'abandonner la ville. Mais, le seigneur d'Estourmel, gentilhonmie des environs, se mist dedans avec sa femme et ses enfans, y fit conduire tous les bledz, tant de lui que de ses voisins, et y apporta tout l'aident, tant sien que celui de ses amis, pour soldoyer les hommes ; chose qui râsseura le peuple. » Fleuranges, accouru de Laon, s'y était enfermé avec plusieurs braves gentilshommes de Picardie, et le napolitain Chiaramonte, ancien gouverneur du château de Montmélian, en Savoie. La garnison se composait de 200 hommes d'armes, de 2,000 fantassins, et les habitants ranimés leur fournirent de vaUIants appuis ^. Dès son arrivée, Nassau se mit à déblayer les abords de la place. Le V5 août, Aphncourt lui ouvrit ses portes, et, le i 5, la garnison du château de Cléry, après avoir soutenu un assaut, se rendit à discrétion ^. Maître de ces positions, et renforcé par un nombreux corps de pionniers namurois ^ , le comte poussa avec activité les travaux du siège. Fleuranges, de son côté, ne resta pas inactif; il brûla les faubourgs, où les assiégeants s'étaient déjà établis , et tout présagea une résistance acharnée. Le 19 août, les Impériaux assaillirent les

■ Lettre du H septembre, précitée.

' Du glorieux retour de l'empereur, 1. c.

^ Lettre du 44 septembre, précitée.

* Martin Du Bellay. — Brantôme. — Le Petit.

' Martin Du Bellay. — Gaillard, 1. c.

® Ils lui furent amenés par Pierart Conard. Compte diÂntoine de Berghes, fo Iviij v«.

SIÈGE DE PÉRONiNE. 121

portes de Saint-Nicolas et de Paris. Repoussés avec perte, ils dressèrent aussitôt de nouvelles batteries , et le 23 , Nassau somma la ville, avec menace d'y mettre tout à feu et à sang. « Mes capitaines et moi, répondit Fleuranges, sommes décidés à si bien garder la place qu'on n'y entrera sinon par-dessus nos ventres ; mais plustot, espérons en sortir par-dessus ceux des ennemis. » Le lendemain, soixante-douze pièces d'artillerie (dont 48 de gros calibre) ouvrirent leur feu, criblèrent les remparts de boulets et abattirent en partie une grosse tour défendant la porte de Paris. Nassau se disposa sur-lçchamp à l'assaut. Il fut livré le jour suivant, et bien que les assiégés eussent déjà fermé les brèches, loin d'arrêter les assaillants , cet obstacle sembla doubler leur ardeur. Ainsi , trois porte-enseignes furent tués sur la brèche. Dans la place, pendant que les hommes en état de porter les armes combattaient aux remparts , le reste de la population suivait des processions ordonnées pour invoquer le secours du ciel. Puis lorsque, après être revenus trois fois à la charge, les Impériaux furent enfin repoussés , Fleuranges fit rendre de solennelles actions de grâces à Dieu d'avoir éloigné de la ville le péril extrême qui la menaçait \ .

Le comte de Nassau alors, stimulé par Marie de Hongrie, recourut à la mine ; tandis que des pièces d'artifice lancées par ses canons incendiaient la place, les mineurs arrivaient jusqu'au pied des remparts. Déjà les assiégés voyaient leurs munitions diminuer, et il leur eût été difficile de soutenir un nouvel assaut, lorsque le duc de Guise parvint à les renforcer de 400 arquebusiers portant chacun un sac de dix livres de poudre. Le 4 septembre, Nassau renouvela sa sommation; il

' Martin Du Bellay. — Du glorieux retour, etc.

\n RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN DELGIftUE.

promettait la vie sauve à la garnison, mais exigeait trois jours de pillage pour ses troupes. Fleuranges resta inébranlable, et, le lendemain, la mine acheva la ruine de la grosse tour de la porte de Paris, qui tua dans sa chute le comte de Dammartin. Les assiégeants se ruèrent aussitôt à l'assaut, et reçus avec non moins de valeur, ils perdirent environ 300 hommes. Le 6, après avoir abattu les derniers débris de la grosse tour , ils revinrent à la charge, et cet assaut, plus terrible, mais aussi infructueux que les précédents, leur coûta plus de trois cents fantassins et vingt hommes d'armes. Ces échecs réitérés déconcertèrent Nassau, qui, voyant son armée fondre à vue d'œil, par les combats, les désertions, les maladies, se décida à la retraite. Le 8 septembre, vers dix heures du soir, il enleva son artillerie des tranchées, et le lendemain il se retira avec de Rœulx vers l'Artois , tandis que d' Aerschot prenait la route du Hainaut avec les Namurois et les Hennuyers *. Quant aux positions conquises (où Charles^-Quint pourtant eût tant désiré se maintenir , afin de faire porter le poids de la guerre sur les contrées voisines ^), il était impossible de songer à les conserver ; le seigneur de Licques fut chaîné de démanteler Guise, Bohain et les petits forts dont on s'était emparé au début de l'expédition '.

A la nouvelle de la levée du siège de Péroime , la France passa de la crainte à la joie la plus vive. Paris, « toujours ou trop timide ou trop confiante \ » avait. tremblé de nouveau; pour la rassurer il avait fallu y exécuter de grands travaux de défense, ravitailler abondamment, lever 10,000 hommes.

' Martin Du Bellay. — Le Petit, Vil.— Ott glorieux retour de l*emperenr,\, c ' Lettres des 8, -10 et 14 septembre, précitées. ^ Comptes de la recette générale (n*» 2342).

4 Gaillard, III, 4.

Par ordre du roi, dans tout le royaume, des processions générales sortirent des églises pour remercier Dieu de la retraite des Impériaux \ Dans les Pays-Bas, en revanche, cet échec produisit un si déplorable effet, que Marie de Hongrie craignit de voir « le peuple se mutiner ^. » Elle en témoigna son ressentiment au comte de Nassau, et « lui fît honte de n'avoir su prendre un tel colombier. » — « Oui, de vrai, madame, répondit -il, c'est un colombier; mais les pigeons qui s'y trouvoient , savoient bien se défendre et faire autre chose que s'envoler^. » Dans son rapport à l'empereur, la princesse imputa tout aux fautes des généraux. « C'est à tort, lui dit-elle , qu'ils se plaignent d'avoir manqué d'argent ; eux seuls et non le conseil des finances ont failli à leurs devoirs. » Son découragement et son dégoût des affaires allèrent si loin, qu'elle supplia son frère de la décharger de son gouvernement *.

La malheureuse issue de cette campagne, « dont on attendoit des merveilles , » était due sans doute à d'autres causes encore. A peine réunie, l'armée s'était signalée « par des pilleries et des mengeries , par des violences et des excès, » qui avaient provoqué contre les délinquants un redoublement de rigueurs ^. Lorsque enfin elle se mit en marche, « le désordre dévint si grand qu'il ne permit pas de s'avancer dans le pays ennemi, et fut cause qu'il fallut prendre résolution de assiéger quelque fort^. » Il s'accrut encore durant le siège, et Nassau fut même obligé de casser quelques enseignes de

' Gaillard. — Martin Du Bellay.

' Lettre du ^ 5 septembre 4536. — Correspondenz, II, 667.

' Brantôme, I, 66.

* Lettre du 45 septembre, précitée.

^ Plac. du 22 juin 4536. Archives de, V Audience, liasse 4445.

* Mémoire précité.

Bas- Allemands \ En même temps^ la désertion éclaircissait les rangs de son armée, ainsi que le prouvent les ordres réitérés « de prendre et appréhender les compaignons piétons et gens de guerre, qui se rhetiroient du camp et armée estant en Franche, sans avoir congé de leurs capitaines ^. » Vers ta fin du siège même, des mandements spéciaux prescrivirent de courir sus aux déserteurs *, de « les détenir à pain et eauwe, de les pendre sans rémission *, »

La défense de Péronne fut le dernier exploit de Fleuranges. A la nouvelle de la mort de son père (1336), il accourut à Sedan, où il fut pris d'une fièvre maligne qui fenleva Tannée suivante. C'était un des plus audacieux officiers et des plus habiles capitaines de François I" , et la France perdit en lui et en Robert de la Marck deux auxiliaires précieux, deux puissants leviers de sa politique. Ces derniers champions de la féodalité, toujours prêts à fondre sur les Pays-Bas, y avaient causé de grands maux, et leur mort calma pour toujours les inquiétudes que la petite seigneurie de Sedan avait longtemps inspirées à ces provinces.

Sur mer, c'étaient les Français qui avaient pris l'offensive. Pendant que les corsaires gueldrois infestaient le Zuiderzée, leurs flottes avaient un moment bloqué les ports de la Hollande, de la Zélande, de la Flandre. Mais les choses ne tardèrent pas à changer de face. Le gouvernement, après avoir ordonné la saisie des navires français en relâche dans les Pays-Bas % autorisa les marins de ces provinces à armer

' Compte d'Antoine de Berghes, f"» Ixxv et Ixxviij vo.

' ïhid , f« Ixj.

^ Ibid., et compte de J. Van den Daele (n« -15667).

* Compte d'Antoine de Berghes, f<> iiij xx iiij.

* Compte de Guillaume Van den Werwe, écoutète d'Anvers, f» xiij *" ( n« 12905), aux Archives du royaume. "

SIË6E DE PÉRONNË. 125

eu course \ et si les Hollandais , mus par un sentiment de jalousie ^ se bornèrent à repousser des tentatives de descente , les Flamands , sous la conduite du vice-amiral Gérard de Merckere, allèrent ravager les côtes de la Normandie. La capture d'un riche galion des Indes occidentales par de Merckere stimula les Zélandais ; leurs corsaires entrèrent alors en lice et enlevèrent un grand nombre de bâtiments français ^. Ces hostilités, infructueuses en résultats politiques, causèrent un préjudice immense au commerce des deux états, et ils reconnurent bientôt la nécessité d'y mettre un terme. On convint d'abord d'assimiler aux neutres les vaisseaux employés à la pêche du hareng * , et celte mesure fut suivie d'une « trêve marchande et de communication. * En publiant ces deux conventions, Marie de Hongrie ordonna « de faire aulmosnes et aultres œuvres pies, aflin que Dieu médiateur, par son infinie bonté, voulût octroier bonne paix au bien universel '. »

Cependant, les Français ne s'étaient point pressés de profiter de la démoralisation que la levée du siège de Péronne avait jetée dans l'armée, et Marie de Hongrie eut le temps de se prémunir contre une invasion. Le jour même où Nassau commençait sa retraite , elle appela aux armes les fieffés et arrière-fieffés ® ; elle leva de nouvelles troupes ; ordonna de réparer les fortifications, d'augmenter les garnisons et de les

' Uépert. des Plac de Hollande, 32.

' Us préférèrent rester dans leurs ports, que de recevoir des commissions du vice-amiral flamand. Beg. Aert Van der Goes.

' Wagenaar. — Le Petit.

* Bépert. des Plac. de Hollande, 33.

^ Compte d'Antoine de Berghes (n« 45214), f" xxxij ▼".

« Plac. du 8 septembre 4536. Ibid, ( nM5243), f» Ixvj, et Compte de J. VandenDaele, f« vijv".

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