‹ Histoire du règne de Charles-Quint en BelgiqueChapitre 17 sur 39 · VI · texte numérisé non relu

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ViO RÈGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

privilèges; de leur laisser la nomination de leurs magistrats ei de leurs officiers; de respecter letu* juridiction sur le territoire de Selwerdyk '.

Schenck entra ensuite en campagne et, s*emparant de Delfzyl, il coupa les communications de Meynaert Van Ham avec la Frise orientale. Celui-ci ne s*en montra pas abattu; on le vit, au contraire, menacer Groningue de ses fureurs, et la Hollande des plus terribles ravages, si elle continuait ses armements contre son maître. Ces menaces et TinterventioD du duc de Gueldre, à qui Ton prétait le projet de s'établir à Delfshaven, pour empêcher Tarrivée des secours de la Zélande et du Brabant, épouvantèrent si fort les Hollandais, qu'ils supplièrent la reine d'envoyer en Zélande la flotte destinée à secourir Copenhague. Les états allouèrent 100,000 florins pour la défense du pays et, cédant à leurs clameurs, de Buren ainsi que dHoogstraeten retinrent les troupes envoyées à Schenck. Déjà pourtant le vaillant gouverneur de ia Frise avait investi Appingadam, et y tenait renfermé l'audacieux aventurier, qui s'était présomptueusement intitulé le Fléau de Dieu -.

A la veille des grandes opérations militaires projetées contre la France, il importait d'en flnir avec cette échauffouréc propre à fournir aux Gueldrois Foccasion d'utiles diversions. Charles d'Egmont avait retrouvé la plupart de ses vieux capitaines, et il suffisait d'un heureux coup (fe main pour créer de grands embarras. Par un nouveau traité, le duc avait reconnu la souveraineté de la France sur ses élals et sur Groningue, où François I" s'engageait à le réla-

• \VAct>AAft. — I.E Petit. — Le 49 juin, Marie de Hongrie informa l'empereur de lexécution de ce trailé. Correspondenz, II, 664.

* lieg. Aeri Van der Goes.

blir ' ; il menaçait le Brabant et la Hollande , et une forte division courait au secours de Meynaert Van Ham. Mais Schenck attendait Tennenoi dans dexceilentes positions, et Charles d*Egmont fut bientôt obligé de rappeler ses troupes pour sa propre défense. De Buren avait levé 600 chevau-légers * ; le duc d'Aerschot lui avait amené un corps de piétons wallons ', suivi bientôt de quelques enseignes de Bas-Allemands sous le seigneur de Bertranges ^, et ainsi renforcé, le comte marchait sur la Gueldre. Au moment d'agir, il fut arrêté par les clameurs des Hollandais, qui, craignant de s'attirer de fâcheuses représailles, le pressèrent de négocier avant de combattre. Ils lui promirent des présents considérables s'il parvenait à leur rendre la paix, et de Buren, séduit par ces promesses, ou jugeant son but atteint par la retraite des Gueidrois dirigés sur la Frise, envoya un parlementaire à Charles d'Egmont. Cette démarche annonçait de l'hésitation ; elle enhardit le duc, et il refusa d'entendre h aucun accommodement qui ne comprendrait pas la restitution de la seigiîeurie de Groningue ^. L*épée seule était donc appelée à trancher la question.

Au milieu de ces événements et malgré les embarras occasionnés par la pénurie du trésor, malgré les soins exigés par l'expédition de Nassau, Marie de Hongrie avait poursuivi ses projets sur le Danemark. Sans tenir compte de l'opposition de d'Hoogstraeten, elle avait donné au seigneur de Beveren le commandement « des bateaux et navires de guerre mis sus pour rendre sûre la navigation d'Oost, sur laquelle les pays

• POIITANUS. — SlICRTEMHORST.

* Commission du 30 juin 4536. Archives de r Audience, liasse 4445. ' Ordre du 46 juin. Bull, de la Comm. royale d'histoire, II, t63.

« Juin 1536. Compte d'Antoine de Berghes, ^ iiij n j. ^ Wagbnaar.

i5i RÈGNE DE GHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.

de par deçà étoienl fondés, pour assister le palatiD Frederick au secours de la ville de Copenhagben, et pour conserver ainsi la succession héréditaire de sa très-chiëre et très-amée niepce, dame Dorothée, princesse de Dennemaroque. • Elle avait conféré à cet amiral < plein pouvoir, auctorité et mandement spécial de promptement faire derechef arrester, eH incontinent préparer, équiper à la guerre le nombre de batteaulx nécessaire pour sûrement effectuer ledit secours de Coppenliaghen » Il lui fut enjoint c de se transporter à cet effet dans les pays de Brabant, Flandre, Hollande, Zélande,el ailleurs où besoin seroit, ou d'y envoyer ses commis, à reffel de retenir gens de bien, chefs et capitaines ydoines et qualifiés pour servir audit équippaige, ensemble le nombre de maronniers, pilotes, canonniers, matelots y requis, à tels gages, soldée et traitement qu il verroit convenir; de saisir, arrester, inventorier, lever hors des autres navires armés dans les ports et havres des Pays-Bas, les artilleries, poudre, boulets et munitions nécessaires'audit équippaige. > Les conseils proviih ciaux, les officiers du Bmbant, de la Flandre, de la Hollande, de la Zélande reçurent ordre de le seconder de tout leur j>ouvoir dans raccomplissement de sa charge '. Le nombre de vaisseaux fui fixé à « trente grosses navires et douze aultres plus petites % » et Ton déploya la plus grande activité dans les préparatifs de cet armement ^. Durant les mois de juin, de juillet, d août même, on ne cessa d'y travailler. Déjà Adolphe (le Bourgogne se trouvait à la tête de 3,000 matelots, de

' Lettres patentes du iO mai 1536. Compte d'Adrien Van don IlcelTekle, conseiller et receveur de Zélande, du payement des gages de l'équipage et des approNisionnementsdes navires destinés à l'expédition du Danemark, eo 4536. f" j ( n» 5<H05), aux Archives dn royaume.

' Autres lettres patenU»s du même jour. Ibnl.y f» j *".

• Wvi , f" V.

4,500 soldats ; il avait, outre les canons enlevés aux navires de villes et de particuliers, 182 pièces d'artillerie fournies par Malines, Anvers, Amsterdam, Stavoren, Enckhuizen ', et une grande quantité « do boulets de fer et de pierre, de hallebardes, de cuirasses, d'armes et de munitions de toute espèce ^, » lorsqu'il fallut renoncer à l'entreprise.

Christiern IH, voyant les bandes de Meynaert Van Ham bloquées dans Appingadam, Charles d'Egmont menacé dans ses propres états, la flotte d'Adolphe de Bourgogne prête à mettre à la voile, résolut de tenter à tout prix une diversion. Jusqu'alors il n'y avait pas eu d'hostilité directe entre ce prince et les Pays- Bas, et les deux parties se considéraient en apparence comme liées par le traité de Gand. Mais l'heure d'agir ouvertement était Venue; Copenhague réduite aux abois ne se soutenait que par l'espoir d'un prochain secours, et pour la réduire il fallait obtenir des succès dans les Pays-Bas. Pour y parvenir, Christiern détacha de son armée un corps de 3,000 hommes, qui se porta sur la Frise , afln de dégager Appingadam et de se joindre ensuite aux Gueldrois. Cette tentative était en effet de nature à compromettre la position des Impériaux ; mais George Schenck, averti de la marche des Danois, courut à leur rencontre, les surprit à Heiligerlée, les mit en déroute, et prit leur chef, Bredon de Rantzaw, avec un grand nombre de gentilshommes du Holstein et du Danemark (juillet 1536)^. Si brillante que fût cette victoire, la joie de Marie de Hongrie fut troublée par la nouvelle de la capitulation de Copenhague

' Compte de rartillerie et des munitions de guerre de ces navires (n» 26406), précité, f» viij-x »".

• Ibid.

'Lettre de Marie de Hongrie, juillet 4536. Correspondenz. U, 665. — M. Altmbybii, Le — Mallkt.

(39 juillet 1536), dont la chute anéantissait des espérances qu'elle avait si longtemps nourries.

La douleur de la régente ne fut sans doute point partagée par le peuple des Pays-Bas, qui entrevit dans cet événement une paix prochaine. En effet, CbrisUem III, rassuré désormais sur les projets de son compétiteur, ne s'inquiéta plus de son allié ni de ses auxiliaires. Après une valeureuse résistance, Meynaert Van Ham dut se rendre à discrétion (K septembre) et fut enfermé au château de Vilvorde avec son lieutenant, Berend de Hackvoort \ Le duc de Gueidre, isolé et sous rétreinte des Impériaux s*avancant par la Frise, le pa>-s d'Utrecht, la Hollande, le Brabant, chercha d'abord à détouno* Torage par quelque coup d'audace. Mais, après avoir écbooé dans une tentative de surprise sur Amersfoorl (19-13 s^ tembre), il fut réduit à se tenir sur la défensive, et toutes les villes de la Drenthe tombèrent au pouvoir de rennemi. Charles d'Egmont n'avait déployé dans cette lutte ni ractivité, ni l'énergie qui Pavaient naguère rendu si redoutable. L'iige, h la vérité, s'appesantissait sur lui, et le traité de Gorcum avait été falal à son influence et à son prestige. Abandonné par le roi de Danemark, sans espoir d'être secouru par François V, il désespéra bientôt d'une plus longue résisUrnee, et se résigna h demander la paix qu'il avait récemment repoussée. Ses onvertures trouvèrent un vif appui dans les états de Hollande, et en présence du* mécontentement provoqué par l'échec de Péronne, le gouvernement n'osa pas repousser leurs instances.

Le 7 octobre 1 53G, Marie de Hongrie demanda h Charleîi- Quint l'autorisation de traiter, « car, dit-elle, je crains que le peuple me voudra contraindre à faire paix , et il \'aut mieux

' Wace.war. — Lk Petit.

qu elle se fasse par vous '. » La raison était péremptoire, et, le 2 novembre, les ambassadeurs des Pays-Bas et de la Gueldre se réunirent à Grave ^ Quels que fussent les périls et les embarras de leur situation, les deux partis élevèrent d'abord d'exorbitantes prétentions; il fallut plus d*un mois pour aplanir les difficultés. Aux termes du traité conclu, le 10 décembre 1536 ^, le duc renonça en son nom et en celui des étals de Gueldre, à chaîne de réciprocité de la part de l'empereur, à toutes conventions et alliances préjudiciables ou hostiles à ce prince et à ses sujets ; à tous droits et prétentions sur la ville et seigneurie de Groningue, sur les Ommelandes, le Dam, Delfzyl, Wedde, West-Woldingesland, Coeverden, Binckhorst, Diepenheim, la Drenthe et ses appendances. De ce chef, il lui était accordé une pension annuelle de 20,000 florins, outre 3S,000 florins payables dans les six mois. Charles-Quint s'engagea à lui donner, dans l'année, l'investiture du duché de Gueldre et du comté de Zutphen, et à ne plus prendre, du vivant du duc et de ses descendants directs, le litre de souverain de ces états. Seulement, il en restait héritier, si Charles d'Egmont décédait sans postérité légitime. Le traité, terminant aussi la querelle des gens de guerre du duc avec Utrecht , fixa l'indemnité qui leur était due, à 20,000 florins payables par l'empereur. Les relations étaient rétablies entre les sujets des deux princes ; les habitants d'Utrecht réintégrés dans la jouissance des biens qu'ils possédaient dans les domaines du duc, et les habitants

• Correspondent, H, 667.

» Cétaient, d'une part, le comte de Buren, le seigneur de Corbaron, Philippe Nigri, Louis Van Scbore; de Tautre, le comte d*Eml)den, Jean de Viressen secrétaire de Charles d*Egmont, Joos Van Swietten. amman deTiel.

* Heg. Aert Van der Goes.

156 RÉGNE DE GHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.

(le Zwol maintenus dans le droit de naviguer sur FYssel. Quant aux autres différends et aux questions de péage, d*impôts, de juridiction, ils étaient remis à la décision des juges ordinaires. Des deux côtés, les prisonniers de guerre furent relâchés sans rançon, à moins de conventions particulières conclues antérieurement au traité. On y comprit, comme amis et alliés de Tempereur, les évéques de Cologne, de Liège, de Munster, les comtes d'Oldenbourg, d'Overembden , de Tecklenburg, les dames de Jever, leurs pays, villes, terres, seigneuries et sujets; du côté du duc, le même comte de Tecklenburg et de Linden, Balthazar d*£esen et de Wirtmont, leurs terres et sujets. Il fut stipulé que le traité serait publié, sur les frontières respectives dans les huit jours, et dans les autres parties du pays dans les quinze jours. La ratification du due, contre-signée et scellée par trois barons, trois chevaliers, quatre cbefs-villes de la Gueldre et de Zutphen , devait être délivrée dans les six semaines de la publication ; celle de la reine de Hongrie, contre-signée et scellée par trois chevaliers de la Toison d'or, trois barons, quatre villes du Brabant, deux villes de la Hollande, dans le mois suivant la ratificatioa du duc ; enfin , celle de Tempereur, dans les huit mois de la publication \

Ce traité, qui couronnait Toeuvre de la paix dé Gorcum, fut publié sur les frontières des Pays-Bas, le 16 -, et à Bruxelles, le 20 décembre \ Mais, quand Charles d'Egmont vit la régente obligée de licencier une partie de ses armées, et les Français près de prendre l'offensive, il hésita à le ratifier ot demanda un délai. 11 était impossible de se méprendre sur

• Héperi. des Plac. de ffollande, 34. — Le Petit. — Wagenaar. ' Compte d'Antoine de Berghes, f» Ixiiij »•. ^ Le Petit.

ses intentions, et Marie de Hongrie recommanda aussitôt h ses généraux de se tenir en garde contre toute surprise ; eu même temps elle prévint le duc qu'elle ne lui restituerait aucune place, avant d être assurée de sa fidélité h remplir ses engagements '. Convaincu enfin que la France était impuissante à relever sa fortune, il se résigna à jurer le traité et envoya des ambassadeurs à Bruxelles pour recevoir le serment de la reine-. Charles-Quint, de son côté, ne se pressa pas de donner sa ratification , et, le 1 1 juillet 1 537 , il enjoignit même à sa sœur de « temporiser et riens rendre '. » Il finit néanmoins par sanctionner un acte qui annexait définitivement deux nouvelles provinces (la seigneurie de Groningue et la Drenthe) à ses vastes étals, et, par lettres du î " août 1 338, Marie de Hongrie prescrivit aux cours de justice d'ajouter aux titres de fempereur c^lui de seigneur de Groningue *.

Charles-Quint montra plus d'empressement à traiter avec le Danemark, qu'il craignait de voir entrer dans une coalition avec la France, l'Angleterre et fÉcosse *. Au mois d'octobre 1536, il écrivit à sa sœur que la prise de Copenhague et fappui donné à Christiern III, par les princes protestants, rendraient « Irès-diflTicile le recouvrement de ce royaume pour sa nièce. Avec ce que icellui royaume étoit de peu de profit,' et, qui pis est, électif, » il estimait qu'il fallait s'en tenir à un bon accommodement. Toutefois, comme cette question intéressait surtout les Pays-Bas, il en laissa la so-

' LeUredu 28 février 4537. Correspondenz, II, 669.

* Ces ambassadeurs gueldrois furent logés à Tauberge dite le Chameau, et hébergés aux frais du gouvernement, qui paya de ce chef à Thôtesse 98 livres 6 sols. Comptes de la recette générale (n« 234i).

* Lettre du 40 juillet 4537. Correspondenz, II, 678. « M. Gachard, Doc. inéd., I, 304.

* Mallet, 1. c.

lution à la reine et à son conseil ^ Marie de Hongrie ne Ait point aussi prompte à renoncer à ses illuaons ; elle docueiliît même assez mal les députés de Christiem III yenas, après la prise de Copenhague, pour lui proposer le renouvelleroent du traité de Gand. Il fallut- bientôt pourtant reconnaître le peu de sympathies que rencontrait la cause du palatin et rimpossibilité d'obtenir pour elle le concours des Pays-Bas. On avait dû désarmer la flotte, licencier une partie des troupes ^, et il ne pouvait plus être question de nouveaux armements. D'autres périls étaient nés, et la princesse, voyant le duc de Holstein occuper le Danemark, interdire la navigation du Nord aux marchands des Pays-Bas, et mettre l'embargo sur plus de cinquante navires hollandais, se montra disposée à conclure une trêve, en attendant qu'un traité réglât les différends. D'ailleurs il n'y avait plus rien à espérer du palatin, à qui il devenait impossible de donner des secours suffisants ^

Les n^ocralions préliminaires eurent lieu à Hambourg \ pendant que le comte d'Hoogstraeten, de concert avec le conseil de Hollande, les états et les principaux commerçante^, discutait les conditions qu'il s'agissait d'obtenir dans l'intérêt des Pays-Bas \ Marie de Hongrie voyait le Danemark aspirer h la paix non moins vivement que c^s provinces: elle savait que Christiern III, instruit par l'expérience à ne guère compter sur les promesses de François P% avait décliné ses propositions, ainsi que celles de l'Angleterre et de

' Instructions données à MathiasHeld. Correspondenz, II, 268. ■ Lettre de cette princesse, sans date. !bid. , 665. ' Lettre du 42 février 1537. Ibid., II, 273.

^ Marie de Hongrie y envoya George d'Esplechin. Comptes de la recette générale (n« 23i3).

* lettre du 12 février, précitée

FÉcosse ', et elle voulut conserver jusqu'au bout une position menaçante. Ainsi, le 2 avril 1K37, alors que tout annonçait déjà une conclusion prochaine, elle donna Tordre à George Schenck de lever 3,000 hommes, « pour aider le palatin par terre ou par mer ^. » Heureusement que cette malencontreuse démonstration n'eut pas de suite, et que Ton convint de terminer à Bruxelles les négociations commencées à Hambourg.

Les ambassadeurs danois furent reçus avec de grands honneurs ; les magistrats d'Anvers et de Bruxelles leur offrirent des tonneaux de vin blanc ', et lors de leur entrée dans cette dernière ville, ils furent complimentés, au nom de la reine, par l'archevêque de Palerme, les comtes d'Hoogstraeten , de Buren, George Schenck et le docteur Mulart, chargés par la princesse de traiter au nom de l'empereur ^. Les conférences s'ouvrirent aussitôt, et huit jours après (3 mai 1537), ftit signé le traité connu sous le nom de Trêve de Bruxellas. Chriàtiern HI et le gouvernement des Pays-Bas se promirent paix et amitié pour un terme de trois ans, garantirent réciproquement la libre navigation, accordèrent mainlevée de toutes les saisies de navires effectuées de part et d'autre, depuis le 1*' février. Les parties lésées furent admises h porter leurs réclamations devant un tribunal à établir, dans les troLS mois, à Hambourg; il. devait se com-

* Mallet, i. c, 340.

* Archives de l'Audience. Reg. 97, f» 38.

* Melchior de Rantzaw, chef de Tambassade danoise, fut logé à Bruxelles. chez uu bourgeois de cette ville Dommé Jean Van Laethem, à qui Marie de Hongrie 6t payer de ce chef une indemnité de U4 livres. Compte de la recette générale, 1. c.

* M. Altmeyer, 1. c, et Trêve de Bruxelles. Messager des sciences historiques. 1842. 4U et suivantes.

IdO HÊGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

poser de quatre arbitres choisis par les demandeurs et par les défendeurs, et pouvait, en cas de partage de voix, s'adjoindre un assesseur pris dans le conseil de cette ville. Tous les dommages reconnus et taxés par ce tribunal étaient payables dans les trois mois, en espèces ou en marchandises. Ghristiern s'engagea, en outre, à n'assister en aucune façon les ennemis de l'empereur ; il se réserva seulement la faculté de soutenir l'électeur de Saxe, le duc Ernest de Lunebourg, le grand maître de l'ordre Teutonique, le landgrave de Hesse, le comte Wolfgang d'Ânhalt, Albert et Ëverard de Mansfeld, s'ils étaient attaqués les premiers. Une amnistie générale fut stipulée au sujet du siège de Copenhague. Henri et Albert de Mecklembourg, Christophe d'Oldenbourg, le roi de Suède et le grand maître de Prusse furent admis à adhérer au traité, et toutes les contestations auxquelles il pouvait donner lieu, furent renvoyées à l'arbitrage de l'évêque de Munster, du duc Ernest de Lunebourg et de la ville de Brunswick. Enfin, la trêve devait être publiée dans les trois semaines, ratifiée par le roi dans les quatre mois, et par l'empereur dans les six moisV

Le 12 mai 1537, Marie de Hongrie prescrivit la publication du traité-, et elle se fit, le 15, à Bruxelles, avec une grande solennité \ Partout on l'accueillit avec une entière satisfaction, justifiée par les heureux résultats qu'il produisit sur-le-champ. Le seigle descendit de 36 à 16 florins; les prix du goudron, de la poix, de la potasse, des cendres, des sapins et de tous les produits du Nord, diminuèrent dans la

• Répert, des Plac. de Hollande, 34-35. — M. Altmeyer, Histoire des relations commerciales.

• Compte d'A. de Berghes (ii« 45244). f» xxxv '«.

• Voir M. Altmeyer, 1. c.

même proportion '. La reine offrit des présents aux envoyés danois, ainsi qu'au bourgmestre et au secrétaire de Hambourg qui avaient pris une grande part aux négociations ^. Elle pria avec instances son frère de ratifier le traité sans y rien changer, attendu que, sans cette trêve, la Hollande, la Frise , fOveryssel , Groningue seraient complètement ruinées*. Charles-Quint acquiesça sans peine à sa demande, et, le 31 mai, il lui envoya son approbation.

Restait à satisfaire aux prétentions des aventuriers armés contre Christiern III. Marie de Hongrie indemnisa Christophe d'Oldenbourg et le duc de Mecklembourg des frais de leur entreprise, et engagea le premier au service des Pays-Bas *; mais il fut plus difficile de s'entendre avec leurs soldats. Après la capitulation de Copenhague, ceux-ci s'étant portés sur rOoslfrise, inquiétèrent bientôt les frontières des Pays- Bas, et réclamèrent avec menaces leur solde arriérée et Texécution des promesses des agents de la reine. Ces réclamations étaient légitimes; pour y mettre fin, la princesse emprunta de l'argent et prit à son service les bandes qu elle ne pouvait payer *. De nouveaux dangers résultèrent de celte mesure. Le palatin Frédéric, qui n'était pas compris dans la trêve de Bruxelles, avait obtenu de Charles-Quint une indemnité pour ses armements^; encouragé, paraît-il, par

* M. Altmever. 1. c — Die nieutve Chronycke van hrabandt. — Le Petit, VII, Uk.

■ Comptes de la recette générale, 1. c.

* LeUredu Î9 mai 4537. Correspondenz, II, 276.

* Archives de la secrétairerie d'état allemande. — Cet arrangement fut amené par 800 « serviteur Louis Dabe, » à qui cette princesse accorda, par lettres du 45 juin 4537, une gratification de 200 livres, pour « l'adresse qu'il avoit mise en faisant Tappoinctement avec ledit compte. » Compte de la recette générale, 1. c.

* Ibid. — M. Altmever. 1. c.

* • En deniers paiez au duc Frederick palatin, en tant moings de vingt -cinq

t6i RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE. ^

Marie de Hongrie, et assuré de Tappui de qudques princes allemands, il résolut tout à coup de tenter de nouveau la fortune. Un aventurier nommé Oubelacher rallia une partie des anciens soldats de Christophe d*01denbourg cantonnés dans rOveryssel, en recruta d'autres et envahit le pays de Rei^, d*où il comptait se porter sur le Holstein; mais cette armée, qui signalait son passage par d'efTroyables excès, fiit dispersée par les ducs de Gueidre et de Juliers. Son chef fût pris, et la torture lui arracha la révélation des proj^ du palatin. Cbristiern III sut ainsi la part qu'y avait prise Marie de Hongrie, et il lui en garda une profonde rancune \ Quant aux débris des bandes d*Oubelacher, ils se rejetèrent sur rOver^'ssel et la Frise, où George Schenck les tailla en pièces l

Tel fut le dénoùment de tant d'intrigues et de projets. Toutes les tentatives de restauration en Danemark aboutirent k affermir Cbristiern III sur son trône, et ce fut dans les Pays- Bas que Charles-Quint trouva Taccroissement de puissance qu'on lui cherchait au Nord. — Peu de temps avant l'incorporation de la seigneurie de Groningue à ces provinces, rempereur avait donné une force nouvelle à Tautorité temporelle qu il avait acquise dans l'évéché d'Ulrechl. A la mort de Guillaume d'Enckevoort, successeur de Henri de Bavière (1533), ce prince conclut un concordat qui lui conféra la présentation. En vertu de cet acte, que le pape confirma, le candidat de

rail livres que icellui seigneur empereur, par ses lettres patentes du v« de septembre XV « trente-six, luy a voit accordez en récompense des frais et despens par luy desboursez pour le secours de la ville de Coppenhaghe, et ce oultre et par-dessus trente mil semblables livres quesadite magesté luy avoit ordonné. • Compte de J . Micault { n« 4 889 ) .

■ Mallet. VI, 344. — M. Choppis. 1. ( — M. Altmever, 1. c, 414413. 416.

" M. Altmever, 1. c.

TRAITÉ DE GRAVE. - TRÊVE DE BRUXELLES, UV,i

Tempereur (l'abbé de Sainl-Ainand, George d'Egmonl, fils du (X)nite Jean) fut nommé évéque par les chanoines, et reconnu par la cour de Rome *. De ce moment, les prélats d*Utrecht se trouvèrent- dans la dépendance complète du souverain des Pays-Bas; pour mieux se les attacher encore, il eut soin de leur allouer de fortes pensions ^. Cette convention fut suivie d*un décret du 17 avril 1534, qui régla définitivement la constitution politique , administrative et judiciaire de la seigneurie d'Utrecht et de TOveryssel \

' George d'Egmont, alors à Malincs, accepta l'évéché le 24 décembre 4534.

AZEVEDO

• ■ Février 4536. Ordonnance au receveur de Zeelande, de payer à monsieur d'Utrecht les ij >" florins de sa pension, à cause de son esveché dudil Utrecht. >• Reg. aux dép. et mand. des finances (n« 20734). f» ij.

' Dr Mont, IV, 2* partie, 440. — Plac. de Hollande, HI, 21 .

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