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CHAPITRE XXV

Le grand conflit qui éclata entre la vieille commune des Van Arteveide et le puissant empereur, a été si diversement jugé, qu'il importe, dans Tintérêt de la vérité et de la justice, d'exposer, avec tous leurs détails, les faits et les pièc^ de ce procès.

La Flandre ' n'avait pas, comme le Brabant, un code politique écrit. Chaque ville, chaque chàtellenie jouissait de privilèges spéciaux; le souverain, à son avènement, jurait « de les garder et de les faire garder ; » le peuple subordonnait son obéissance à la fidélité mise par le prince à les conserver et à se montrer « droicturier seigneur *. » Ce comté avait , comme

' Ob sait que la Flandre était bi-membre : une partie, relevant de la couronne de France, constituait un fief « royalement tenu (c'était le comté de Flandre, qui devint souveraineté de Flandre^ par suite des traités de Madrid, de Cambrai et de Crespy) ; » Taulre partie (comprenant les pays d'Alost, de Bomhem, de Termonde, de Waes, et les Quatre Métiers : Hulst, Axel , Assenede et Bouchaute, et appelée la principauté ou seigneurie de Flandre) relevait de Tempire. Il y avait encore la Flandre allodiaie, formée de quelques seigneuries. — La Flandre royale et la Flandre impériale ne se trouvaient pas dans des conditions d'infériorité Tune envers l'autre, et de la connexitéde leurs intérêts résulta une union intime qui donna naissance à la généralité de ta Flandre.

* Voir le texte des serments des comtes de Flandre et de la commune gantoise. WiBLANDT, Antiquités de la Flandre (Chroniques de Flandre, Alitées par M. Dbsvbt, I).

les autres provinces belgiques, une assemblée des états participant au pouvoir législatif, et un conseil de justice jugeant souverainement au criminel, et, sauf pourvoi devant le grand conseil de Malines, au civil. Ces deux corps constituaient en quelque sorte la garantie de toutes les libertés particulières.

Les états étaient composés, dans le principe, de nobles et de prélats, et porUaient le nom de parlement. Au commencement du XIII* siècle , les représentants des communes furent appelés à prendre part h la délibération des afihires publiques, moins à la vérité pour délibérer que pour donner caution; plus tard encore, on voit les communes taillables et imposables à merci. Sous le règne de Gui de Dampierre, sS fécond en troubles et en guerres, elles conquirent le droit de voter de subsides et les tailles ; bientôt après disparurent, des accords de subsides, les nobles et le clergé, qui étaient exempts de ces charges. De 1 3 1 6 à 1 460, dans les actes de cette espèce, les communes seules figurent, et sont généralement représentées par les quatre membres ou quartiers de Flandre : Gand, Bruges, Ypres et le Franc. L'introduction de troupes permanentes ayant rendu moins fréquents les appels de la noblesse sous les armes, on trouva raisonnable de ne plus l'exempter des charges publiques, et on l'obligea, ainsi que le clergé, à contribuer pécuniairement h la défense du pays. Dès lors il fallut le consentement de ces deux ordres au vote des aides, et ils furent rappelés aux états en 1518; mais, à l'exemple des petites villes du plat pays, ils confièrent Texécution de leurs résolutions et l'administration des affaires des aides aux quatre membres, comme aux communautés les plas considérables et les plus intéressées a éviter les frais. On en vint ainsi h confondre les étals avec les membres oui,

dans l'origine, avaient un caractère exclusivement militaire*.

Pour rintelligence des événements, il importe de connaître l'organisation communale de Gand, œuvre que consacra le génie de Van Artevelde en forçant ses ennemis mêmes h la respecter. La commune était divisée en trois tribus ou membres : la bourgeoisie ou poorterye, les métiers, et les tisserands en laine. — La bourgeoisie était représentée dans le corps échevinal par un haut doyen, de droit premier échevin. Elle s'assemblait en différents carrefours de la ville. Le hoofdman de la section présidait l'assemblée, recueillait les voix, formulait la décision. Ensuite tous les députés des quartiers se rendaient à l'assemblée générale de la bourgeoisie, présidée par le haut doyen, pour rapporter l'avis de leurs commettants. Le haut doyen dépouillait les suffrages, et la majorité des sections formait l'opinion générale, que rédigeait le pensionnaire du membre. — Les métiers, au nombre de 52. étaient divisés en autant de sections ayant chacune son doyen assisté de plusieurs jurés. Us délibéraient dans leurs maisons respectives et votaient séparément sur les propositions du gouvernement ou du magistrat. Leurs avis étaient lus en assemblée générale, et de la majorité des suffrages sortait l'opinion , qui était formulée par leur pensionnaire. — Les tisserands, divisés en plusieurs sections ayant chacune sa maison, procédaient de la même manière. — Après ces opérations préliminaires, le magistrat fixait le jour de la réunion des trois membres. Cette assemblée, nommée Collace, était présidée par le grand bailli, officier du souverain. Les députés

■ Od sait qu'en 1343 le célèbre Jacques Van Artevelde avait divisé la Flandre flamiDgante en trois membres, cercles ou quartiers, sous Tautorité des vyies de Gand, Bruges et Tpres.

^^à RÈGNE DE GHAULESQUINT EN BELGIQUE.

des trois membres y rapportaient les votes de leurs commettants; les réclamations étaient examinées et discutées, et le président proclamait Tavis réunissant la majorité des opinions.

Le magistrat, corps exécutif de la commune, était formé de 26 échevins divisés en deux bancs : les échevins du haut banc ou du banc, dits de la keure, chargés de l'administratioo de la justice, des finances et des biens de la ville; les échemns desparclums connaissant des successions, des partages et des biens pupillaires. L*élection des échevins avait lieu tous les ans, le 1 5 août, par des commissaires nommés moitié par le souverain, moitié par le magistrat; ces commissaires désignaient 26 candidats entre lesquels le prince chcûsissait 1 5 échevins dti banc, et i 3 échevins des parchons. L'organisation première de ce corps remontait à Philippe le Bel ; mais elle avait été modifiée dans son essence, par la formation des trois membres de la commune. Les échevins furent choisis depuis lors dans la proportion suivante pour chaque banc : 3 membres de la bourgeoisie, 5 membres des métiers et 5 membres des tisserands.

Les troubles dont la Flandre avait été le sanglant théâtre îiu w" siècle ; la haine de Maximilien, qui n*avait rien négligé pour ruiner Bruges, comme si cette ruine eût effacé le souvenir de sa honte et de son parjure; des guerres désastreuses; Tensablement des côtes ; la concurrence de l'Angleterre et de la Hollande; enfin, la révolution commerciale qui élevait la fortune d'Anvers, avaient porté de terribles coups à la prospérité de ce comté, naguère si riche et si puissant. Depuis que les laines d'Angleterre avaient c^ssé d y arriver, beaucoup de fabriques chômaient, des milliers de métiers restaient inactifs, les campagnes étaient en proie au brigandage, et pendant

que la source de prospérité tarissait, que la misère se montrait sous toutes ses faces, les charges de la nation augmentaient dans d'énormes proportions.

Dans Tespoir d*un meilleur avenir, qu'inspire toujours un nouveau règne, à Tavénement de Charles-Quint les trois étals et les quatre membres de Flandre lui avaient libéralement accordé « une aide de 200,000 écus de 48 gros, pour don de réception à la seigneurie d'icellui pays. » Mais cet espoir s'était bien t<it évanoui ; Factedu 11 avril 1515 avait étouffé les sympathies du peuple qui avait entouré le berceau du jeune prince de ses acclamations. Lorsque, peu de temps après, il demanda de nouvelles aides, destinées à acheter les voix des électeurs de l'empire, le mécontentement se manifesta par des propos séditieux, et des troubles éclatèrent dans plusieurs cantons de la Flandre. Ce mécontentement s'était surtout déclaré en 1524 et 1525, alors que la levée des impôts avait excité des mouvements tumultueux dans toutes les provinces, et les mesures arbitraires, qui avaient vaincu les résistances du clergé de la Flandre et des Gantois, avaient achevé d'aigrir les esprits V Or, si à cette époque déjà le fardeau des charges publiques avait paru écrasant, quel devait être l'état de l'opinion après que la seule ville de Gand eut payé, depuis 1515, plus de 6,000,000 de carolus d'or*? Aussi le gouvernement ne se méprit-il point sur l'accueil fait à ses dernières propositions; il y vit sur-le-champ l'intention de résistances sérieuses à toute nouvelle demande d'aides extraordinaires.

Aux yeux de Marie de Hongrie, c'étaient « aulcuns mauvais

• Poir chapitres VI et XI.

' Inventaire des titres et documents produits p«'ir les Gantois contre le procureur général de Tempereur, 1* M. Appendice à la Belation des troubles de Gimd, éditée, avec beaucoup de soins et de talent, par M. Gachaed, 354.

134 RÈGNE DE CHaHLES-QUINT EN BELGIQUE.

esprits » qui fomentaient ropposilion * ; elle avait prévena son frère qu elle avait « les noms de ceux qui étoient tes pires, et dont il seroit fait mémoire en temps et lieu *. » Quant à Cbarles-Quint , il n*attacha pas grande importance (l'abord au refus des Gantois; il Tattribua même aux nobles et aux prélats du Brabant, aloi's en discussion avec la r^nte au sujet de leui^s immunités, et lorsque cette princesse le détrompa, il lui enjoignit de temporiser, c mais de noter bien les principaux'. » Ces projets de vengeance, il importait alors de les tenir cachés, car déjà les émeutes signalaient lirritation des esprits \ Dun autre côté, si Gand n'était plus la fière commune qui avait tenu en échec toutes les forces de Philippe le Bon et de Maximilien , c'était encore c la bdle triomphante ville » qui excita fadmiration de Froissart et jeta tant d'éclat sur nos annales ^ Moins éprouvée que Bruges, elle n'avait pas vu sa prospérité industrielle entièrement déchue; elle n'avait pas perdu ses vertus guerrières, sa nombreuse population ®, et, en présence de l'hostihté de la France,

' Lettre du 1" mai 4536. Correspondem, II, 660.

' Lettre du 25 juillet 1536. Ibid., 665.

' Lettre du 10 septembre 1536. Ibid., 666

^ «« I)e Jehan de Clercq, lequel fut mis es prisons d*Alosi, à cause qu'il s'aToil avanché, avecq aullres ses complices, de prendre par force, hors les mains du bailly et aultres officiers de l'empereur, ung prisonnier coulpable de délictz capitaux ; et, après procès ordinaire, fut condempné par la loy d'Alost, pardessus certaine amende honnorable et par-dessus l karolus, pour faire uoe verrière armoyée des armes de l'empereur, de payer au proufBt de Tempereur la somme de iiij »« karolus pour ce, au prouffit dudit empereur notre sire, c et vj livres xiij sols iiij deniers. » Compte de Gérard du Bosch, de 1536 (n» 13568), f" iij. — « De Lievin de Gheytere, lequel estoit complice dudil Jehan de Clercq (môme peine). « Ibid.

^ Voir la description de Gand dans la Belation des troubles, précitée, 72.

*• Un contemporain, cité par Davity, rapporte que vers l'époque de la naissance de Charles-Quint, on compta dans la paroisse de Saint-Michel, une d»

TROlBL£â DE LA FLANDRE. - REFUS DE LAIDE i39

il eùl été dangereux d'y provoquer un mouvement insurrectionnel.

D'ailleurs Topposition dont on voulait châtier les instigateurs, était-elle factieuse? Aucun acte, excepté la charte générale octroyée à la Flandre, en 1477, par Marie de Bourgc^e, et qu'on ne doit pas confondre avec le privilège particulier accordé, sous la même date, à la ville de Gand, nélablit qu'il fallût, dans les états de Flandre, l'unanimité des suffVages, pour obtenir un consentement légal, ainsi que cela avait lieu dans le Brabant, où non-seulement l'opposition d'un membre, mais même celle d'une partie de ce membre annulait le consentement des autres. C'est de cette lacune que le gouvernement avait tiré parti dans le conflit de 1539. Cependant la question , au point de vue constitutionnel, ne parait pas indécise, et, dans le principe, ni Charles -Quint, ni la reine ne contestèrent la légalité du refus de l'aide. Quand cette contestation s'éleva, les Gantois invoquèrent des chartes des comtes Gui de Dampierre (1296) et Louis de Nevers (1324), et la charte générale accordée à la Flandre le 11 février 1477 par Marie de Bourgogne \ en vertu desquelles on

sept paroisses de Gand, 35,000 communiants. Additions à Guicciardin. — m Gand, dit l'ambassadeur vénitien Gaspard Contarini, est une ville trèsgrande et très-populeuse; il règne un rare esprit d'union entre ses habitants, qui plus d'une fois ont fait beaucoup de nouveautés en Flandre. » Relation de 4525, l. c. — « Il ne faut pas admirer seulement dans la ville de Gand ses édifices et ses monuments, s'écrie un autre contemporain, il faut louer bien plus son administration et son gouvernement, où elle n'est pas inférieure à Sparte, l'honneur de la Grèce. Personne ne contribua plus à lui en assurer le bienfait que l'intrépide et chevaleresque Jacques Van Artevelde. i» Van Vabr- NiWYCK, Historié van Belffis, IV, 57.

' CeUe charte générale, que le gouvernement prétendait confondre avec le privilège spécial accordé, la même année, à la commune gantoise, et abrogé en 4485, portait: a Dat men voortaen 't voorseyde land van Vlaenderen niet en belaste, in wat manière bet zy, dan by eendrachtighen consente van den

i36 BÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

ne pouvait ni les imposer sans leur consentement , atleodu qu*ils n étaient pas liés par le vote des autres membres du c^mté, ni exiger t des inhabitans et circonvoisins de leur iîhàtellenie, impôts, exactions, corvées, molestations et autres Unilles, réservé tant seulement les cbai^es et tailles, èsqueUes ladite ville de Gand estoit obligée '. » Le gouvernement s'appuya sur la paix de Cadzant (août 1493) et sur l'acte do H avril 1515 prescrivant robser\ation de ce traité. Or, la paix de Cadzant, qui avait « confirmé ausdicts de Gand t^us les privilèges par ci-devant donnez et accordez, avec tous leurs droiz, coustumes et usaiges, » sous des réserves étrangères h Tobjet en litige, pas plus que les traités de 1485, 1488 et 1489, n'avaient infirmé les chartes invoquées. Toute la conduite du gouvernement prouvera qu'il en était convaincu lui-même. En 1525, Marguerite d'Autriche n'avait-elle pas reconnu « qu'il ne s'étoil jamais vu que les Gantois eoss(»nt payé, s'ils n'avoient accordé? »D'un autre côté, en 1536, à l'appui de sa demande d'aide, on avait « exhibé certaine (M)pie de romonstrance et ouverture, en date du 7 avril 1535 avant Pasques, par laquelle avoit esté donné à congnoistre la pnjmesse de rimpérialo Majesté, de rien demander ui (^xigier d'icelluy son pays de Flandres durant les six années (les payemens de ceste aide -. » Les prétentions du gouve^ nement constituaient donc une infraction aux privilèges et une violation de promesse.

Les dispositions de la commune gantoise, en présence

(lis leilon \an den sclvc lande, son<ler dat den meenslen roenigte van den selvon leden, de minsle verbinden of vervanghen menghe. «Archives de la ville de Gand, n" 538, cil. de M. Ch. Stkir. Mémoire sur les trotdtle^de Gand,iî9.

' Sentence de Charles-(Juint, du 30 avril 4540. Appendice précité, 370.

' Inventaire des titres produits par les Gantois, !• 0.

d*éxigences de plus en plus exorbitantes, s*étaient nettement manifestées dans rassemblée des états généraux du mois d'octobre 1536. Ses magistrats, disait-on, n'avaient même pas c osé faire ouverture de la matière audit Gand, et s'étoient fait représenter seulement par un échevin et le pensionnaire venus à Bruxelles pour autre affaire, et non pour la matière d'impotz, comme eulx-mesmes disoient'. • Tous les moyens employés pour triompher de cette passive opposition avaient échoué, et les Gantois étaient si persuadés qu'on les trompait en leur demandant de l'argent pour repousser l'ennemi, que même après la prise de Hesdin, plusieurs refusaient encore de croire à l'imminence du danger *. Lorsque les états de Brabant proposèrent alors d'accorder une aide de 1,200,000 florins, les députés de la Flandre répondirent « n'avoir chai^ que d'ouïr la demande de la reine et de la rapporter à leurs principaux * ; » puis, après le vote favorable de Bruges, d'Ypres et du Franc (13 avril 1537) *, la question fut débattue à Gand dans la coliace qui se tint le 14. Chaque membre de la commune, dans ses délibérations particulières, avait résolu, paraît-il, de prier la reine d'ajourner sa pétition. Les échevins des deux bancs et les deux doyens persistèrent dans cette résolution ; mais les poorters insistèrent pour le rejet, et ils furent appuyés par les métiers et par les tisserands. Ceux-ci toutefois ne repoussèrent pas, à l'exemple de la bourgeoisie, la demande d'une manière péremptoire et absolue; ils proposèrent, ainsi qu'ils l'avaient déjh fait en 1536,

■ M. Gachàrd, Des Assemblées nationales*

* « Relation de ce qui a été fait et dit à Gand par le conseiller de Scbore. » Appendice précité, 24 i .

'M. Gachard, 1. c.

4 Exposé des trois états du pays et comté de Flandre (par Zaman).

d*oifrir des combattants au lieu de l*argent réclamé ' : les métiers proposant de se mettre en campagne < comme sujets bienveillans et par corps avec tous ceux qui y étoient attachés, de déployer leur étendard et de payer leurs propres hommes, selon le transport d'après l'ancienne coutume; sinon, non ; » les tisserands, « de soutenir, en cas de grand danger, l'impériale majesté avec des hommes du pays de Flandre et de les payer également selon l'ancien transport *. » Après de vives discussions, cette dernière proposition Ait adoptée par la coUace. Il fut décidé que « sy avant que l'impériale majesté, leur naturel seigneur et prince, avoit affaire et lui étoit besoing de gens de guerre de son pays de Flandres contre le roy de France son ennemy, et pour la défense et tuition dodict pays, offroient et présentoient à Sa Majesté de volontairement l'assister avecq gens de guerre dudit pays, tout selon Tanchien transport et coustume anciennement observé, et de payer iceulx gens, et non aultremenl, considéré la povreté da temps, la petite négociation, aussy les grosses charges des nydes précedentas et d'aultres encore courantes *. »

Cette décision fut portée à Bruxelles, le 17 avril, parles «Vhevins Renier Van Huffel, Jacques Van Melle, Jean Van den

' Appendice préoilé, 662-566. — Mémoires de Jean (Vllollander.

' Appendice précité, 578.

' Instructions données aux députés envoyés à la reine, 16 avril 1537. tbid.. 5i9. — Par l'ancien transport et TancieDDe coutume, k»s Gantois entendaient l(* mode qui avait généralement été suivi depuis 1322, alors que, sous Louis de (Irécy, les villes et châiellenies du quartier de Gand avaient été obligées de participer, en argent et en hommes, au contingent qu'elle fournit à l'armée flamande, et de ranger leurs milices sous le grand étendard de la commune ^ntoise. Ibid., 562-566.

Cette offre mettait à la charge de la commune l'obligation d'armer a se^ frais et d'entretenir aussi longtemps que durerait la guerre» autant d'hommes (larmes que le prescrivaient les ordonnances sur les milices. M. Stèle. I. c.

Eeckhaute, le grand doyen Lievin Pyn, et le pensionnaire maître Jean Baerl^ Ils y trouvèrent les députés des villes et châtellenies du quartier de Gand^, et se réunirent avec eux, le lendemain, à huit heures du matin, dans le grand réfectoire des frères prêcheurs. D*après le rapport officiel, adressé à la commune gantoise, Jean Baert exposa la décision de la collace; puis le pensionnaire de Courtrai, maître Corneille Roose, résuma les opinions des châtellenies. Vu Turgence et la nécessité de défendre les frontières, celles-ci, en général, consentaient à accorder Taide pour un terme de six mois, sous la condition de comprendre Lille, Douai, Orchies, Tournai et le Tournaisis, dans la part attribuée à la Flandre, et de ne la payer que pour le temps de la guerre, si les hostilités cessaient d*une manière quelconque avant Texpiration de ce terme. Elles demandaient que la levée et le payement des deniers eussent lieu par des délégués des états, tenus de leur en rendre compte; que la reine fit battre le tambour dans chaque quartier, pour enrôler les hommes de bonne volonté, « et que ceux du pays fussent préférés avant estrangiers. » Enfln, comme il leur était imposable de se procurer immédiatement de fargent par des contributions ordinaires, elles réclamaient des octrois leur permettant de vendre des rentes héritables et viagères jusqu'à concurrence de leur quote-part, et la fhcullé d'établir, après la guerre, tels impôts qu'elles jugeraient convenir pour le rachat de ces rentes. Les députés de Ninove et du pays de Waes, auxquels se joignirent ensuite ceux de la châtellenie de Courtrai, ne s'étaient point ralliés h cette

' lyHOLLANDBR, 49.

» m Assavoir ceulx de la ville et chaslellenie de Courlray. d'Audenaerde, des villes et pays d*Alost et Grammont, de la ville et terroir de Termonde, de Ninove et du pays de Waes. • Ibid.

âiO RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

opinion ; « veu qu'ils étoient chargez de multitude de peuple enclins et suiTisans h la guerre, » ils offraient, comme ceux de Gand, de substituer à Taide un contingent militaire et de pourvoir à son entretien. Après la lecture de ce rapport, quelques députés proposèrent de se plaindre à la reine des exactions des receveurs du domaine et du mode récemment adopté d'envoyer en Flandre des édits et des ordonnances en langue française ; mais, sur l'observation du pensionnaire de Gand qu'il était inopportun de s'occuper de ces affaires, Texamen de la motion fut ajourné'.

On discuta ensuite la question principale, et l'influence de la métropole modifia les votes de la plupart des châtellenies. Le député d'Axel, Jean Crabbe, refusa de signer le projet de proposition première ; ceux d'Alost et de Grammont annoncèrent que leurs commettants venaient de leur noiiûer un refus formel de donner de l'argent, et consentaient seulenoent h fournir des gens de guerre; ceux des Quatre Métiers déclarèrent que, décidés h n'avoir pas d'autre opinion que les Gantois, ils révoquaient leur précédente décision. Les députés favorables h la pétition du gouvernement, et, paraît-il, quelques députes de Gand, demandèrent alors une conférence au seigneur de Wyngene, Hermès de Gramez, conseiller et maître des requêtes du conseil privé, afin de le consulter sur la conduite i\ tenir en cette occurrence. Ce seigneur ne voulut pas assumer la responsabilité d'un conseil si délicat, et roj)ondit qu'il prendrait les ordres de la reine. Mais la réponse de cette princesse n'arriva pas, et, dans une nouvelle ('()nf(^rence tenue le 22, dans l'église de Saint-Jacques-sur- Coudenberg, les chùlellenies se rangèrent à l'opinion des

' Appendice, précité, 550-554.

Gantois ; seulement il fut stipulé que les cantons qui seraient dans rimpossibilité de fournir des hommes, auraient la faculté d'y suppléer par de l'argent \

D'après une enquête ouverte à ce sujet, les choses ne se seraient pas tout à fait passées ainsi , et plusieurs députés de Gand, infidèles à leur mandat, auraient tronqué la décision de la coUace. Suivant certains témoignages, dans la réunion du 18, le pensionnaire Baert déclara, en présence de Lievin Pyn, Renier Van Huffel et d'autres, parmi lesquels on crut reconnaître Jean Van Waesberghe, « que, vu l'extrême besoin des frontières, vu que les François s'étoient emparés de Hesdin , la métropole consentoit, pour cette fois, à l'aide de 400,000 carolus demandée à la Flandre; mais que, considéré la stagnation du commerce et l'absence de travail, qui poussoit beaucoup de ses habitans au vagabondage, elle choisiroit entre eux des gens pour marcher contre l'ennemi, et les payeroil avant les étrangers. » Puis le pensionnaire de Courtrai aurait annoncé que les châtellenies accordaient aussi l'aide, en ajoutant que les petites villes qui voulaient qu'on ne contraignit personne au service militaire, feraient un appel aux habitants disposés à s'enrôler'. Cette circonstance, si elle explique les prétentions du gouvernement, justifie les soupçons et les colères des Gantois. Ce Jean Baert, accusé d'avoir trahi ainsi ses commettants, était depuis longtemps à la solde du gouvernement'; il n'était pas le seul sans doute que l'or avait gagné à sa cause.

Au sortir de la conférence du 22 avril, les députés des

• Appendice précité, 554-5»6. — « Ibid., 583, 620.

* « A maistre Jehan Baert filz du grand doyen de Gand, par lettres du vj« de décembre xxij, pour services par luy faits, vj x» livres. • Revenus et dépenses de CharleS'Quinty 4920-4530, (• ij « Ixxix.

chàtellenies furent appelés devant le conseil des finances chargé par la reine d*entendre leur rapport. Après Tavoir produit dans la forme ordinaire, ils allaient se retirer^ quand le seigneur de Wyngene, les conduisant dans une chambre particulière, les exhorta il se départir de leur rësolutioo. « Messieurs, leur dit-il, vous avez vu les piétons passés eo revue aujourd'hui devant le palais, et après cela, à Tinstar des Gantois, vous proposez de fournir des hommes au lieu d'argent. Vous comprenez très-mal cette afihire, me semble-l-il. Plusieurs d'entre vous ont pourtant de bonnes dispositions; quel motif les a changées? La reine consent à faire battre le tambour dans le pays de Flandre et à enrôler tons les hommes valides se présentant volontairement; mais elle se reftaseà croire que vous vouliez procéder vous-mêmes k une levée de soldats, et astreindre vos concitoyens à se rendre à l'armée. Arracher des pères de famille à leurs femmes, à leurs enfenis» ' à leurs affaires, pour les exposer aux hasards et aux Aitîgues (le la guerre, serait une véritable servitude. Que de veuves et d*orpheIins vous plongeriez dans la misère! Et pensez-vous que beaucoup de célibataires mêmes ne préféreraient pas un surcroît d'impôts au service militaire? Vous devez comprendre aussi que Sa Majesté se soucie peu d'hommes dont la contrainte seule aura fait des soldats, et qu'il faudra payer comine des gens de guerre formés par les combats et qui valait évidemment le douWe. En cas de revers, le pays sera ruiné et les campagnes manqueront de bras, car vous aurez prodigué réiite de la population. Les levées faites en Allemagne n'ont pour vous aucun de ces inconvénients, et, je le répèle, la reine ordonnera d'enrôler en Flandre tous les hommes résolus h prendre les armes et reconnus propres au service. Examinez donc de nouveau cette question : puisse-t-il de cet

examen sortir une réponse favorable aux propositions de Sa Majesté ! > A la suite de cet entrelien, une nouvelle conférence eut lieu entre les députés de Gand et ceux des châtellenies; mais elle n*apporta aucun changement à leur décision. Elle fut corroborée, au contraire, par le revirement d'opinion de députations qui, dans le principe, s'étaient montrées disposées à accueillir les demandes du gouvernement '.

Le 23 avril, les députés des quatre membres du comté furent appelés au palais, à l'effet de faire connaître leur opinion à la reine; et le pensionnaire Jean Baert lui notifia celle de la commune gantoise dans les termes formulés par la collace '. < Cette réponse ne fut pas trop agréable à la reine, » dit un témoin oculaire '. Le pensionnaire de Bruges, Jean Casenbroot, prit ensuite la parole, au nom des trois autres membres, et annonça qu'ils accordaient l'aide demandée, h condition qu'il fût loisible à chacun d'eux de trouver l'argent nécessaire par tel moyen qu'il jugerait convenir. La séance ayant été levée, Marie de Hongrie retint les députés des villes et châtellenies du quartier de Gand, et Corneille Roose, leur organe, lui communiqua leur première résolution; il ajouta même que si la condition de comprendre la contribution de Tournai dans celle de la Flandre, lui déplaisait, ils étaient disposés à la retrancher^. Par cette déclaration ces députés se séparaient de Gand, contrairement à leur mission, et fournissaient au gouvernement des armes dont il sut se servir.

Prévenue de l'intention de François V t de mectre tout

* Appendice précité, 557-558.

•/6id.,558.

' Ibid., 628.

* Ibid.f 559. ~ D'HoLLANDEB, 19. — Acte d^aoœptation de la reine, du 1«4 avril 1537.

3i4 RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

trouble es pays de par de chà \ > la reine ne voulut pas pousser à bout les Gantois déjà c si fort enclins à mutinerie qu'elle fust certes advenue, s'ils avoient eu un chef *. » A en croire les hommes du gouvernement, < les dispositions de la plus part desdits Gantois estoient toutes mauvaises. Aussy estoient plusieurs autres èsdits pays, tenans la mauldicle secte lutérienne et aultres hérésies qui régnoient pour lors en divers pays; lesquels tendoient pareillement à mectre commocion en iceulx, aiïin de faire toutes choses conununes, de pillier par tout ledit pays de Flandres et ailleurs où ils eussent peu'. » L'agitation s'étendait dans le pays; la châtellenie d'Ypres venait d'être, à l'occasion de levées de troupes ordonnées par le comte de Rœulx, le théâtre de graves oonflitsV Des paysans des villages d'Asper, Syngem et autres des environs, s'étaient rendus, en armes, enseignes déployées, fifres et tambours en tête, à la réunion des députés de la basse cbâtellenie d'Audenaerde, menaçant de les assommer s'ils les chargeaient ou dépéchaient des cotes d*impôts non consentis par les Gantois , « disant et faisant illecq plusieurs autres choses contre l'autorité et haulteur de l'empe-

reur ^

Marie de Hongrie, forcée de temporiser, déclara, par un ncte du 24 avril 1537, promulgué le lendemain « accepter (*omme accord général les offres, présentations, assavoir :

' Helation des troubles de Gand

' Lettres des 25 mars et avril 1637. Correspondenz, II, 674 , 672.

' Relation des troubles, 5.

^ Voir le compte de J. do Langhemarck, précité (n« 4464 3), f«»« vj et \ij.

• «• Mémoire et instruction pourGheerarl Slragiers, souverain bailli de Flandres par provision, Jehan Le Roy, Englebert Vulen Eechaute, Rombault Vao Wachtene et aultres, qui les assisteront aux choses soubs escriptes, 27 février «537. » Appendice précité, 477.

desdits de Gand Fassistance avec gens de guerre en la manière dessusdite; des autres, leurs portions desdits 400,000 carolus à payer aux termes et conditions spécifiés. » Elle comprenait parmi ces derniers les cWtellenies du quartier de Gand, et elle ajouta qu'elle avait résolu de recruter en Flandre le plus grand nombre possible de gens de guerre, piétons et cavaliers, afin de satisfaire au vœu des cantons qui préféraient fournir des soldats \ Toutefois, reproduisant les objections du seigneur de Wyngene, elle fit remarquer que les populations étaient plus intéressées à avoir, sur les frontières, des soldats expérimentés que de nouvelles recrues, tout aussi dispendieuses et moins utiles; que le nombre de volontaires serait insuffisant pour la défense du pays, et que, du reste, l'aide n'était pas exclusivement destinée à lever des piétons : pour mettre une armée en campagne, livrer bataille, soutenir et entreprendi'e des sièges, il fallait des cavaliers, de rartillerie, des munitions. Néanmoins, l'offre de soldats procédant d'un sincère désir de servir l'empereur et d'acquérir une utile expérience de la guerre,* elle l'agréait volontiers, et autorisait tous les habitants en état de porter les armes à se ranger sous la bannière du capitaine du pays; seulement elle ne voulait y contraindre personne, car il importait de ne pas priver les familles de leurs soutiens, de ne pas diminuer les revenus des villes en prenant une partie de leurs habitants, de ne pas enlever des bras à l'agriculture, de ne pas, enfin, rendre impossible son projet de former, à tout événement, une armée de réserve *. Elle engageait donc les députés à soumettre ces observations à leurs commettants, certaine qu'elles seraient bien appréciées et accueillies, s'ils

' D'HOLLANDER, 49-2i.

' « Een achter bataille te bewaeren. >

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