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Histoire du règne de Charlesquint en Belgique

Si brillantes que fussent les qualités déployées dans son rôle politique, si aimables que fussent les grâces de sa personne et de son esprit, Marguerite doit à d'autres causes sa grande célébrité. Inférieure, sous plus d'un rapport, à Marie de Hongrie, si elle a éclipsé sa nièce, dont tant d'historiens ont parlé avec indifférence et que la plupart des biographies ne mentionnent même pas, c'est qu'elle se montra la protectrice éclairée des lettres et des arts; or les littérateurs, les artistes ne sont pas ingrats. Que de réputations, moins méritées, n'ont pas d'autre origine ! Que de piédestaux ont été élevés par l'art et la poésie ! Mais aussi , qu'attendre de princes ne partageant pas les goûts naturels aux positions élevées ? La lumière est une , et s'ils sont aveugles pour

apprécier les fruits de l'intelligence, en quoi seront-ils clairvoyants ? Organisés d'une manière incomplète, ils végéteront dans l'obscurité, indifférents à leurs peuples, plus indifférents encore à l'histoire qui ne s'en occupe que pour les classer dans leur case chronologique.

En Belgique, les lettres avaient été cultivées sur les marches du trône, quelquefois sur le trône même. A la cour des ducs de Brabant, des comtes de Flandre, de Hainaut, de Namur, chantaient les trouvères du sme siècle, et ils y rencontraient d'augustes rivaux. Au xivc siècle, Froissart couvrit de sa gloire la cour de Philippine de Hainaut ; et , dans le siècle suivant, nos provinces réunies sous Philippe le Bon avaient devancé la plupart des autres contrées , dans le grand mouvement de la Renaissance. Arrêtées dans leur essor, par la passion belliqueuse de Charles le Téméraire, exclusif dans son admiration pour les écrivains militaires, arrêtées aussi par les troubles qui marquèrent la fin du xv' siècle, les lettres se relevèrent sous Philippe le Beau, et les faveurs accordées par Marguerite d'Autriche à la culture de l'esprit contribuèrent au lustre du règne de Charles-Quint.

La Belgique, trop souvent traitée depuis cette époque comme une autre Béotie, était alors, aux yeux de l'Europe, un foyer de lumière et de civilisation. « Les Belges, dit Guicciardin, les Belges, dont le pays est plus excellent que tous les pays voisins, ont inventé la peinture à l'huile, la cuisson des couleurs dans le verre, les tapisseries, les soies, les serges, ostades et demi-ostades si profitables, les draps frisés ; diverses lingeries. Les vents leur doivent leurs noms. On leur attribue l'invention de la boussole, des horloges et des cadrans. Ils ont une aptitude singulière à produire tous les instruments propres à faciliter ou à abréger le travail.

Leurs ustensiles de cuisine sont des chefs-d'œuvre admirés et imités par l'étranger. Les enfants de quatre à cinq ans commencent déjà à gagner leur vie La partie de l'ancienne Belgique, qui est restée au roi Philippe II, est plus puissante, hardie, belliqueuse, civilisée, plus noble et plus illustre que le reste de la Belgique , et par la multitude de grands hommes qu'elle a produits, et par la multitude de ses villes belles et grosses, de ses villages si peuplés. » Après avoir parlé des peintres italiens, « qui savent imiter la nature d'une manière si parfaite, qu'indépendamment de la couleur et de la forme convenables, ils expriment encore les gestes et les sentiments de manière à faire croire que leurs tableaux sont des choses vivantes, » Luther ajoute : - la Flandre suit la trace de l'Italie. Ceux des Pays-Bas, les Flamands surtout , ont l'esprit éveillé ; ils ont aussi de la facilité pour apprendre les langues étrangères. On dit en proverbe : Si l'on portait un Flamand dans un sac à travers l'Italie ou la France, il n'en apprendrait pas moins la langue du pays '. »

Le mouvement littéraire du xvr* siècle avait été préparé par d'heureuses circonstances. Le bon goût et la saine littérature apportés a l'Italie par les savants échappés des ruines de Constantinople, se propageaient à peine dans les contrées voisines, que l'invention de l'imprimerie venait marquer, d'une manière éclatante, la tin du moyen âge. Introduite en Belgique, par Jean de Westphalie, rapidement répandue, par son habile élève et associé Thierry Maertens d'Alost, et par le Brabançon Louis de Vaelbeke (qui parait avoir fait les

• Conversation de Luther, extraite des Tischreden, 424 *°, pai M. Michelet, Mémêtm de Luther. Additions et éclaircissements, f 01-162.

premiers essais de cet art, avec des caractères mobiles ou fiches en bois), l'imprimerie avait donné à la pensée l'ubiquité et la perpétuité ; elle avait pénétré partout , et partout elle avait ouvert le champ aux idées, multiplié les sources de l'instruction, rendu la vie aux manuscrits enfouis dans la poussière des bibliothèques, créé une ère nouvelle à l'esprit humain, qui allait recevoir des luttes de la réforme une salutaire impulsion. Riches et libres, les Belges étaient trop avides des jouissances de l'esprit, pour négliger cet admirable moyen de propagande intellectuelle, et le grand nombre d'imprimeurs que la Belgique produisit au xvie siècle, constate ses rapides progrès dans l'art de la typographie \ Ses imprimeurs, répandus à l'étranger, y justifièrent bientôt la réputation de leur patrie \ En vain les persécutions reli-

' La Flandre et le Brabant devancèrent les provinces wallonnes dans l'appréciation des bienfaits de l'imprimerie; à Liège, état ecclésiastique, elle ne s'introduisit que fort tard. Le premier livre qui parait y avoir été imprimé, est un Bréviaire à l'usage des chanoines de Saint-Paul, publié en 4560 et 4564 par Gautier Morberius (M. H. Hei.big a donné la description de ce bréviaire, Messager des sciences hist , 4847, 243-248). Auparavant elle n'avait eu que des imprimeurs nomades qui transportaient leurs presses de ville en ville, et que l'on rencontre fréquemment dans le commencement du xvi' siècje.

■ Gérard de Flandre imprima à Trévise de 4 474 à 4492 (Van Hultiiem, note manuscrite. Voir le n° 34 403 du catalogue de la bibliothèque royale), et Arnoul, de Bruxelles, qui s'établit à Naples vers la fin du xv siècle, édita des ouvrages d'une beauté et d'une correction inconnues à l'Italie (Histoire de Bruxelles). Vers le commencement du siècle suivant, Robert De Keysere, de Gand, dirige à Paris l'imprimerie césarienne, dont les bailleurs de fonds étaient Josse Badius, d'Assche,et son associé, Jean Petit {Messager des sciences historiques, 4846, 375-376). Ce fut Josse Badius qui le premier y substitua aux caractères gothiques l'usage des caractères romains *. Laurent Vanderbeke (Torrentius), de Bruxelles, imprima à Florence, de 4548 à 4564, ses belles et élégantes éditions si justement estimées pour leur correction et pour l'excel-

" Son fi!» Conrad, qui lui *ucre\ln rn I S":'., fut obligé, lort de* (rouble* de riligion, de te mirer à Genève (ISfil), où il imprima le* ativrei de Calvin Sri Iroi» fille» é,»ou»érenl Iroi* célèbre» imprimeurs: tloberi E*iieiu.r, Michel V»*cu»an, et Jean de Roigny. Va» Hcitiib, I e.

gieuses s'acharnèrent-elles contre ces propagateurs de la pensée : rien ne put arrêter l'essor de la presse, chez un peuple que la liberté avait déjà rendu apte à conquérir toutes les connaissances humaines

lence des caractères et du papier (Van Hclthem, 1. c). Daniel Bomberg, d'Anvers, mort à Venise en 1549, est célèbre par sa publication hébraïque de la Bible et des rabbins \ Enfin , on sait l'éclat dont brilla l'imprimerie de Plantin de cette « imprimerie sans pareille en Europe, dit Guicciardin, où il y avait le plus de presses, de caractères différents, de cases, et d'autres instruments, où tant d'hommes savants étaient entretenus, à grands gages et salaires, pour revoir et corriger les livres en toutes langues, sans exception, soit littérales ou vulgaires, dont on évaluait la dépense à cent cinquante écus par jour, et d'où sortaient des publications qui se répandaient dans toutes les parties du monde. » — F. IL P.-C. Vandermeehsch, les Impr. belges a l'étranger.

' La liste des imprimeurs de cette époque est longue déjà et chaque jour vient y ajouter de nouveaux noms. Ce sont : Balthazar de Hologne (1517) ; Guillaume Cordier (1544), à Binche; Rutger Rescius (1545), à Louvain; Josse Désirée (vers 1546). à Ypres; Jacques Balhenius (1552), à Maestricht; Adrien Van den Berghen (1504); Henri Echard Van Hombergh (1507); Nicolas de Grave (1513); Guillaume Vostermans (1518) ; Michel Hillenius (1519); Simon Cock ou Coeck ; Jean de Ruremonde; Jean Graphée (1522) ; Jean Van Ghelen (1525); Jacques Van Liesveldt (1526). Il fut décapité en 1545 pour avoir imprimé en 1542 la Bible en flamand. Foir chapitre xxxvi) ; Michel Van Hoogslraeten (1527) ; Jean Heymeric (1528) ; Godefroid Dumée (1529); Jacques Doesberg (1530); Martin de Keyser (1531); Jean Steelman (1533); Nicolas Corvin (1535) ; Henri Peetersen ou Pectersens (1535) ; Jean Steels ; Guillaume Montanus (1539); Jean Gymnick (Gimnicus); Jean Crinitus (?) (1540); Antoine Goynus, Goirius ou Goris; Antoine Vanderhaegen ; Godefroid Vanderbaegen (1541); Jean Batman; Jean Van Loo (1542); Grégoire Bontius; Égide Copenius (1543); Étienné* Niderman (1544); Égide Van Diesl (1545); Martin Satins (1546); Christophe Plantin; Henri Pierre; Jean de Grave (1550) ; Jean Ryckaert (1551) ; Jean Verusthaghen ou Witthagen (1532); Jean de Laet; Gérard Speelman (1554) ; Guillaume Spielmans; Jean Ludius;Jean Lucio (15551. a Anvers.

Produit des patientes recherches d'un savant bibliophile (de Reiffe.nberg,

* Il employait »oimoi, dit-on, cent (!) Israélite» i la fois, pour corriger et traduire Ira livres qu'il .«primait, et l'on aature qu'il rn publia pour quatre million* d'or. La Mon», le$ Belges, SI9.

'* Cbrislopbe Plamin, venu de France & Anvers, j lut admis a la mailrise tn IKM), et obtint, le î avril de la même année, un octroi particulier de Cbarlca-Qaint. Voir 01 IliirMistkG, Annuaire de U bMiothiqut royale, ann. 1847.

L'imprimerie avait rapidement répandu le goût des livres, et d'importantes bibliothèques s'étaient déjà formées1. Elle

I. c, ann. 4 847 ) , celle liste est loin d'être complète, et les noms nouveaux de Henri Mameranus ou de Marner, qui s'établit à Cologne; Lambert Bosse, do Gand, qui fut tout à la fois typographe, grammairien, poète et graveur sur bois (M. V andeiihakghkn , Bibliographie gantoise) ; Hubert de Croc; Érasme Van der Eecke, qui fut poursuivi comme « imprimeur de lulherie {voir ch. xxxix ;) » Hubert, l'imprimeur qui subit le martyre à Bruges [ibid.)\ Etienne Meerman, qui imprima en 4 543 la traduction en espagnol du Nouveau Testament de François d'Enzinas; François Fraet , qui fut décapité comme luthérien en 1557; Antoine de la Haye; Martin De Keyzer, qui, ainsi que Guillaume Vostermans, imprimèrent les livres et les pamphlets des protestants, ne la cloront pas définitivement.

• Anvers avait déjà à la fin du xve siècle une bibliothèque publique remonlanl, paraît-il, a l'époque de l'établissement en cette ville de la typographie du rélèbre Thierry Maertens (1476). Les archives communales mentionnent la collection de livres que lui légua, en 4480, le pensionnaire Guillaume Pauwels. Cette bibliothèque était à l'hôtel de ville, et l'on suppose qu'elle avait été dispersée, lorsqu'en 4505, on en forma une nouvelle qui éprouva le même sort, pendant les troubles du règne de Philippe II, ou périt dans l'incendie de l'hôtel de ville en 1576. (Diercxsens, Anlwcrpia sacra. — M. A. Voisin, Notice .sur la ll,bliotheque d'Anvers. Messager des sciences historiques, 1839, 196.) Thomas Moore rapporte avoir vu, en 4515, dans la maison de Busleyden, à Malincs, « une bibliothèque bien fournie et choisie avec un esprit si supérieur a toutes les bibliothèques, qu'il en fut frappé d'admiration. » (De Reiffeînberg, Nouvelles Archires historiques, 4839, 496.) — Jean Haric, de Gorcum, bibliophile, avait réuni, dit-on, une si grande collection de livres, que lorsqu'on les transporta à I-a Haye, après sa nomination de chanoine de la cour en ce « village royal, » les passants extasiés s'écriaient : « Qui eût jamais pensé qu'il y avoit tant de livres au monde ! » et qu'on lui don 114 lu sobriquet de Jean des Livres. A sa mort, arrivée en 4532, il légua sa bibliothèque à Charles-Quint, qui la laissa à La Haye. (L)avitv, I. c ) — Enfin, un document établissant d'une manière plus incontestable encore l'existence de ce goût éclairé, c'est l'inventaire dressé en 4505, de la maison mortuaire de Corneille Haveloes. auditeur ordinaire de la chambre des comptes en Brabant. Cet inventaire comprend un catalogue de livres, avec l'indication des prix, circonstance précieuse, car les données sur leur valeur vénale à cette époque sont forl incomplètes. Cet inventaire transcrit aux Archives du royaume par le savant Schayes, a été communiqué à la commission royale d'histoire pardeReitTenberg. Voir les Bulletins de celte commission, I" série, II, 150 et suiv.

BELLES-LETTRES. SCIENCES. BEAUX-ARTS. Il

amena aussi une révolution dans l'art du relieur : aux somptueuses reliures couvertes d'or, d'argent, de soie ou de velours, se substituèrent le parchemin et le cuir; et le carton remplaça les lourdes planchettes de bois formant la base des reliures antiques. Si les couvertures des livres ne furent plus aussi riches, l'élégance ne leur fit pas défaut; les reliures de cette époque sont remarquables par leur bon goût et par leur solidité. Cette industrie prit d'immenses développements, et, dans la plupart des villes, les relieurs se constituèrent en corporations affiliées pour la plupart au métier des imprimeurs, libraires, peintres et enlumineurs. A Anvers, leur nombre fut même assez considérable pour former une corporation distincte '. Enfin, et c'était le plus important de ses bienfaits, l'invention de l'imprimerie engendra la publicité. Dès le milieu du xvr* siècle, Anvers, dit-on, eut sa gazette 2, et si la libre expression de la pensée n'avait été violemment étouffée, ce mouvement intellectuel eût bientôt produit d'immenses et rapides résultats.

Que de contradictions la politique n'engendre-t-elle pas! Les persécutions qui aboutirent au renversement de l'autorité souveraine dans une partie des Pays-Bas, qui jetèrent dans la torpeur un peuple des plus intelligents, eurent pour premier agent une princesse amie des lettres et les cultivant elle-même avec succès. Bien qu'elle ait écrit en prose, notamment un

• M. P. C. Yah dkr Meerscii, De la Reliure des Livres. Messager des sciences historiques, 4855, 180.

• Cette gazette, dite Courante, était imprimée et rédigée par Abraham Verhoeven, avec cette épigraphe : Den tydt sal leeren. C'était une feuille d'annonces destinée particulièrement au commerce ; elle servait à indiquer les arrivages aux correspondants des Anversois à Venise, où elle était traduite en italien , et contenait des articles de politique relatifs à leurs intérêts. Le Mayeir la Gloire Belgique, II, 273.

Discours de sa vie et de ses infortunes, c'est parmi les poètes qu'il faut ranger Marguerite d'Autriche \ Il y a dans sa poésie quelque chose de suave, une délicatesse féminine dont aucune personne de son sexe n'avait donné d'exemple, une grâce charmante, pleine de finesse et de naïveté 2. A côté de sentiments, expression des secrets de son cœur, s'épand sans cesse une certaine mélancolie qui rappelle les chagrins et les malheurs de sa jeunesse. Après ces gracieux rondels :

Changier ncveulx, c'est mon plaisir; Nul aullrc ne me peult tant plaire.

A tousjours, je luy veulx complaire , Quoy qu'en soit, car c'est mon désir.

En prendc qui veult desplaisir ; Je dis, ne vous veuille desplaire :

« Changier ne veulx. »

Et quoy qu'il me puisl advenir, Laissiez parler, murmurer, taire ; Jamais aultremcnt n'en veulx faire, Mais à tousjours ce mol tenir :

« Changier ne veulx. »

Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée Qu'eslongner fault ce que l'on aime bien; Et sy suis seure que pas de luy ne vient , Mais me procède de ma grant destinée.

Dfctes-vous donc que je suis égarée ; Quant je me vois séparée de mon bien.

Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée !

' Les bibliothèques publiques de Bruxelles et de Paris possèdent plusieurs recueils de poésies et de musique de cette princesse.

* M. Van Hasselt, Essais sur la Poésie française en Belgique. Mém. couronnés par l'Académie, X11L

J'ay le rebours do toute ma pensée , Et si n'ayme qui me conforte en rien ; De tout ceci je le portera y bien , Mais que de luy je ne soye oubliée.

Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée !

Tant que je vis mon cœur ne changera , Pour nul vivant, tant soit-il bon ou saige, Fort et puissant, riche, de haut lignaige, Mon choix est fait, aultre ne se fera

Après ces charmants conseils donnés à ses filles d'honneur, et dictés sans doute par son expérience :

Belles paroles en paiement A ces mignons présumptueux , Qui contrefont les amoureux Par beau semblant ou aultrement.

Sans nul credo, mais promptement , Donnez pour récompense a eulx Belles parolles en paiement.

Mot pour mot, c'est fail justement, Ung pour ung, aussi deulx pour deulx ; Se devis ils font gracieux , Respondez gracieusement .

Belles parolles en paiement.

Fiez-vous-y en vos servons , D'heure en avant, mes demoiselles, Et vous vous trouverez de celles Qui en ont eu des décepvans.

Ils sont en leurs ditz observans Mots plus doulx que doulces pucelles.

Fiez-vous-y.

En leurs cucurs ils sont conservons, Pour déccpvoir, maintes caulelles ; Et, puisque ils ont leurs Tassons telles, Tout ainsi, comme à bavanz, Fiez-vous-y.

on l'entend ailleurs « Plaine de deuil et de mélancolie » s écrier :

Me faut-il toujours ainsi languir,

Me fauldra-t-il enfin ainsi morir,

Nul n'aura-t-il de mon mal cognoissance?

Trop a duré, car c'est de mon enfance

Cœurs désolez par toutes nations, Deuil assemblez et lamentations; Plus ne quérez l'armonieuse lire.

Lyesse, esbas et consolations , Laissez aller; pressez pleurs, passions, Et me aidez tous a croistre mon marlire. Cœurs désolez

Je n'ai pensée qui joye me ramaine.

Ma fantaisie est de desplaisirs plaine; Car à toute heure* devant moy se présente Deuil et ennuy

Pour ung jamais ung regret me demeure, Qui, sans cesser, jour et nuit, à toute heure, Tant me tourmente que bien vouldrois morir....

Plaine d'en nu y, de longue main altainte, De desplaisir en vie langoureuse , Dis à part raoy, que seroys bien eureusc Si par la morl estoit ma vie eslainle '

Poète elle-même , Marguerite protégea et rechercha tous c£ux qui étaient passés maîtres dans la gaye science; elle les attira à sa cour, et les y retint par de nobles ou de gracieux encouragements. La poésie française vit briller alors Jean Molinet 2; Jean Le Maire des Belges, qui fut le précurseur et le modèle de Ronsard3; Julien Fossetier d'Ath, qui paraphrasa la célèbre devise : Fortune infortune fortune*; et Nicaise l'Adam, qui dédia à sa bienfaitrice une chronique en vers5. A

• M. Van Hasselt, Annexe 1" .Vau mémoire précité. — De la Serna Saxta.ni»er, note t. — De Reifflnberc, Sotice d'un manuscrit de la bibliothèque royale intitulé H \ llades. Bruxelles, 4829.

» Voir Poésies de Molinet, in-f». Taris, 1834 .

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