MORT DE SIXTE-QUINT. FUREURS DES LIGUEURS CONTRE CE PAPE
à la menace, il s'était concerté avec le vice-ro1 de Naples pour conduire trois mille soldats sur les terres de l'Eglise. Le pape avait répondu en envoyant des troupes couvrir ses villes frontières, en resserrant ses alliances avec les États italiens pour la défense commune, en protestant qu’il saurait bien empêcher les rois, quels qu’ils fussent, de se mêler des affaires de la religion, et en ajoutant que pour l'empêcher 1l y mettrait au besoin sa vie. Décidé à soustraire le Saint-Siége à une servitude si intolérable que le pape avait tout à craindre dès qu'il refusait de servir l'ambition etles fureurs des rois d’Espagne, 1l avait formé le projet de leur enlever le royaume de Naples, au moment de la mort de Philippe IT : à cette entreprise il avait destiné les cinq millions d’or qu'il avait amassés du patrimoine de Saint-Pierre, et l'alliance de la France qu'il travaillait plus que jamais à pacifier. Son légat Gaëtano ayant désobéi à ses injonctions, et tardé à quitter le parti de la Ligue, 1l avait, au mois de Juin, annoncé l’intention non seulement de le rappeler, mais même de lui faire trancher la tête, s’il persistait à trahir son mandat. Peu après le pape avait succombé Iui-même à une rapide maladie, le 27 août 1590. Ce fut alors le bruit commun en Europe que Philippe IT s'était défait de Sixte-Quint par le poison, comme il s’était débarrassé du prince d'Orange par un assassinat. La nouvelle de cette mort arriva à Paris le 15 septembre. Le curé de Saint-André l’annonça en chaire « comme un des grands biens et mira- » cles, avec celui du siége de Paris, que Dieu avoit faits » entre les deux Notre-Dames ; usant de ces mots : que » Dieu nous avoit délivrés d’un meschant pape et politi- » que; lequel, s’il eust vescu plus longuement, on eusl » esté bien étonné d’ouir prescher à Paris contre le pape, » et toute fois qu'il l’eust fallu faire !. » Philippe IT avait
1 Pour Iles deux paragraphes qui précèdent, voyez : Thuanus,