SOUMISSION DE VILLARS AVEC ROUEN ET CINQ AUTRES VILLES
hésitait à infliger au roi et au pays de si dures conditions. Henri montra alors que tout dans sa conduite était réfléchi, calculé, dicté par une politique que l’expérience pratique et l'étude des temps précédents avaient également mürie. Arrêté à l’idée que rien n’était si dangereux, ni même si coûteux pour la France que la révolte, l’anarchie, le partage du pouvoir souverain, il écrivit à
Rosny :
« Mon amy, vous estes une beste d’user de tant de remises, et apporter tant de difficultez et de mesnage, en une affaire de laquelle la conclusion m’est de si grande importance pour l’establissement de mon authorité et le soulagement de mes peuples. Ne vous souvientil plus des conseils que vous m'avez tant de fois donnez, m’alléguant pour exemple celuy d’un certain duc de Milan au roy Louis XI, au temps de la guerre nommée du Bien public, qui estoit de séparer par interests particuliers tous ceux qui estoient liguez contre luy, aui est ce que je veux essayer de faire maintenant; aymant beaucoup mieux qu'il m'en coûte deux fois autant, en travaillant séparément avec chaque particulier, que de parvenir à mesmes effects par le moyen d’un traïcté général faict avec un seul chef (comme vous saviez hien des gens qui me le vouloient ainsi persuader) qui pust par ce moyen entretenir toujours un party formé dans mon Estat !. Partant ne vous amusez plus à faire le respectueux pour ceux dont il est question ?, lesquels nous contenterons d’ailleurs; ny le bon mesnager ne vous arrestant à de l'argent : car nous payerons tout des mesmes choses que l’on nous livrera, lesquelles, s’il nous falloit prendre par la force, nous cousteroient dix fois autant. Conceluez au plus tost avec M. de Villars. Puis, lorsque je seray roy paisible, nous userons des bons mesnages dont vous m'avez tant parlé, et pouvez vous assurer que je n’épargneray travail, ny ne craindray péril pour eslever ma gloire et mon Estat en leur plus grande splendeur. Adieu, mon amy . »
Le traité fut conclu, conformément aux larges vues du roi, par l’habileté, le sang-froid, l’infatigable activité
1 Un traité général que Henri aurait fait avec le duc de Mayenne.
2? Biron, Montpensier, Boisrozé (Sully, c. 47, p. 136 A).
3 Lettres missives, 8 mars 1594, t. 1v, p. 110, 111. — Sully, Œcon. on 47, L1,p.,186,:197,