DISPOSITIONS DU GOUVERNEUR ET DES HABITANTS
Les dispositions que le gouverneur et les habitants avaient montrées jusqu'alors étaient très propres à rassurer Henri IV. De Chastes, catholique sincère, mais hautement déclaré pour le parti politique, avait fait preuve à la fois de patriotisme éclairé et de dévouement à la couronne. Dans une entrevue qu’il avait eue, du vivant de Henri III, avec le chef ligueur Villars, 1l avait repoussé toutes les propositions qu'on lui adressait pour l’entrainer dans le parti de la révolte en disant : «Qu'il » estoit francois, et que lui, sieur de Villars, verroit que » l'espagnol estoit le véritable chef de cette Ligue. » Resté serviteur dévoué du dernier Valois, dans lintérèt de l'indépendance nationale et de la paix publique, il avait transporté cette fidélité au premier Bourbon, et, dès le 6 août, s’était déclaré pour lui. Un grand nombre de Dieppois étaient protestants : lors des édits de proscripton contre la Réforme, dictés par la Ligue à la faiblesse de Henri IT, plusieurs milliers d’entre eux étaient passés en Angleterre, pour s’assurer la liberté de leur culte. Ces réfugiés, après quatre ans d’exil, rentraient dans leur patrie, Juste au moment où Henri se disposait à la visiter, et y rapportaient,- pour la communiquer à leurs co-religionnaires, l’ardeur de leurs croyances, la haine de leurs persécuteurs. Tous ceux des habitants qui n’appartenaient pas au Calvinisme, appartenaient au parti politique, auquel de Chastes les avait gagnés, et s'étaient énergiquement prononcés contre la Ligue !,
Tout faisait donc espérer que, parmi les Dieppois, les uns accueilleraient avec une faveur marquée le roi huguenot, les autres le roi légitime Henri IV. Le côté périlleux de l’entreprise était que la Ligue renouvelait
1 Pour la réponse de de Chastes à Villars et le retour des religionnaires dieppois dans leur patrie, voir le manuscrit n. 1, p. 27, 32, Pour les autres détails, Desmarquets, t. 1, p. 249-945.