Histoire du règne de Henri IV
Cette période de six ans renferme la fin de la lutte de Henri et du parti national contre l'Espagne , la Savoie son alliée, les restes de la Ligue et du parti aristocratique. La guerre continue à être étrangère et civile à la fois ; mais elle diflfère de celle des six années précédentes, en ce que l'Espagne soutient désormais le principal effort de la guerre , et que les seigneurs et les pays , encore engagés dans la Ligue, ne paraissent plus que comme auxiliaires.
Effectivement et foncièrement, l'Espagne reste épuisée ; mais Philippe II sort momentanément des plus graves embarras où il s'était trouvé lors de la mort du duc de Parme • embarras qui l'avaient empêché d'agir au moment décisif des États de la Ligue. Il s'affranchit de la gêne où il se trouve au début , il se procure de l'argent en arrachant à ses sujets leurs dernières ressources, en recourant aux expédients et au crédit, et il parvient à former des armements considérables. Il tourne la prestpie totalité des forces dont il dispose dans les Pays-Bas contre le Nord de la France, et de ce côté il est puissamment
à LIV. V. APERÇU GÉNÉRAL.
aidé par Texpérience^les intrigues, les talents du ligueur de Rosne, qui, passé à l'étranger, cherche à se rendre plus considérable auprès de lui par l'excès du mal qu'il fait à son pays. Philippe attaque en outre le royaume à lest avec les armées parties du Milanez ; au midi et à l'ouest avec ses flottes et ses troupes , qui reçoivent l'assistance des rebelles de l'intérieur.
Parmi ces attaques de Philippe II, Henri enlève à la Ligue , dans l'Est et le Midi , autant ou plus de grandes villes et de provinces que dans la période précédente. Mais tandis qu'il poursuit ainsi, avec une admirable constance et avec succès, la reconstruction de la monarchie et de l'unité nationale , il est traversé et combîittu à la fois par l'aflFaiblissement de la France égal à celui de l'Espagne, par le désordre des finances, par les fautes désastreuses de ses lieutenants et des habitants de quelques villes, par l'abandon , même calculé , de ses alliés à plus d'une reprise. L'étranger nous enlève plusieurs places importantes et entame notre territoire : les factions intérieures reprennent de la vie et de l'audace, et agitent violemment le pays. Ces circonstances réunies rendent la fin de la lutte très laborieuse. Elles jettent le parti royal et la France dans des dangers qui entachent leur honneur , compromettent leiu* fortime , et même un moment leur existence. Rude épreuve, dans laquelle Henri se montra plus grand et plus ferme que jamais, soutint l'Etat chancelant et releva sa nation. D'une part, il l'amena à employer ces ressources suprêmes , ces forces cachées , dont si {Hiu de [>euples savent user ; d'une autre , il lui communiqua ce courage calme et cette constance dont elle manque si souvent, qui usent la mauvaise fortune, et qui, presque infailliblement, donnent le salut, ou même le succès,. pour dénouement aux temps de cris*» et de revers.