COURAGEUSE RÉSOLUTION DES MAGI^RATS MUNICIPAUX DE BEAUNB
esprit d'indépendance et pour leur courage, ceux qui en toute occasion avaient servi de chefs à la population. Es s'étaient en même temps saisis de la personne du maire ; mais le soulèvement du peuple les contraignit à le relâcher, et cette circonstance les mit sur la réserve. Ils renvoyèrent au lendemain l'arrestation du maire et des échevins , le désarmement de la garde bourgeoise , pour avoir le temps de concerter et de préparer toutes leurs mesures avec les capitaines de la garnison, et pour assurer le succès de leurs violences.
Bellin , les échevins , deux des capitaines de la garde bourgeoise, Jacques et Michel Richard, informés des projets de leurs ennemis , résolurent d'en prévenir l'exécution au péril de leur tête. Ils se réunirent le 5 de grand matin, et après une courte délibération ils conclurent : « qu'ils devaient mourir plutôt que de rendre les armes, pour être égorgés ensuite comme un vil troupeau ; qu'il n'y avait plus moyen de suivre les voies de la prudence ; qu'ils se trouvaient placés entre la gloire et l'infamie, entre la liberté et l'esclavage, entre la vie et la mort. Que s'ils étaient hommes et citoyens, ils devaient sans balancer affronter le péril pour conserver la liberté , la vie et l'honneur. » Ils décidèrent en conséquence de ne pas attendre l'heure de deux heures et la venue des troupes de Biron, lesquelles n'arriveraient qu'après le désarmement de la garde bourgeoise et la ruine de leur projet, et de commencer le combat contre la garnison , sans autre secours que celui qu'ils pouvaient tirer d'eux-mêmes. Ils convinrent qu'au son de la cloche de l'horloge, le maire et les échevins paraîtraient armés, chacun dans leur quartier, à la tête des bourgeois de leur intelligence; qu'en se répandant sur les divers points de la ville, ils appelleraient partout les habitants aux armes et à la liberté. Leur plan d'attaque fiit tracé dans toutes ses parties, avec n 3
34 LIV. V. CH. I. INSURRECTION DE DA BOpRGEOISIE CONTRE LA GARNISON.
une rare intelligence militaire : il y eut parmi ces bourgeois un homme de guerre improvisé. Ils prévinrent et surprirent leurs ennemis : ils les attaquèrent partout en même temps : ils ôtèrent aux soldats de la garnison leurs chefs et toute direction : ils rétablirent pour eux-mêmes les communications avec le dehors , se ménagèrent l'assistance de Biron et des troupes royales pour la fin de la lutte. La masse des habitants rivalisa dignement avec les magistrats municipaux. Privée de ses quatorze citoyens les plus déterminés , de la plupart de ses chefs , elle ne déploya ni moins de résolution ni moins d'énergie dans Faction : elle montra ce que peut contre la soldatesque la bourgeoisie , combattant pour la liberté , quand elle met sous ses pieds les lâches craintes , quand elle sait vouloir et oser.
Au second coup de la cloche de l'horloge , signal convenu, le maire Bellin descend le premier dans la rue, revêtu de l'écharpe blanche, l'épée nue au poing, criant : Vive le roi! provoquant les citoyens à se joindre h lui et à le seconder. En quelques minutes il est entouré de tous les habitçints de son quartier, et non-seulement des hommes, parmi lesquels on remarque plusieurs ecclésiastiques , mais dès femmes même et des enfants , sortant courageusement des maisons, les uns munis d'armes véritables, les autres se faisant arme de tout ce qu'ils trouvent sous la main. Dans les autres quartiers, les échevins appellent en même temps les citoyens à la défense de la cause publique, et décident un mouvement pareil. Tandis que l'insurrection se propage de proche en proche , et que des combattants se lèvent partout, Michel Richard exécute avec audace et bonheur le coup le plus hardi II était chargé de garder en dedans , avec un détachement de la milice bourgeoise, la seule porte de Beaune demeurée ouverte. Il fait fermer cette porte, qui sépare son