‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 294 sur 344 · LIV. VI. CH. II. INTRIGUES BT TRAHISON DE BIRON · texte numérisé non relu

LIV. VI. CH. II. INTRIGUES BT TRAHISON DE BIRON

la première de ces puissances espérait garder son vol du marquisat de Saluées , et la seconde revenir à son avantage sur le traité de Vervins. Mais de tous les mobiles qui jetèrent Biron dans le crime, les plus puissants forent ses passions, la fougue indomptable de son caractère, Texcès de sc»n oi^eil et de son ambition.

Ses pratiques avec Tblspagnol commencèrent par l'intermédiaire d'un certain Picoté, dès 1595, quand rarchiduc Albert, alors cardinal, vint d'Espagne en Flandre. Deux ans plus tard, il fit acte d'entente coupable avec Albert et avec Philippe If. Au siège d'Amiens, il négligea lui-même, et tenta par tous les moyens d'empêcher le roi de fortifier Longpré : ce fut malgré son opposition que cette mesure militaire, qui fit-le salut de l'armée, fut adoptée. Il était d'accord avec l'archiduc Albert pour laisser passer le secours, « afin de tenir le roi toujours en )) peine et se rendre toujours nécessaire *. » Ce trait de félonie envers Henri et envers la France, quelque blâmable qu'il fût, ne dépassait pas tie beaucoup ce que son père avait fait dans mainte occasion. Mais lorsqu'au commencement de 1598, il vit se préparer la paix avec l'Espagne, qui en lui enlevant le commandement des armées, lui ôtait son importance et les immenses profits de la guerre, son mécontentement se .montra plus hostile, ses menées avec l'archiduc Albert et la cour de Madrid de-

1 Lettre du roi du 12 juillet 1602, dans les Lettres Missives, t. V, p. 6i9. « J'ay vérifié que le duc de Biron fait cooimencer ce irafeté » avec l'archiduc dès Taiinée 15U5 , quand le dict archidue <^ e^loit » alors encore cardinal vint d'Espagne en Flandres; à quoy il employa » cest habitant d'Orléans nommé Picoté. » — Matthieu, Histoire de Henri IV, 1. Il, p. 2B5. « Le Boy m'a dit depuis... que le marescbal n de Biron n'avoit voulu retrancher Longpré ; estant d^inteUigence » avec Tarchiduc, pour laisser entrer le secours, afin, disoit le Roy, » qu'il me vist toujours en peine, et se rendist toujours nécessaire : » il me la confessé depuis, et demaudé pardon. » Cet aveu eut lieu dans l'entrevue et lors du pardon de Lyon. Nous avons relevé ce détail à 11 iin du siège d* Amiens eC au livre précédent.

558 Liv. VI. en. ii. lyntiGUES et trarisox dk miumc. 1595-1597.

la première de ces puissances espérait garder son vol du marquisat de Saluées, et la seconde revenir à son avantage sur le traité de Yer^'ins. Mais de tous les mobiles qui jetèrent Biron dans le crime, les plus puissants furent ses passions, la fougue indomptable de son caractère, Texcès de sc*n orgueil et de son ambition.

Ses pratiques avec Tblspagnol commencèrent par l'intermédiaire d'un certain Picoté, dès 1595, quand Tarehiduc Albert, alors cardinal, vint d'Espagne en Flandre. Deux ans plus tard, il fit acte d'entente coupable avec Albert et avec Philippe If. Au siège d'Amiens, il négligea lui-même, eit tenta par tous les moyens d'empêcher le roi de fortifier fx^ngpré : ce fut malgré son opposition que cette mesure militaire, qui fit*le salut de Tannée, fut adoptée, fl était d'accord avec l'archiduc Albert pour laisser passer le secours, « afin de tenir le roi toujours en » peine et se rendre toujours nécessaire *. » Ce trait de félonie envers Henri et envers la France, quelque blâmable qu'il fût, ne dépassait pas de beaucoup ce que son lière avait fait dans mainte occasion. Mais lorsqu'au commencement de 1508, il vit se préparer la paix avec l'Espagne, qui en lui enlevant le commandement des armées, lui ôtait son importance et les immenses profits de la guerre, son mécontentement se montra plus hostile, ses menées avec Tarchiduc Albert et la cour de Madrid de-

> Lettre du roi du 12 juillet iCOi, dans les Lettres Missives, t. V, p. 029. « J'ay vérifié que le duc de Birou feit coaimencer ce traiclé » avec rarchiduc dès l'année i5U5 , quand le dict archiduc qui e^toil M alors encore cardinal vint d'Espa^me en Flandres; à quoy il employa » cest habitant d'Orléans nommé Picoté. » — Matthieu, Histoire de Henri IV, 1. II, p. 235. « Le Roy m'a dit depuis... que le mareschal » de Biron n'avoit voulu retrancher Longpré ; estant dUDtelli<^euce )) avec l'archiduc, pour laisser entrer le secours, afin, disoit le Roy, » qu'il me vist toujours en peine, et se rendist toujours nécessaire : n il me la confessé deimis, el demandé pardon. » Cet aveu eut lieu dans l'entrevue et lors du pardon de Lyon. Nous avons relevé ce détail à 11 Im du siège d'Amiens eC au livre précédent.

vinrent plus actives, et Ton put juger (ju'il allait se jeter dans la haute trahison pleine et entière, si une intervention toute-puissante et amie ne s'employait pour le sauver. Le roi fut instruit de ces détails, en 1598, par Roissieu, Fun des réfugiés français aux Pays-Bas *. Dans son attachement passionné pour Biron , il résolut de le retenir au bord de l'abîme, de l'arracher à ses propres fureiu-s , par un procédé plus généreux qu'aucun de ceux dont il avait usé jusqu'alors à son égard. 11 était à bout avec lui des faveurs ordinaires. Il voulut lui créer en France et à l'étranger une existence exceptionnelle ; le rendre participant de la souveraineté, autant qu'un sujet pouvait l'être sans détriment de la chose publique, atin de satisfaire ses désirs effrénés de grandeur ; et en même temps, l'entourer de ses propres avis, des conseils de ce qu'il y avait de plus sage et de plus élevé dans l'Europe entière, afin de l'amender, de le ramener dans h chemin du devoir. C'est l'une des belles pages dans la vie de Henri IV, et l'un des grands spectacles que l'on trouve dans l'histoire que cette lutte du roi contre les penchants pervers de Biron ; que ce combat qu'il rendit jusqu'au bout pour le disputer au crime, à l'infamie, à la mort, et pour conserver au pays l'un de ses plus intrépides défenseurs.

Au mois de juillet 1598, il l'envoya en Flandre pour assister au serment de l'archiduc Albert, jurant la paix de Yervins au nom du roi d'Espagne *. Il se faisait représenter par lui dans l'acte le plus important, dans l'occasion la plus solennelle pdur la France depuis trente-neuf ans. L'espoir de Henri fut trompé : le remède tourna en

1 Matthieu, Hist de Henri IV, 1. IH , p. 482. Il dit sous Tan 1602 : « 11 y avoit plus de quatre aus que Roissieu, retiré en Flandres pour » les troubles, avoit donné advis au Roy de ceste menée, lequel luy M en sçeut gré. »

* P. Cayet, Chron. sept., 1. 1, p. 12 B. — Matthieu, Hist.de Henri IV, 1. n, p. 2G1 ; 1. Hl, p. 514.

558 Liv. VI. cri. ii. intrigues rt trahison de biron. 1595-1597.

la première de ces puissances espérait garder son vol tlu marquisat de Saluées, et la seconde revenir à son avantage sur le traité de Vervins. Mais de tous les mobiles qui jetèrent Biron dans le crime, les plus puissants forent ses passions, la fougue indomptable de son caractère, l'excès de sc»n orgueil et de son ambition.

Ses pratiques avec l'iispagnol cx)mmencèrent par Tintermédiaire d'un certain Picoté, dès 1595, quand l'archiduc Albert, alors cardinal, vint d'Espagne en Flandre. Deux ans plus tard, il fit acte d'entente coupable avec Albert et avec Philippe If. Au siège d'Amiens, il négligea lui-même, e.t tenta par tous les moyens d'empêcher le roi de fortifier Longpré : ce fut malgré son opposition que cette mesure militaire, qui fit -le salut de l'armée, fut adoptée. Il était d'accord avec l'archiduc Albert pour laisser passer le secours, « afin de tenir le roi toujours en » peine et se rendre toujours nécessaire *. » Ce trait de félonie envers Henri et envers la France, quelque blâmable qu'il fût, ne dépassait pas tle beaucoup ce que son père avait fait dans mainte occasion. Mais lorsqu'au commencement de 1508, il vit se préparer la paix avec l'Espagne, qui en lui enlevant le commandement des armées, lui ôtait son importance et les immenses profits de la guerre, son mécontentement se .montra plus hostile, ses menées avec l'archiduc Albert et la cour de Madrid de-

» Lettre du roi du 12 juillet 1002, dans les Lettres Missives, t. V, p. C29. « J'ay vérifié que lo duc de Biron feit coaimeDcer c*» traictê » avec l'archiduc dès l'année 15D5 , quand le dict archiduc qui estoit » alors encore cardinal vint d'Espagne en Flandres; àquoyil employa » cest habilant d'Orléans nommé Picoté. » — Matthieu, Histoire de Henri IV, 1. H, p. 235. « Le Roy m'a dit depuis... que le mareschal » de Biron n'avoit voulu retranclier Longpré ; estant d'intelligence » avec l'archiduc, pour laisser entrer le secours, a6n, disoit le Koy, » qu'il me vist toujours en peine, et se rendiat toujours nécessaire : » il me la confessé depuis, el demandé pardon. » Cet aveu eut lieu dans l'entrevue et lors du pardon de Lyon. Nous avons relevé ce détail à 11 lin du siège d'Amiens eC au Uvre précédent.

vinrent plus actives, et l'on put juger (ju'il allait se jeter dans la haute trahison pleine et entière, si une intervention toute-puissante et amie ne s'employait pour le sauver. Le roi fut instruit de ces détails, en 1598, par Roissieu, l'un des réfugiés français aux Pays-Bas *. Dans son attachement passionné pour Biron, il résolut de le retenir au bord de l'abîme, de l'arracher à ses propres fureimj, par un procédé plus généreux qu'aucun de ceux dont il avait usé jusqu'alors à son égard. 11 était à bout avec lui des faveurs ordinaires. 11 voulut lui créer en France et à l'étranger une existence exceptionnelle ; le rendre participant de la souveraineté, autant qu'un sujet pouvait l'être sans détriment de la chose publique, atin de satisfaire ses désirs effrénés de grandeur ; et en même temps, l'entourer de ses propres avis, des conseils de ce qu'il y avait de plus sage et de plus élevé dans l'Europe entière, afin de l'amender, de le ramener dans le chemin du devoir. .C'est l'une des belles pages dans la vie de Henri IV, et l'un des grands spectacles que l'on trouve dans l'histoire que cette lutte du roi contre les penchants pervers de Biron ; que ce combat qu'il rendit jusqu'au bout pour le disputer au crime, à l'infamie, à la mort, et pour conserver au pays l'un de ses plus intrépides défenseurs.

Au mois de juillet 1598, il l'envoya en Flandre pour assister au serment de l'archiduc Albert, jurant la paix de Yervins au nom du roi d'Espagne *. Il se faisait représenter par lui dans l'acte le plus important, dans l'occasion la plus solennelle pOur la France depuis trente-neuf ans. L'espoir de Henri fut trompé : le remède tourna en

1 MatUiieu, Hist de Henri IV, 1. HI , p. 482. U dit sous Tan 1602 : « U y avoit plus de quatre aus que Roissieu, retiré eu Flandres pour » les troubles, avoit donné advis au Roy de ceste menée, lequel luy » en sçeut gré. »

* P. Cayet, Chron. sept., 1. I, p. 12 B. — Matthieu, Hist. de Henri IV, 1. n, p. 2(il ; 1. m, p. 514.

560 LIV. VI. en. II. SUITE des intrigues de BIRON, 1599.

poison, par les fatales dispositions de celui qu'il entreprenait de guérir. Biron retrouva à Bruxelles ce Picoté d'Orléans, ancien ligueur, banni du royaume avec quelques autres factieux , devenu Tun des agents employés par les lispaguols dans leurs intrigues. Papoté s'aboucha avec le maréchal, lui fit des propositions sur le renouvellement de la Ligue en France, pour la défense de la religion catholique, et ajouta que l'Espagne était disposée à la soutenir de toutes ses forces. Il lui dit de plus qu'il était en son pouvoir de s'élever à une souveraine fortune avec les Espagnols, qui admiraient sa valeur, ses talents, ses hauts faits d'armes. Ces ouvertures flattèrent merveilleusement l'orgueil et l'ambition du maréchal : pour y donner suite, il assigna lui-même l'époque où il serait retourné en France et rentré dans son gouvernement de Bourgogne. Dès ce moment , ses désirs n'eurent plus de frein. Il jugeait ses mérites et ses sei'vices maigrement récompensés par le roi, et il ne rêvait plus qu'une souveraineté. Ses propos ordinaires étaient : « Ou une vie » libre ou une mort glorieuse. Etre César ou rien du tout. » Je ne mourrai pas que je n'aye vu ma tête sur un quart » d'écu. » L'un des capitaines de Henri, Turenne, était passé prince de Bouillon et de Sedan, pays étrangers, avec l'aide du roi; Biron prétendit se faire souverain d'une province démembrée de la France, avec le secours des étrangers. Revenu dans son gouvernement de Bourgogne, il négocia d'abord avec le connétable de Castille, vice-roi de Milan et avec le duc de Savoie, ensuite il fournit deux mille écus d'or à Picoté et l'envoya en Espagne pour nouer d'une manière solide ses rapports et ses intelligences avec cette puissance , en lui adressant des propositions, et en lui transmettant des avis d'une haute gravité (1599). 11 sollicitait Philippe III de prendre sous sa protection la religion calholique qui courait le

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