‹ Histoire du règne de Henri IV (volume 5)Chapitre 62 sur 344 · DIFFICULTÉS QUE RENCONTRE LA RÉCONCILIATION DU ROI A L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS QUE RENCONTRE LA RÉCONCILIATION DU ROI A L'ÉGLISE

depuis sept mois poursuivait une conclusion avec intelligence et activité. On pouvait croire que l'absolution et la réconciliation du roi avec le Saint-Siège se résoudraient en quelques jours. La négociation fut cependant hérissée de difficultés *. Les obstacles vinrent d'une part du pape lui-même et de ses ministres, de l'autre des Espagnols. Toute la cour de Rome était entêtée des prétentions ultramontaines les plus exagérées. Depuis dix ans, la Ligue, le duc de Guise , le duc de Mayenne , avaient sans cesse provoqué de la part des papes des décisions et des actes qui disposaient du souverain pouvoir en France, parce que les princes lorrains espéraient appuyer leur usurpation de la puissance temporelle des arrêts de la puissance spirituelle. C'étaient autant de précédents qui avaient jeté la cour de Rome dans des idées et des habitudes d'omnipotence Ihéocratique que les circonstances présentes semblaient favoriser. En effet , il semblait à Clément VIII et à ses ministres que le roi , par sa démarche , leur offirait de lui-même l'occasion d'établir sur son temporel une suzeraineté que la royauté et les Parlements avaient jusqu'alors énergiquement repoussée *.

D'un autre côté, les Espagnols firent un grand effort, rendirent un grand combat, pour empêcher Clément de réconcilier Henri à l'Eglise. Us ne pouvaient plus employer contre le pontife la violence et la contrainte : la protection que lui offraient le grand-duc de Toscane et Venise, l'attitude de la France et le voisinage de ses armées rendaient l'usage de ces moyens impossible ^. Mais les ministres de Philippe II recoururent aux cabales et

* Anootations et advertissements sur les articles accordez et promis aa nom du Roy pour Tabâolutiou de Sa Majesté, envoyés par du Perron et d'Ossat au chancelier Chevemy, dans les Mémoires de Che- Temy, t. X, p. 545, 546.

« Thuanus, 1. CXIII, § îl, L v, p. 5M.

> Voir ci-dessus les passages des origmanz allégués, page 93.

96 LTV. V. CH. lU. DIFFICULTÉS DE LA NÉGOCIATION.

aux intrigues. Us publièrent d'abord de nombreux et violents écrits présentant l'absolution comme contraire à rintérêt de la religion et à Thonneur du Saint-Siège, engagé à maintenir ses décisions : leur but et leur espoir étaient d'ameuter l'opinion publique, d'intimider le Pape, de le faire reculer. Leur faction s'unit étroitement dans le collège des cardinaux aux partisans les plus exagérés de la puissance pontificale , pour formuler et mettre en avant des conditions exorbitantes, qui élevassent une barrière infranchissable entre le roi et le pape ; qui rendissent inacceptables à Henri l'absolution et la réconciliation avec le Saint-Siège au prix où on les mettait. Enfin , prévoyant le cas où ces dilficultés s'aplaniraient , où le sentiment de la justice , la crainte de perdre la France , le désir de s'appuyer sur elle amèneraient Clément à l'abandon des prétentions exagérées et à une sentence favorable au roi , ils essayèrent de s'assurer de la majorité des voix dans le consistoire, et de faire rejeter par les cardinaux le projet d'absolution *. Du Perron et d'Ossat ouvrirent les négociations au milieu de ces intrigues.

c( n y eut , dit de Thou , des conditions proposées tant par le pape que par ceux qui , sous prétexU» de soutenir et d'augmenter l'autorité de l'Eglise , vouloient conduire la chose au point de la reculer pour longtemps , et même de faire en sorte que jamais elle ne put se terminer. » Les partisans du pape et de la faction d'Espagne deman-

* P. Cayet, 1. VU, p. 687 B. « Les Espagnols firent voir le jour à qiiel- » ques escrits pleins d'invectives, et soustcuoiout que le Roy ne devoit » estre réconcilié avec le Saint-Siège. » — Annotations et adverlissemens (de du Perron et dOssat) dans les Méiu. de Clieverny, t. X, p. 546. « Les oppositions et contradictions qui ont esté faites à la négociation, » sont aussi grandes, ou plus, qu'en autre affaire du monde dont il soit p mémoire » — Davila, 1. XIV, t. 111, p. SG^i. « Clément craignoit que » les Espagnols ne loi reprochassent qu'il montroit moins d'ardeur et » de fermeté <iu*eux pour Boutenir l'honneur de la religion. »

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