SOUMISSION DE BORDEAUX
s'affaiblira guère, dans la suite, même lorsque Boutteville sera devenu le maréchal de Luxembourg.
A Bordeaux, il y eut un peu plus d*opiniâtreté. Le duc de Gandale sur terre, le duc de Vendôme par mer, étaient chargés de soumettre la Guienne. Pendant que les petites villes cédaient aux armes du roi, Bordeaux, dominé par Conti et par la duchesse de Longueville, tenu dans la terreur par VOrmée^ comprimait les volontés favorables au rétablissement de l'autorité royale. L'Ormée avait sa chambre de justice, composée de bonnetiers, corroyeurs, pâtissiers, cordonniers, menuisiers, gentilshommes, apothicaires, violons, notaires et procureurs, qui jugeait souverainement toute personne suspecte de trahir le parti. Le Prince de Conti s'accommodait, pour son ambition, de cette mêlée confuse qui semblait niveler toutes les conditions , mais pouvait en un moment l'absorber lui-même. Le Père Berthod, envoyé par le roi pour essayer, à Bordeaux , ce qui lui avait si bien réussi à Paris, n'échappa plusieurs fois à la mort que par une fuite habile. Un autre cordelier, associé de Berthod , fut condamné à mort , dégradé, promené sur un tombereau , la torche à la main, et réservé pour un supplice plus solennel. Mais le ravage des campagnes, les sacrilèges commis dans les églises et sur la personne des prêtres et des religieux, produisirent le même désir de réaction qu'à Paris. Ba:*tbod, soit dans la ville, soit du dehors, orgar nisait le parti des honnêtes gens. La jeunesse s'arma la première contre les tueurs, attaqua VOrmée, abattit les pavillons rouges arborés par cette faction en signe
d'alliance avec l'Espagae, et fit convoquer une assemblée qui se prononça hautement pour la paix. Les succès de Caudale et de Vendôme avaient détruit la confiance des agitateurs et des princes. Il fallait céder ou subir un siège et les conséquences d'un assaut. On préféra traiter. Le 30 juillet (1653), la paix fut faite. Elle stipulait une amnistie générale, sauf quatre ou cinq exceptions , le rétablissement du château Trompette, la permission pour les troupes qui appartenaient à Monsieur le Prince de se retirer à Stenai , pour Conti de séjourner à Pézenas, pour la duchesse de Longueville d'aller à Montreuil-Bellay. Toutes ces choses convenues et acceptées, les ducs de Vendôme, de Caudale, de Tulles, et leurs officiers, entrèrent en triomphe dans la ville et firent chanter un Te Deum par le cordelier que rOrmée avait condamné à mort(1). Ainsi finit la Fronde de Bordeaux. L'année suivante, le prince de Conti se réconcilia personnellement avec Mazarin en épousant une de ses nièces, l'aînée des Martinozzi, et il reçut de la reine-mère l'assurance qu'elle ne lui gardait aucun ressentiment. La duchesse de Longueville. après tant de désappointements, commença une conversion qui est célèbre, mais qui devait la jeter, par le jansénisme, dans une opposition d'un autre genre.
Ces victoires apportaient un débarras sensible au gouvernement du roi, en réduisant à un seul champ de bataille les hostilités entre lesquelles il avait été jusque-là nécessaire de diviser les troupes royales. La
(1) Mémoires de Berthod et de Goarville.