‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 2)Chapitre 51 sur 140 · QUESTIONS DU DROIT ET DU FAIT. 1S · texte numérisé non relu

QUESTIONS DU DROIT ET DU FAIT. 1S

tiens avaient deux sens, l'hérétique condamné parla bulle, le catholique qui était celui de Jansénius et que la sentence n'atteignait pas. Mazarin déféra ces écrits à l'assemblée du clergé, qui les condamna (mars 1 654) et communiqua sa décision au pape. Innocent X, par un bref spécial du 29 septembre 1654, répéta ce qu'il avait déjà proclamé, que c'était bien la doctrine de Jansénius qu'il avait condamnée. Ce commentaire, cette confirmation de la bulle par l'autorité dont elle émanait, ne laissait plus de prise à une interprétation équivoque.

Quelques mois après (1655), Arnauld essaya d'une autre ruse qui devait ouvrir pour les jansénistes leur campagne la plus retentissante et la plus populaire. A propos du marquis de Liancourt à qui le nouveau curé de Saint-Sulpice avait refusé l'absolution pour ses relations avec les religieuses de Port-Royal, il publia une Lettre à un duc et pair^ dans laquelle il se plaignait de cette sorte d'excommunication prononcée contre de saintes religieuses par un simple curé. Il déclarait cette rigueur d'autant plus injuste que Port- Royal était invariablement soumis à l'Église romaine, à la bulle d'Innocent X, à la sentence portée contre les cinq propositions. II répétait par trois fois cette assu-* rance, d'un ton candide, bien fait pour en attester la sincérité, et ne laissait à ses adversaires que l'odieux d'une imputation calomnieuse. Mais ses adversaires ne se laissèrent ni convaincre , ni .intimider. De nombreuses et vives ripostes lui ayant contesté la réalité de cette soumission si complaisamment étalée, il se

piqua à la lutte, et lança une seconde lettre toujours d un duc et pair (sous-entendez le duc de Luynes), dans laquelle il fît un pas de plus (juillet 1655). Pour confirmer ce qu'il avait avancé de l'adhésion des jansénistes àlabuUe, il dévoila comment ils entendaient cette adhésion. Le pape ayant déclaré qu'il n'avait pas eu la pensée de condamner la doctrine de saint Augustin, les jansénistes étaient d'accord avec le pape, puisqu'ils n'avaient jamais enseigné que la doctrine de ce père. Quant aux propositions mêmes, il s'agissait de savoir si elles étaient vraiment dans Jansénius, pure question de fait que le texte ne tranchait pas , discutable par conséquent, parce que, si l'Église était infaillible dans la définition du dogme, elle ne l'était pas également dans la déclaration d'existence d'un fait. Dans de pareilles conditions, la plus grande soumission était un silence respectueux dont il protestait pour lui et pour les siens. Mais la première proposition se lisant textuellement dans le livre, le subterfuge ne suffisait plus. Aussi, pour la défendre, il démontrait longuement que l'homme ne peut faire le bien sans la grâce de Dieu, ce qui est parfaitement orthodoxe, et présentait dans la chute de saint Pierre un juste à qui la grâce avait manqué^ ce qui est faux. Cette dernière assertion souleva immédiatement un grand bruit.

La Sorbonne s'assembla (août 1 655) et nomma des commissaires pour examiner la seconde lettre d'Arnauld. Lui-même, dans un écrit latin adressé à la faculté, en voulant se justifier, avoua enfin l'opposition des jansénistes à la bulle et les deux points où se can-

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