BESOIN UNIVERSEL DE LA PAIX
« en faveur des misérables. Dans ce secret, dans cette € retraite où les heures vous semblent si douces, parce « que vous les passez avec Dieu, affligez-vous devant lui « des longues souffrances de la chrétienté désolée, et <i surtout des peuples qui vous sont soumis ; et pena dant que vous formez de saintes résolutions d'y ap- (I porter le soulagement que les affaires pourront per- « mettre, pendant que notre victorieux monarque « avance tous les jours l'ouvrage de la paix par ses « victoires, attirez-la du ciel par vos vœux, et pour « récompense de ces douleurs que la charité vous in- « spirera, puissiez-vous jamais n'en ressentir d'au- " très (1)! »
La même pensée, tant elle était vivace, se prolongeait encore après la conclusion de cette paix si désirée, comme si on eût craint qu'elle ne fût pas durable. Elle inspirait Corneille lorsqu'il mettait sous les yeux du jeune roi, au milieu des fêtes de son mariage, le spectacle des maux de la guerre, et faisait retentir à ses oreilles les plaintes de la nation accablée de victoires. C'était dans le prologue de la Toison dHOr. Le théâtre représentait un pays ruiné par les guerres, et terminé dans le fond par une ville qui n'était pas mieux traitée, « ce qui fait voir, ajoute le poëte, le pitoyable état où la France était réduite. > La France, prenant la parole, remerciait la Victoire de ses services, ^i fomsait vers la Paix ses pins ardents soupirs.
(\) Bossuet, Panégyrique de sainte Thérèse, proche devant la reinemère, 1658.
En vain la Victoire se croyant méconnue, voulait rappeler ses titres à la reconnaissance, et protester contre la rupture d'une amitié ancienne et fidèle; la France la réduisait à se taire par ce reproche sans réplique :
A vaincre tant de fois, mes torces s'affaiblissent. L'État est florissant, mais les peuples gémissent; Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits, Et la gloire du trône accable les sujets.
Plût à Dieu que la gloire eût été la seule coupable! Mais on a vu que la paix était nécessaire pour guérir encore bien d'autres plaies que celles des armes.