NOUVELLE GUERRE CONTRE L'ESPAGNE
conclusion de la guerre civile allait rendre plus de vivacité à la guerre contre l'étranger. Les Espagnols, malgré leur épuisement et la lenteur de leurs efforts, avaient fini par retirer des discordes intérieures de la France de sérieux avantages pour eux-mêmes. A l'époque même où le roi rentrait à Paris, ils reconquéraient . Dunkerque (1 6 septembre 1652), BarceIonne(I3 octobre) et Casai, poste avancé de la France dans leurs possessions d'Italie. La république d'Angleterre avec qui le prince de Gondé n'était pas en vain accusé de négocier, leur venait en aide en capturant une flotte française (1). Tant que Bordeaux prolongea sa résistance, la guerre contre les Espagnols ne fut que défensive. Elle honora d'une gloire inattaquable le génie de Turenne, et lui assura la réputation du plus grand tacticien de l'Europe; mais, par l'effet de moyens insuffisants, elle ne put décider aucune solution. Dans les derniers mois de 1652, lorsque Condé, réunissant ses troupes aux Espagnols, disposait de vingt-cinq mille honmies, Turenne n'en avait pas plus de dix mille, et on peut le croire, puisque c'est lui qui l'affirme. Il n'en eut que plus de mérite à annuler les tentatives, les succès même, d'un ennemi si supérieur en forces. Condé avait occupé d'abord Rethel, Sainte- Menehould, Chàteau-Porcien , Bar-le-Duc. Turenne s'attacha si habilement à sa poursuite , le harcela avec tant de ténacité, par Commercy, Saint-Mihiel,
(4) Mémoires de Reiz. — Mémoires de Lcnel : Lcllrc de Gourville à Lenci.
DamviUiers, qu'il l'empêcha de prendre ses quartiers d*biv«r en France, le rejeta sur le Luxembourg, et fit prisonnières, les unes après les autres, les petites garnisons que le Prince avait dispersées en quelques places de Champagne et de Lorraine. Dans la campagne de 1653, il gagna de vitesse son fougueux adversaire. L'ennemi dominait la vallée de l'Aisne par Rethel, la vallée de l'Oise par la Gapelle, la vallée de la Meuse par Stenai et Mouzon. Turenne se jeta sur le centre, c*est-à-dire sur Rethel, prit cette ville en trois jours (fin de juin), avant que Condé, quoique la saison fût déjà avancée, eût songé à se défendre, et coupa ainsi la communication entre la route des Pays-Bas et celle du Luxembourg. Condé ne pouvait plus entrer en France que par la frontière de Picardie, la moins commode par ses marais qu'il fallait traverser sur des fascines, ou qui rendaient plus laborieux le siège des villes en séparant les assiégeants* Puis, quand il arriva par cette voie, avec 16,000 fantassins contre sept mille, avec dix mille chevaux et cinquante pièces de canon, il fut déconcerté par un système de temporisation qui lui montrait toujours l'armée ennemie massée dans son voisinage, le menaçant sans cesse d'une bataille, et l'évitant elle-même par des campements bien choisis, laissant à sa merci les villes sans garnison, et l'empêchant de les assiéger par la crainte d'une attaque immédiate. Un jour un mouvement de l'armée royale sur Bapaume, qui semblait un commencement d'entreprise sur Cambrai, obligea Condé à repasser la Somme, non sans de grandes fatigues. Il arrivait en di-