MÉTHODES D'INSTRUCTION DE PORT-ROYAL
pendant deux siècles entre les muins des écoliers^ malgré ses défauts et son insuftisance. On vient tout récemment d'en abandonner Tusage, parce que décidément ce n'étaient ni des vers français, ni des racines, et ce n'était pas même toujours du bon grec.
Pour l'enseignement des langues anciennes, et en particulier du latin, les maîtres de Port-Royal excluaient les thèmes au commencement. Ils regardaient comme « un ordre renversé et contraire à la nature, de faire écrire dans une langue qu'on ne sait pas encore. » Ils multipliaient les traductions , et pratiquaient de préférence la traduction parlée. Le maître traduisait de vive voix devant les enfants, ce système permettant de lire plus d'auteurs ou plus de pages du même livre : avantage certain pour saisir l'ensemble et apprendre à reconnaître l'ordre et la liaison des idées, mais aussi danger de ne pas laisser aux esprits tardifs ou trop novices le temps de saisir le sens des mots, la raison de la construction des phrases. H est vrai qu'on les interrogeait beaucoup; le petit nombre donnait la liberté d'imposer fréquemment à chaque élève le compte-rendu de son savoir. On faisait peu de cas, peu d'usage des vers latins. < 11 semble, disaiton, qu'il suffit d'avoir montré, en troisième, à les mesurer, tourner et rassembler. Il faut suivre en cela le génie des écoliers. C'est ordinairement un temps perdu que de leur donner des vers h composer au logis. De soixante-dix ou quatre-vingts écoliers, il peut y en avoir deux ou trois de qui on arrache quelque chose, le reste se morfond, se tourmente pour ne
16i LE JANSÉNISME PENDANT LES FRONDES.
rien faire qui vaille. » Enfin, les leçons étaient supprimées comme ne produisant rien de bon.
S'il est permis de reconnaître le but poursuivi aux moyens employés pour l'atteindre, on peut conclure de ces doctrines quelle réforme on se proposait à Port- Royal dans renseignement du grec et du latin. II s'agissait de donner de ces langues une connaissance suflisante pour en saisir le mécanisme, comprendre leurs rapports, leurs ressemblances ou difîércnees avec le français, entendre convenablement les auteurs, et étudier leur art de composition et le tour de leurs pensées. Mais on ne cherchait pas à faire pratiquer les langues mortes, le latin par exemple, comme une langue usuelle, puisqu'elles n'étaient plus usuelles en effet, à former de tous les écoliers des poètes Jatins désormais sans lecteurs, excepté dans l'ombre des classes, ou des orateurs à la mode de Cicéron ou de Quintilien, désormais sans auditoire. C'était s'en tenir à l'utilité raisonnable qu'on peut tirer des langues anciennes, et justifier encore suffisamment l'importance qu'on leur conserve dans l'enseignement élevé. Nous ne croyons pas que ce système soit nécessairement la mort des belles-lettres, comme l'affirme un esprit d'ailleurs éminent(l). Les Grecs et les Latins n'ont pas dit le dernier mot de l'inteUigence, ni flxé pour toujours la forme du langage; leurs successeurs, et surtout les auteurs clirétiens, ont largement étendu le domaine des idées, et la langue française, entre les
(<) Joseph de Maisire : De r Église gall
tcane.