QUERELLE DO MOT A MOT
ils produisirent un système de justification qui paraissait accepter la bulle, mais devait les mettre complètement hors de cause. Us avançaient que, si les cinq propositions étaient en effet très-repréhensibles, elles n'étaient pas au moins dans Jansénius, puisqu'elles n'étaient pas formulées chez lui dans les termes où elles avaient été présentées au jugement de la cour de Rome, et que, si elles méritaient la sentence prononcée contre elles, cette sentence n'atteignait pas Jansénius ni ses disciples. Il était pourtant bien facile de leur répondre que la première était textuellement exprimée dans VAugustinus comme dans la bulle; il ne fallait pas non plus de longs raisonnements pour démontrer que les quatre autres étaient le résumé exact de la doctrine du livre, et qu'elles y étaient contenues comme l'effet dans la cause, comme la conséquence dans son principe, comme un titre de chapitre dans le chapitre lui-même lorsqu'il le résume fidèlement, quoique en termes différents et plus courts. En outre, si les propositions condamnées n'étaient pas la doctrine de leur maître, pourquoi donc avaient-ils apporté tant de zèle à les soutenir pendant le procès? Pourquoi avaient-ils essayé de montrer que, si ces propositions pouvaient avoir un sens hérétique, on pouvait aussi, en les expliquant bien, leur trouver un sens parfaitement catholique, et que ce sens catholique était celui de Jansénius (1)? Enfin, comment se faisait-il que la con-
(1) Ils avaient imaginé un tableau à trois colonnes, où ils distinguaient et discutaient les divers sens possibles des propositions, le
damnation seule leur eût appris tout à coup que robjet de tant d'efforts ne les regardait pas, et qu'ils avaient combattu pour une cause étrangère? Une découverte aussi tardive accusait une incroyable duperie, ou plutôt une insigne mauvaise foi.
Telle est pourtant la tactique qu'ils adoptèrent désormais, et qui leur a réussi auprès de tous ceux qui se contentent d'une apparence de raison pour se joindre aux opposants quelconques, pour échapper à l'obéissance vis-à-vis de l'autorité spirituelle ou temporelle. Toute la question se réduisit bientôt à savoir si les propositions étaient ou n'étaient pas mot à mot dans Jansénius ; ce fut le subterfuge des ennemis systématiques de Rome, l'argument qui sufBt aux esprits superficiels. « 11 ne faut, disait-on en riant, qu'avoir des (c yeux pour décider la querelle, » et comme les yeux ne pouvaient pas rencontrer le mot à mot demandé, on en concluait superbement que Rome avait condamné sans examen et sans justice. Les partisans de Jansénius étaient victimes d'une persécution arbitraire, de la jalousie des jésuites en particulier; ils étaient de nobles représentants de la vérité méconnue, de la liberté opprimée, éternellement dignes de l'admiration et de la reconnaissance de la postérité.
La première tentative pour mettre Jansénius hors de cause tourna vite à la confusion de ses auteurs. H circulait des écrits où l'on établissait que les proposi-
sens hérélique ou calviniste qu'ils répudiaient, le sens catholique selon eux qu'ils adoptaient, et le contre-pied de celui-ci qu'ils imputaient aux molinisies adversaires.