‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 62 sur 151 · QUESTION DU DROIT ET DU FAIT · texte numérisé non relu

QUESTION DU DROIT ET DU FAIT

tonnait la résistance. Il distingua dans rafiàire deux questions, qui eurent dès lors un grand retentissement, quoique peu familières et peu agréables aux gens du monde; la question de droit et la question de fait. Par la première il entendait la doctrine de la grâce, et il soutenait avec le témoignage falsifié de saint Chrysostome que la grâce avait manqué à saint Pierre. Par la seconde, il introduisait cette chicane du mot à mot qui allait à nier que les propositions fusent de Jansénius, puisqu'elles n^ étaient pas formellement exprimées par lui dans son texte ; il les accusait d'avoir été forgées par les adversaires de saint Augustin, et repoussait pour les théologiens catholiques l'obligation d'avouer contre leur conscience qu'elles fussent de l'auteur inculpé. Par là se dissipait cette fantasmagorie de soumission dont il s'était couvert pendant quelques mois ; il soutenait contre le pape la doctrine de la première proposition, il soutenait contrairement au pape que la doctrine des quatre autres n'était pas la doctrine de Jansénius. La Sorbonne le mit aussitôt en jugement.

Le procès fut embarrassé d'obstacles suscités à chaque pas par l'accusé et par ses amis. Ârnauld avait écrit au pape ; ne convenait-il pas d'attendre la réponse de Rome? Cependant la faculté passa outre. Alors on recourut au Parlement par voie d'appel comme d'abus; cependant le Parlement lui-même, malgré la bonne volonté du jeune avocat général Denis Talon, ordonna que la lettre d'Ârnauld serait examinée en Sorbonne ; le parti dut se résoudre à laisser

entamer les débats. Mais tous les docteurs delà faculté étaient convoqués pour juger leur pair, Arnauld étant docteur de Sorbonne, et avaient droit d'examen et de sufTrage. Il s* en présenta un certain nombre, soixante environ, qui étaient favorables à l'accusé; ils travaillèrent par des chicanes de détail à troubler les délibérations, ou à les traîner en une longueur interminable par la prolixité de leurs discours. La présence de plusieurs évêques envoyés par le roi, celle même du chancelier ne parvenait pas à les contenir dans les bornes d'une discussion régulièreet raisonnable. A la fin, reconnaissant qu'une majorité considérable était acquise contre eux, ils signifièrent qu'ils se retiraient, et voulurent insinuer que, après leur départ, l'assemblée ne serait plus légitime. C'est une tactique familière aux minorités, dans tous les temps, de s'abstenir pour dissimuler leur faiblesse. Elles seraient, non-seulement vaincues, mais dépouillées de tout prestige, si elles se laissaient compter. Elles aiment bien mieux faire illusion sur leur nombre par une dispersion qui le grossit à certains yeux , et se recommander à Tintérêt public par une retraite qui semble convaincre leurs adversaires de violence. L'abstention des amis d' Arnauld ne le préserva pas d'une condamnation en règle. Après deux mois de délibération (du 2 décembre 1055 au 29 janvier 1656), la faculté prononça sui' les deux questions qu'il avait posées lui-même, déclarant, sur \e faity son sentiment scandaleux^ téméraire, outrageux au pape et au clergé de France^ capable de rétablir la doctrine de Janséfiius, et sur le droit son argu-

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